GAZA, AVRIL 2026 : ON NE MEURT PAS D’UNE CRISE. ON MEURT D’UNE POLITIQUE GÉNOCIDAIRE.

unionpalestinemarseille, Collectif marseillais militant et citoyen de soutien au peuple palestinien
Billet de blog 16 avril 2026
Gaza est le produit visible et documenté d’un projet génocidaire mené par l’État israélien depuis des décennies, rendu possible par la complicité des gouvernements occidentaux. Tant que la communauté internationale refusera de nommer l’auteur de cette destruction systématique, elle participera à sa perpétuation. L’aide sans justice n’est pas de la solidarité.
Chaque nouveau rapport humanitaire sur Gaza suit le même rituel. Des chiffres. Des qualificatifs : « Catastrophique », « Alarmant », « Sans précédent ». Puis des appels à la retenue, à l’accès, au dialogue. Et puis plus rien jusqu’au prochain rapport, avec les mêmes chiffres, toujours plus grands, plus inacceptables, plus terribles.
Ce rituel a un effet pervers qui sert les négationnistes du génocide. Il permet de parler de Gaza sans jamais parler de ce qui produit Gaza. Il transforme une politique en météo : quelque chose qui arrive, qui frappe, qu’on subit, mais dont personne n’est vraiment responsable. Il y a des morts, il y a des souffrants, il y a des agences onusiennes qui s’alarment, et quelque part, dans un espace flottant sans cause ni auteur, il y a « la situation ».
Nous refusons ce cadre car ce qui se passe à Gaza encore en avril 2026 n’est pas une crise humanitaire. C’est le résultat visible, documenté et prévisible d’un projet politique meurtrier mené par l’État génocidaire d’Israël. Et tant qu’on refusera de nommer cet État et ce projet, on continuera de soigner les symptômes en laissant prospérer la maladie.
Pour lire la suite : https://blogs.mediapart.fr/unionpalestinemarseille/blog/160426/gaza-avril-2026-ne-meurt-pas-dune-crise-meurt-dune-politique-genocidaire
L’humanitaire comme rideau de fumée
Commençons par les chiffres, puisqu’ils sont là. 1,6 million de Gazaouis, soit 77% de la population, font face à des niveaux critiques d’insécurité alimentaire selon l’IPC. 101 000 enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition aiguë. 18 000 malades attendent une évacuation médicale qui n’arrive pas. Le 7 avril 2026, l’OMS a suspendu ces évacuations après la mort d’un de ses agents, tué dans une zone contrôlée par l’armée israélienne. Le 1er mars, 37 ONG internationales ont été expulsées du territoire par le gouvernement israélien. Le 1er avril, une frappe israélienne a tué le onzième employé de MSF depuis le début de l’offensive génocidaire de 2023, avec sa femme et sa fille.
Ces chiffres sont réels. Cette souffrance est réelle. Mais si on s’en tient là, si on s’en tient à l’inventaire de la catastrophe, on rate l’essentiel : tout cela est le produit d’une architecture politique coloniale et génocidaire construite par Israël sur plusieurs décennies, maintenue par des choix criminels délibérés qui bénéficient d’une impunité totale, et rendue ainsi possible par la complicité active ou passive de la communauté internationale et de grands acteurs industriels et commerciaux.
Le blocus de Gaza ne date pas d’octobre 2023. Il date de 2007. Dix-huit ans. Dix-huit ans pendant lesquels l’État colonial israélien a enfermé deux millions de personnes dans un territoire de 365 km² en leur confisquant tout contrôle sur leurs frontières, leur espace aérien, leurs eaux territoriales, leur monnaie, leurs importations, leurs exportations, leurs déplacements. Bref absolument tout. Dix-huit ans pendant lesquels le monde a regardé, a « exprimé des préoccupations », et a continué d’entretenir des relations commerciales, diplomatiques et militaires normales avec l’État génocidaire qui imposait ce blocus. La crise humanitaire sur laquelle les soi-disant progressistes pleurent des larmes de crocodiles n’est rien d’autre que l’aboutissement logique d’un système pensé par Israël pour produire exactement ce résultat : la destruction d’un peuple, méthodiquement, patiemment, en toute impunité.
