De Minneapolis à la Palestine, le racisme est l’ennemi commun

jeudi 4 juin 2020

Les images de George Floyd suffocant sous le genou d’un officier de police raciste qui a ignoré ses supplications alors qu’il ne pouvait pas respirer, jusqu’à ce qu’il rende son dernier souffle, ont choqué les esprits.

Cette vidéo qui s’est répandue comme une traînée de poudre chez les Américains et tout autour du globe, a donné à voir la laideur qui se tapit encore dans le monde malgré les progrès supposés de l’humanité en termes de civilisation et de valeurs sociales.

La dignité et l’égalité sont depuis longtemps inscrites dans les lois et les chartes au niveau international, mais ceux qui détiennent pouvoir et richesse agissent comme s’ils étaient au-dessus de la loi, sûrs qu’ils n’auront de comptes à rendre à personne.

En Palestine, nous savons très bien ce que signifie être discriminés sur la base de caractéristiques non choisies – que ce soit la race, la couleur ou la religion.

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Nous avons une longue et amère expérience de souffrir pour aucune autre raison que d’être nés « non –juifs » sur une terre occupée par le mouvement sioniste, qui a expulsé de force la population palestinienne autochtone.

Le mouvement sioniste a soumis les Palestiniens qui sont restés à toutes sortes de discriminations et abus raciaux, pour les contraindre à partir et à laisser la place aux colons d’un autre groupe ethnique qui n’habitait pas cette terre à peine un siècle plus tôt.

Nettoyage ethnique

En 1948, la catastrophe a commencé pour le peuple palestinien quand le mouvement sioniste – une extension du colonialisme européen blanc appuyé par le gouvernement britannique – a mené une campagne massive de nettoyage ethnique.

Pendant la Nakba, des groupes armés sionistes ont détruit plus de 500 villes et villages palestiniens et ont commis des dizaines de massacres.

Le déplacement contraint de quelque 800 000 Palestiniens a ouvert la voie à l’établissement d’Israël sur les ruines des vies de la population palestinienne.

La catastrophe ne s’est pas arrêtée cette année-là. Elle continue jusqu’à présent, sur la base d’une politique qui vise systématiquement à chasser la population restante : vol de terres, pillage des ressources et enfermement de la population autochtone dans des enclaves coupées les unes des autres.
Discrimination juridique

Le meurtre de George Floyd, un Africain- Américain, met à nu la brutalité et le danger qui découlent d’une culture de racisme profondément intégrée.

La situation des Palestiniens confrontés au projet colonial sioniste n’est pas un défi moindre : la suprématie juive et la discrimination raciale sont ancrées dans le droit constitutionnel israélien.

Israël se proclame État juif, ce qui par définition, signifie que ce n’est pas un État de tous ses citoyens.

Même les Palestiniens de citoyenneté israélienne vivent sous 65 lois conçues pour les discriminer et maintenir l’hégémonie israélienne-juive.

En 1950, juste après la création d’Israël, le parlement israélien a voté la Loi du Retour.

Celle-ci garantit à toute personne dans le monde qu’Israël reconnaît comme juive, le droit de s’installer en Israël – et en Cisjordanie occupée – et d’acquérir immédiatement la citoyenneté.

Quant aux Palestiniens, Israël les a soumis à la loi dite des Propriétaires Absents votée la même année.

Avec cette loi, Israël s’est donné le pouvoir de saisir la terre et les biens des réfugiés palestiniens tandis qu’il les empêchait de retourner sur les lieux d’où ils avaient été chassés ou avaient fui.

Les colons juifs arrivant dans le pays furent les bénéficiaires de la loi qui leur a permis de s’emparer des biens et maisons des Palestiniens.

Le reste de la population palestinienne est toujours objet de discrimination raciale dans le droit israélien.

La façon dont la carte d’identité d’une personne s’inscrit dans la hiérarchie officielle d’Israël affecte le lieu où l’on peut vivre, qui on peut épouser, la qualité de l’éducation et les possibilités d’emploi auxquelles on a droit, l’accès aux services de base et les traitements auxquels on peut être soumis par la police.

Selon que vous êtes Juif ou Palestinien, la distinction affecte de façon cruciale ces droits, tout en étant tous les deux des citoyens d’Israël.
Des valeurs partagées

L’alliance stratégique entre les États Unis et Israël est enracinée dans des histoires semblables d’expulsion du peuple autochtone, de colonialisme de peuplement et de racisme.

Les États Unis ont une sombre histoire de génocide des natifs américains, de mise en esclavage d’Africains et de discrimination raciale. Alors que le racisme légal peut avoir pris fin, son impact persiste aux plans culturel, social et économique.

Les États Unis considèrent Israël comme leur allié naturel parce qu’ils ont les mêmes origines et histoires de colonialisme de peuplement.

De même, Israël considère les États Unis comme source de légitimation de sa politique, étant données les similarités historiques et actuelles des deux pays.

Tandis que le mouvement pour les droits civiques aux États Unis a délégitimé la discrimination formelle – bien que le racisme systémique demeure – les Palestiniens souffrent encore d’un système de racisme légalisé, d’expulsion et de confinement dans des ghettos.

Ce système nous dénie les droits les plus fondamentaux dont jouissent les peuples de par le monde, tels que la liberté de mouvement, le droit à l’éducation et aux soins de santé et la possibilité de satisfaction de ces besoins vitaux.

La loi israélienne affirme que « le droit d’exercer l’autodétermination nationale » dans la Palestine historique est « propre au peuple juif ».

Ce qui unit les racistes partout, c’est la conviction qu’ils ont des caractéristiques supérieures à ceux de race ou de religion différentes. Cela veut dire que la lutte contre toute forme de discrimination raciale doit être mondiale.

C’est donc un devoir pour nous tous, même et en particulier pour ceux qui sont objet de racisme, d’élever notre niveau de conscience et nos voix contre toute attaque à la dignité humaine, où que ce soit.
JPEG - 5 ko Ahmed Abu Artema

Ahmed Abu Artema est écrivain et vit à Gaza ; il est chercheur au Centre d’études politiques et de développement. Il est l’un des organisateurs de la Grande Marche du Retour.

Source : The Electronic Intifada – Traduction : Agence Média Palestine


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