Haut-Karabakh. Quand l’Azerbaïdjan fait son marché d’armes en Israël

mardi 13 octobre 2020

Tel-Aviv est le premier fournisseur d’équipement militaire à Bakou. Des relations anciennes basées sur l’inimitié avec l’Iran mais qui, aujourd’hui, impliquent de fait Israël dans cette guerre du Caucase, alors que le nombre de civils tués ne cesse d’augmenter.
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L’Azerbaïdjan ne s’en cache pas. Ses relations avec Israël sont au beau fixe. Surtout en matière d’armements. En 2016, le président azerbaïdjanais, Ilham Aliyev, avait affirmé que son pays avait déjà acheté pour 4,85 milliards de dollars (4,1 milliards d’euros) en matériel de défense à Tel-Aviv. Ces cinq dernières années, Israël est ainsi devenu le premier fournisseur d’armes à l’Azerbaïdjan, devant la Russie, avec des ventes de plus de 740 millions de dollars (631 millions d’euros), selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri). En échange, Bakou fournit aux Israéliens l’équivalent des deux tiers de leur consommation de pétrole. L’or noir est amené via des pipelines jusqu’en Turquie, puis par navires en Israël. Ce qui en dit déjà long sur la profondeur politique des déclarations incendiaires du président turc, Recep Tayyip Erdogan, contre la politique israélienne.

Des « drones kamikazes »

L’armée azérie a utilisé des drones d’attaque israéliens contre l’Arménie, n’a d’ailleurs pas caché Hikmet Hajiyev, assistant du président de l’Azerbaïdjan, dans une interview à un média israélien. Il a même, dans un entretien avec le site Axios, explicitement cité l’utilisation de « drones kamikazes », c’est-à-dire des engins chargés d’explosifs venant s’écraser directement sur les cibles choisies. Toujours selon la presse israélienne, qui s’appuie sur des données du site de traçage de vols FlightTracker 24, un avion-cargo de la compagnie azerbaïdjanaise Silk Way aurait décollé de l’aéroport Ramon, près de la base militaire d’Ovda, dans le sud d’Israël, pour rejoindre Bakou.

Israël s’est très tôt intéressé à l’Azerbaïdjan, pays frontalier avec l’Iran. Au point d’avoir été parmi les premiers pays à le reconnaître après la chute de l’URSS en 1991. En 2018, le chef d’état-major des forces armées azerbaïdjanaises avait été reçu en grande pompe en Israël. L’Azerbaïdjan est ainsi devenu le pays d’accueil de tout un tas d’équipements permettant une surveillance de l’Iran. On dit même que les documents portant sur le nucléaire iranien et volés par des agents du Mossad en janvier 2018 auraient été sortis via l’Azerbaïdjan. Ce que Bakou dément. Mais la coopération de l’ombre ne cesse de se renforcer, facilitant par là même le commerce des armes. Si certains contrats sont officiels comme ceux passés récemment avec la firme Elbit Systems concernant la livraison de drones armés, d’autres arrangements sont plus secrets. Comme le transit d’armes tchèques destinées à Bakou, via le territoire israélien.

Un grand écart

La question se pose maintenant de savoir si les livraisons d’armes vont se poursuivre. Bien que tentant de garder un profil bas, Israël se trouve, de fait, impliqué dans la guerre en cours. Ce qui a des conséquences sur sa stratégie régionale. Le 17 septembre dernier, l’Arménie, qui entretient d’excellentes relations avec l’Iran, avait ouvert une ambassade en Israël. Mais, deux semaines plus tard, Erevan rappelait son ambassadeur justement pour protester contre ces accords de défense. Une décision bien évidemment « regrettée » par Tel-Aviv. Au point que le président israélien, Reuven Rivlin, a pris son téléphone pour appeler son homologue arménien, Armen Sarkissian. Il lui a expliqué que les relations et la coopération israélo-azérie étaient anciennes mais qu’elles n’étaient pas dirigées contre une quelconque partie.

Par ricochet, Israël tente également d’apaiser Moscou. Si la présidence russe, pas plus que le ministère des Affaires étrangères, n’a pas réagi publiquement, le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, ne souhaite pas que les liens avec la Russie en soient altérés. Ce qui va nécessiter un grand écart, très certainement en s’appuyant sur la diplomatie russe. Celle-ci cherche à « faire arrêter les hostilités sans s’occuper de qui a tort et qui a raison », comme l’avait expliqué le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. Mais le nombre croissant de victimes civiles depuis le début des affrontements le 27 septembre et la tension qui pourrait embraser une bonne partie du Caucase semblent amener la Russie à durcir le ton. « C’est une énorme tragédie », a déclaré Vladimir Poutine. « Nous appelons, j’insiste là-dessus, à un cessez-le-feu. Et c’est au plus vite qu’il faut le faire. »
Jeudi 8 Octobre 2020
Pierre Barbancey
Source : l’Humanité

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