Le projet génocidaire qu’on refuse de nommer
Il existe un mot pour désigner la politique qui consiste à rendre la vie impossible à une population dans le but de la détruire ou de la chasser. Ce mot est génocide. Ce mot est difficile à prononcer dans les chancelleries européennes ou même dans des villes supposément de gauche comme Marseille dont le maire sur une antenne communautaire a explicitement nié le génocide que subissent les Palestiniens. Il déclenche des réflexes pavloviens de prudence, de nuance, de complexité. Mais il est de moins en moins difficile à prononcer pour ceux qui ont l’obligation professionnelle de regarder les faits en face.
MSF a publié en décembre 2024 un rapport concluant que ce que ses équipes médicales observent à Gaza correspond aux descriptions d’un génocide en cours, perpétré par l’armée et le gouvernement israéliens. La Cour internationale de Justice a ordonné dès mars 2024 à Israël de prendre des mesures immédiates pour prévenir les actes relevant de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide. Pas de « s’inquiéter ». Pas d’« examiner ». Prévenir. Le vocabulaire juridique de la plus haute juridiction internationale est sans ambiguïté : Israël est mis en cause nommément pour génocide.
Ce projet génocidaire israélien a des composantes identifiables, cohérentes entre elles, qui dépassent largement la seule question sécuritaire mise en avant comme justification permanente par Tel-Aviv et ses relais médiatiques.
La destruction du système de santé est un marqueur indéniable du génocide. Sur 36 hôpitaux, seule la moitié fonctionne encore, et ce ne manière que très partiellement, après des frappes répétées et documentées des forces israéliennes. Selon Human Rights Watch, 81% de l’ensemble des structures bâties à Gaza ont été endommagées ou détruites par l’armée israélienne. 93% des écoles. 63 bâtiments universitaires. Ce niveau de destruction systématique des infrastructures civiles, éducatives, médicales et administratives ne s’explique pas par la poursuite d’objectifs militaires légitimes. Il s’explique par la volonté délibérée de l’État génocidaire israélien de rendre le territoire inhabitable et la société palestinienne impossible à reconstituer.
L’expulsion des 37 ONG internationales au 1er mars 2026 s’inscrit dans cette même logique criminelle. En les contraignant à fournir les listes nominatives de leur personnel local sous peine d’expulsion, alors que 579 travailleurs humanitaires ont déjà été tués depuis octobre 2023 dans des frappes israéliennes, Israël ne cherche pas à réguler l’aide. Il cherche à l’éliminer, et à éliminer par la même occasion les témoins internationaux d’un génocide qu’il préfère mener dans l’obscurité, hors des caméras auxquelles les journalistes étrangers n’ont de toute façon plus accès depuis longtemps, interdits de territoire par les autorités israéliennes.
La complicité avec l’État génocidaire a un nom
Nommer le projet génocidaire israélien, c’est aussi nommer ceux qui le rendent possible. La CIJ a rendu des ordonnances contraignantes visant Israël. Elles n’ont pas été appliquées. Aucune sanction contre l’État génocidaire n’a suivi. Pas d’embargo. Pas de suspension des accords commerciaux. Pas de gel d’avoirs. Rien. L’impunité totale accordée à Israël n’est pas un état de fait regrettable : c’est une décision politique, prise jour après jour par chaque gouvernement qui choisit de ne pas agir.
La France a envoyé le 18 janvier 2026 un bateau avec 400 tonnes d’aide humanitaire pour 42 000 enfants. Ce bateau est arrivé à Port-Saïd le 4 février. Fin février, l’aide n’avait toujours pas pu entrer à Gaza, bloquée par Israël. Le Sénat français a interpellé le gouvernement. Le gouvernement a exprimé sa préoccupation face au blocus israélien. La même France maintient avec l’État génocidaire des relations diplomatiques complètes, des échanges commerciaux et une coopération en matière de recherche et développement. Elle reconnaît l’État de Palestine dans ses déclarations et laisse Israël affamer les enfants palestiniens dans ses faits.
