A Jérusalem-Est, la police de l’occupant encourage le trafic de stupéfiants

mardi 7 janvier 2020

La police israélienne ferme les yeux, quand elle n’encourage carrément pas, le trafic de stupéfiants qui ravage la jeunesse du camp de réfugiés palestiniens de Shoafat à Jérusalem-Est, rapporte le quotidien Haaretz.

Une conférence tout-à-fait inédite a eu lieu vendredi dernier à Shoafat, le seul quartier de Jérusalem ayant le statut de camp de réfugiés palestiniens. Après la prière, des centaines d’hommes, représentant toutes les familles du camp, se sont réunis, aux côtés d’adolescents portant des gilets jaunes arborant le logo d’un poing fracassant une seringue hypodermique.

La séance commença par la lecture d’une résolution, adoptée à l’unanimité par l’assemblée : « Nous jurons de placer la sécurité de nos familles au-dessus de celle des dealers de drogues. Nous boycotterons ces derniers, ils seront exclus de nos fêtes de mariage comme de nos cérémonies de funérailles ».

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Il s’agit de la première mobilisation de ce type de la communauté de Shoafat, qui a déclaré la guerre au trafic de drogues. Parmi les intervenants successifs, outre des notables du camp, prirent aussi la parole un imam de la mosquée Al-Aqsa, d’ex-toxicomanes, de même qu’un médecin qui fit un exposé sur les dangers extrêmes des nouveaux produits, grâce à « l’excellence » de leur potentiel addictif, qui se répandent actuellement à toute vitesse chez les jeunes et mêmes les enfants.

La plupart des habitants dénoncent le laxisme face au phénomène, manifestement volontaire selon eux, que ce soit celui de la police ou celui du Shin Bet, les services secrets si prompts à briser le moindre signe de résistance à l’occupation.

De fait, le marché de Jérusalem-Est a été envahi ces derniers mois par des drogues portant les noms de « Nice Guy » et « Mabsuton », des cannabinoïdes de synthèse, vendues à 10 shekels (2,5 € environ) la dose. Certains dealers n’hésitent pas à donner gratuitement une première dose, afin d’accrocher leurs futurs clients réguliers.

“Il fut un temps où les dealers avaient honte de ce qu’ils faisaient ; c’est bien fini aujourd’hui. Maintenant, ils font carrément la sortie des écoles, et personne ne leur dit rien”, declare Nasser Hashan, l’un des animateurs de la campagne anti-drogues à Shoafat.

“De chez nous à l’école de ma fille, il y a à peine 200 mètres. Eh bien, sur son trajet, ma fille verra quotidiennement au moins un toxicomane allongé sur le sol, un homme ivre, un dealer en train de faire son business, et plus encore », raconte-t-il au journaliste Nir Hasson de Haaretz.

Mais comment ces dealers peuvent-ils se conduire aussi impunément ? se demandent les habitants.

“Quasiment toutes les personnes que nous avons interrogées affirment que la police ignore, quand elle n’encourage pas, le phénomène », écrit Nir Hasson. Est notamment pointé le check-point des forces israéliennes séparant le camp de l’entrée dans Jérusalem.

« Oui, ils vendent leur came au check-point, et s’ils voient un de nos militants qui approchent, ils courent se mettre à l’abri derrière les policiers israéliens », affirme l’un des activistes anti-drogue.

Dans le quartier palestinien de Silwan, toujours à Jérusalem-Est, la situation serait pire encore. Des habitants accusent les dealers de prendre en photo les jeunes à qui ils vendent leur marchandise, puis transmettent les photos à la police israélienne, ce qui permet à cette dernière de faire pression sur les gamins et d’en faire des indicateurs.

JPEG - 212.2 ko banderole anti-drogue à Shoafat

La mobilisation populaire contre le trafic de stupéfiants touche également le quartier d’Abou-Tor, où une conference a été organisée le mois dernier. Mais la réunion n’a pu se tenir, la police dispersant brutalement l’événement avec force tirs de grenades lacrymogènes. Ce qui n’a pas empêché les militants de revenir à la charge, et de manifester devant la résidence du plus gros trafiquant du coin. « Cet homme bénéficie d’une impunité incroyable depuis plus de 20 ans. Il a pas moins de 10 caméras pour surveiller sa maison. Et si l’un d’entre nous osait s’en prendre à lui, il sortirait avec son arme et nous tirerait dessus », raconte un témoin.

« La veille de notre conférence à Shoafat, je suis allé à la rencontre de policiers qui mettaient des PV à des voitures mal garées. Je leur ai dit qu’il y avait des dealers en train de vendre dans le voisinage immédiat. Ils m’ont ordonné de déguerpir, et n’ont rien fait concernant les trafiquants », dénonce de son côté Omar Elkam, un habitant du camp.

Au lendemain de la conférence, trois des organisateurs ont été convoqués par le Shin Bet, plus précisément à son bureau N°4. Lequel, de notoriété publique, ne s’occupe pas de drogues ... mais de répression de la résistance.

Source : Haaretz - traduction CAPJO


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