Flottille pour Gaza : deux militants sont toujours captifs en Israël

mercredi 6 mai 2026

Avec violence, la marine israélienne a intercepté dans les eaux internationales, au large de la Crète, 21 des 58 bateaux de la flottille Global Sumud. Cent soixante-quinze militants ont été conduits en Crète, tandis que deux sont emprisonnés à Gaza, dans l’attente de leur procès.

Caroline Coq-Chodorge

Le Brésilien Thiago Ávila et Saif Abukeshek, de nationalité espagnole et suédoise, sont emprisonnés depuis samedi 2 mai à la prison de Shikma en Israël. Ils ont été capturés par l’armée israélienne en même temps que 176 militant·es, dans la nuit du mercredi 29 au jeudi 30 avril. Ils et elles naviguaient sur l’un des 58 bateaux de la Global Sumud Flotilla, partie de Barcelone le 12 avril dernier pour tenter de rejoindre Gaza par la mer, en forçant le blocus israélien. La flottille était en route pour faire une étape en Grèce. Les 58 bateaux étaient donc encore très loin de Gaza, à environ 1 000 kilomètres, quand ils ont été arraisonnés par la marine israélienne dans les eaux internationales.

« Nous étions partis deux jours plus tôt du port de Syracuse (Italie). Nous devions faire une dernière escale en Grèce avant de prendre la mer pour Gaza », raconte Raphaëlle Primet, élue communiste au conseil de Paris, qui était sur l’un des bateaux interceptés. Elle est la seule élue française à être montée à bord de cette flottille.

Saif Abukeshek et Thiago Ávila à bord du navire « Arctic Sunrise » de Greenpeace, qui faisait partie de la flottille se dirigeant vers Gaza, le 18 avril 2026. © Photo Max Cavallari / Greenpeace via AP / Sipa © Photo Max Cavallari / Greenpeace via AP / Sipa

« Dans la nuit, nous nous sommes retrouvés entourés de drones, puis des soldats israéliens sont montés à bord, armés, en hurlant. Ils nous ont ordonné de nous mettre à genoux, les mains sur la tête », poursuit l’élue. Au fil de la nuit et des interceptions, plus de 175 militant·es de 21 des 58 bateaux de la flottille ont été capturé·es puis regroupé·es dans un « bateau-prison », décrit Raphaëlle Primet : « Ils nous ont jetés dans un espace à ciel ouvert, avec des barbelés au-dessus de nous, avec autour des miradors et des coursives où patrouillaient des soldats. Il y avait au sol des sortes de matelas en mousse. Mais il n’y avait pas assez de places pour que tout le monde puisse dormir en même temps. La nuit, il faisait très froid et le jour, il faisait très chaud », raconte-t-elle.

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Mais ce qui l’a le plus frappée, c’est « la haine et la violence terribles de ces jeunes soldats » : « Ils nous insultaient, tiraient en l’air pour nous intimider. Certains nous ont jeté des bacs d’eau froide pour nous réveiller la nuit. Et ce que nous avons vécu est minuscule par rapport à ce que vivent les Palestiniens emprisonnés. Ils nous l’ont dit d’ailleurs : ils auraient préféré nous capturer à Gaza… » L’élue communiste assure que des militants ont été passés à tabac : « Certains avaient le visage tuméfié. »

Les prisonniers et prisonnières s’attendaient à un voyage de plusieurs jours vers le port israélien d’Ashdod. Finalement, 176 ont été débarqué·es par l’armée israélienne en Crète, vendredi 1er mai. « La Grèce est complice, sa police nous attendait », dénonce l’élue parisienne. Les militant·es seront ensuite conduit·es vers l’aéroport d’Héraklion.

Mais deux restent aux mains des autorités israéliennes : Thiago Ávila et Saif Abukeshek. Le premier est un des coordonnateurs de cette flottille. Ce communicant brésilien de 38 ans est engagé de longue date pour la cause palestinienne. Cette flottille est sa cinquième. En octobre dernier, il est déjà passé par la prison d’Ashdod.

Quant à Saif Abukeshek, il est né en Palestine. Installé à Barcelone, il a été l’un des organisateurs de la marche mondiale pour Gaza à l’été 2025. Il a été aussi membre de la Conférence populaire des Palestiniens à l’étranger. Cette organisation est visée depuis janvier par les États-Unis, qui affirment qu’elle est en réalité « contrôlée clandestinement » par le Hamas.

Thiago Ávila et Saif Abukeshek ont été présentés dimanche devant un tribunal qui a prolongé leur détention de deux jours. Ils repasseront devant un juge mardi 5 mai. L’organisation de défense des droits des Arabes israéliens, Adalah, assure leur défense. Elle affirme que les deux détenus ont subi « des tortures et de la violence » sur le bateau-prison, puis en Israël. Ils sont aujourd’hui en grève de la faim.

Le Shabak – le service de renseignement intérieur israélien – les met en cause pour « aide à l’ennemi en temps de guerre, contacts avec un agent étranger, appartenance à une organisation terroriste, fourniture de service et transfert de biens à celle-ci », énumère Adalah. L’organisation plaide de son côté l’illégalité de leur capture dans les eaux internationales. À ses yeux, cette détention est une mesure de représailles contre des militants humanitaires.

Les gouvernements espagnol et brésilien ont dénoncé le 1er mai, dans un communiqué commun et « dans les termes les plus forts, l’enlèvement de deux citoyens dans les eaux internationales ». Selon eux, c’est « une action illégale, de manière flagrante », en « violation du droit international », car les autorités israéliennes ont opéré « en dehors de leur juridiction ». C’est la seule réaction officielle à ce jour.

Les trente-sept bateaux qui n’ont pas été interceptés ont rejoint la Crète, avec l’intention de « poursuivre la mission », assure la Global Sumud Flotilla.

Caroline Coq-Chodorge


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