L’Union européenne a maintenu pendant des années l’accord d’association avec Israël, qui prévoit dans son article 2 le respect des droits humains comme condition à l’échange préférentiel. Cet article est dans le texte depuis 1995. Il n’a jamais été invoqué contre Israël. La Commission a lancé une révision après octobre 2023, sous pression. Cette révision dure depuis plus d’un an, pendant qu’Israël poursuit son génocide. Les échanges commerciaux avec l’État génocidaire continuent.
Ce n’est pas de l’impuissance. L’impuissance ne choisit pas ses victimes avec une telle cohérence. C’est de la complicité avec un État génocidaire, exercée avec la conscience tranquille que procure la distance géographique et le filtre du vocabulaire humanitaire.
Pourquoi personne ne veut nommer l’État génocidaire israélien
La réponse est simple, et c’est précisément pour cela qu’elle est tue : nommer Israël comme État génocidaire et colonial oblige à des conséquences politiques.
Tant que Gaza est une crise humanitaire sans auteur désigné, on peut envoyer des bateaux d’aide, financer des ONG, voter des résolutions onusiennes, et continuer comme avant avec l’État qui affame, bombarde et massacre. Tant que c’est une tragédie abstraite, on est dans le registre de la compassion, qui n’engage à rien et ne coûte rien.
Dès qu’on reconnaît que Gaza est le produit d’une politique coloniale de peuplement et d’expulsion menée par Israël depuis des décennies, avec l’objectif documenté d’israéliser l’ensemble du territoire entre la mer et le Jourdain, alors la compassion ne suffit plus. Il faut des sanctions contre Israël. Il faut un embargo total sur les armes livrées à l’État génocidaire. Il faut suspendre les accords commerciaux avec lui. Il faut reconnaître l’État de Palestine avec des conséquences juridiques réelles qui lient les mains d’Israël, pas des déclarations symboliques. Il faut assumer les frictions diplomatiques avec Tel-Aviv que cela implique.
Aucun gouvernement occidental n’est prêt à payer ce prix. Alors ils maintiennent le cadre humanitaire dépolitisé, qui permet de paraître concernés sans rien changer à la structure génocidaire israélienne qui produit la souffrance.
Ce que la lucidité impose
La solution à Gaza n’est pas humanitaire. Elle est politique, et elle passe par Israël.
Elle passe par la fin du blocus israélien, donc par des sanctions effectives contre l’État qui l’impose et le maintien depuis dix-huit ans. Elle passe la fin de la colonisation israélienne en Cisjordanie qui rend chaque jour un État palestinien moins viable. Elle passe par la mise en œuvre des décisions de la CIJ contre Israël, ce qui suppose que les États membres de l’ONU cessent de les traiter comme des avis consultatifs.
Elle passe aussi par une transformation du regard. Cesser de voir les Palestiniens comme des victimes à assister face à une catastrophe sans visage, et les reconnaître comme un peuple à qui le droit à l’autodétermination a été confisqué par l’État colonial israélien, et qui résiste depuis trois quarts de siècle à cette confiscation avec une constance que le monde devrait avoir la décence d’appeler par son nom : la Sumud.
Tant que la communauté internationale persistera à traiter Gaza comme une urgence humanitaire gérée à coups de camions et de communiqués, en évitant soigneusement de nommer l’État génocidaire qui en est l’auteur, elle participera, consciemment ou non, à la perpétuation du système israélien qui produit cette urgence. L’aide sans justice n’est pas de la solidarité. C’est de l’anesthésie au service d’un génocide.
La question qui se pose en avril 2026 n’est pas : comment faire entrer plus de camions à Gaza ? La question est : qui, en Israël, a décidé que deux millions de personnes pouvaient être enfermées, affamées et bombardées pendant dix-huit ans ? Quels gouvernements ont choisi de le laisser faire ? Et qui continue, aujourd’hui, de décider que cela peut durer ? Mais surtout et avant tout, pourquoi tolère-t-on que l’on nie tous les droits du peuple palestinien ?
