Au Liban, les réfugiés palestiniens acculés

vendredi 14 février 2020
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Le plan pour la paix au Proche-Orient présenté mardi 28 janvier par le président américain Donald Trump enraye le droit au retour des réfugiés palestiniens. Au Liban, il fait apparaître des divergences entre ceux qui restent sur place en attendant un hypothétique retour, et les autres qui envisagent leur avenir ailleurs.

Il y a un an, Walid Ayoub s’apprêtait à assouvir son désir. Après avoir rassemblé près de 9 000 € auprès de sa famille et ses amis pour payer un passeur, ce Palestinien de vingt ans, né et résident dans le camp d’Aïn-El-Héloué, au Liban, s’envolait pour l’Équateur où il devait rester en transit, avant de rejoindre l’Espagne puis la Belgique, sa destination finale.
Mais la combine a été éventée et ce plombier de formation a dû rentrer fauché à Aïn-El-Héloué, après trois mois passés à attendre en Équateur. Depuis, coincé au Liban, Walid Ayoub passe ses nuits à errer et ses journées à dormir, tiraillé entre ses désirs d’Europe et de Palestine.

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Le « plan de paix » présenté mardi 28 janvier en grande pompe par Donald Trump ne devrait pas lui faciliter la tâche. Il prône ce que le président américain qualifie de « solution réaliste à deux États », la reconnaissance de Jérusalem comme « capitale indivisible » d’Israël, ainsi que l’annexion par l’État hébreu des colonies implantées en Cisjordanie occupée. Au passage, le document balaye le droit au retour des réfugiés palestiniens.

Douze camps palestiniens au Liban

Au Liban, des figures du gouvernement ont rappelé leur soutien au droit au retour des réfugiés. Un discours attendu de la part d’autorités libanaises embourbées dans une crise sans précédent, et qui voient d’un mauvais œil la possible installation pérenne de ces réfugiés – 174 422 selon le décompte officiel de décembre 2017, répartis dans douze camps.

À Aïn-El-Héloué, le plus grand camp palestinien au Liban, des manifestations ont eu lieu après l’annonce du plan. Un « jour de colère » a été décrété par les factions palestiniennes. Des enceintes, à l’entrée du camp, crachent des musiques encourageant les Palestiniens à se soulever, et une nouvelle marche a été organisée. Mais le nombre de ceux qui répondent à l’appel se tarit.
Certes, l’annonce du plan a ravivé la colère, mais les Palestiniens se résolvent, chaque fois un peu plus, à l’idée que le retour sur leur terre ne sera pas leur fait mais celui, peut-être, des générations à venir. Dans l’attente, certains se sont faits à l’idée du statu quo dans un camp au Liban. D’autres, tel Walid Ayoub, font le pari du départ, poussés par l’intenable situation économique au pays du Cèdre.

JPEG - 44.9 ko Le camp de réfugiés de Chatila, près de Beyrouth, au Liban. (Photo : Mohammad Reza Hassani / Qantara.de)

« Il n’y a pas de travail »

Enfoncé dans sa chaise en plastique devant une échoppe, entouré de ses acolytes, Mohamad Amara, 31 ans, reconnaît que sa situation empire au fil des semaines. « Les jeunes ne font que rester dans la rue car il n’y a pas de travail », estime ce chauffeur de camion qui peine à gagner 300 € par mois. Pourtant, l’unique raison qui le verrait quitter le Liban serait son retour en Palestine.

« La résolution 194 (NDLR : adoptée en 1948, qui édicte le droit au retour) est la seule solution valable », assène Maher Chabayta, qui dirige le Fatah dans Aïn-El-Héloué. « Au moins, si je vais en Belgique et que je finis par avoir le passeport belge, je pourrai aller en Palestine, ce que je ne peux pas faire depuis le Liban », commente Walid Ayoub. À la question de savoir ce qu’il prévoit de faire aujourd’hui, il répond sans hésiter : « Réfléchir à organiser ma quatrième tentative de fuite. »

Virginie Le Borgne
Source : L’Orient Le Jour


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