“It Must Be Heaven” le film primé à Cannes de Elia Suleimane en sortie nationale au cinéma César à Marseille !

mercredi 4 décembre 2019
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le film "It Must Be Heaven", d’Elia Suleiman.
France, Qatar, Allemagne, Canada, Turquie, Palestine, 1 h 37
est en salle à Marseille à partir de mercredi 4 décembre au Cinéma César Place Castellane à Marseille

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Le réalisateur palestinien Elia Suleiman, qui avait été couronné du prix du jury pour l’extraordinaire film “Intervention divine”, en 2002, a été applaudi pendant 6 minutes samedi, lors de la cérémonie de clôture du Festival de Cannes, alors qu’il recevait une mention spéciale de la part du jury, des mains de l’actrice française Chiara Mastroianni, pour son nouveau film “It Must Be Heaven”.


Sur un ton burlesque, Elia Suleiman dans It Must Be Heaven (c’est ça le paradis) se demande ce que signifie « être chez soi ».

L’un des plats favoris des Palestiniens s’appelle, en anglais, l’upside down. Du poulet avec du riz et des amandes, ainsi appelé parce que, pour le servir, on le renverse, un peu comme une tarte tatin. C’est un peu – toutes choses égales par ailleurs – l’idée qui anime le réalisateur palestinien Elia Suleiman dans son dernier film présenté à Cannes, It Must Be Heaven. Lors de la fameuse trilogie qu’il avait proposée auparavant (Chronique d’une disparition en 1996, Intervention divine en 2002, qui lui avait valu le prix du jury sur la Croisette, et enfin le Temps qu’il reste en 2009), le cinéaste apparentait la Palestine à un microcosme du monde. Cette fois, c’est le monde qui est présenté comme un microcosme de la Palestine.

En permanence confronté à la dualité des situations, des protagonistes

Toute ressemblance étant fortuite, Elia Suleiman est néanmoins un homme de Nazareth. C’est là que tout a commencé pour lui. C’est là que Elia Suleiman (campé par le réalisateur lui-même), déjà rencontré précédemment, observe, avec son faux air à la Keaton, les mains toujours croisées dans le dos, semblable, quand il n’est pas de face, à Handala, ce personnage créé par le caricaturiste palestinien Naji Al Ali (assassiné à Londres en 1987 par les services israéliens). En permanence confronté à la dualité des situations, des protagonistes, qu’ils soient frères, machistes ou flics, ES s’envole pour Paris puis destination New York.

Il n’y a là que des situations somme toute ordinaires. La superficialité qui s’étale, en France comme aux États-Unis, n’est pourtant que la partie émergée de l’iceberg. Certes, à Nazareth, on ne voit pas des jolies filles en tenue éclatante s’exhiber dans les rues ou s’embrasser à pleine bouche. Derrière ses lunettes, Elia Suleiman sent pourtant que l’envers du décor est moins reluisant et ressemble à s’y méprendre à ce qu’il a quitté (fui ?). Des avions de chasse déchirent le ciel pour une démonstration de force, les chars, canons pointés, défilent fièrement, la police patrouille sans cesse dans un chassé-croisé chorégraphique… Quant aux checkpoints, si fréquents en Palestine, ils pullulent maintenant, à Paris comme à New York, aux entrées des aéroports et des centres commerciaux. On pourrait même y ajouter l’entrée du Palais des festivals, à Cannes !

Si loin, si proche. L’atmosphère sécuritaire, violente a envahi le globe, nous dit Elia Suleiman. Mais il ne fait surtout pas œuvre de documentaire géopolitique. D’abord, il utilise son arme de prédilection, arme fatale, le loufoque, voire le burlesque et l’absurde. Le rire lucide. Les instants sont d’autant plus décalés qu’ils éclatent à l’image, avec très peu de dialogues. Lui parle à juste titre de « poésie du silence qui est au cœur du langage cinématographique ». On l’oublie trop souvent. Une caresse tendre pour ceux qui subissent le dérèglement du monde, chauffeur de taxi à Big Apple ou SDF à Paname.

La réflexion est moins légère qu’il n’y paraît. Que signifie « être chez soi » quand les traces du passé s’envolent, que les chansons traditionnelles font place à une musique synthétique sans frontières et que tout se ressemble ? ES finit par rentrer à Nazareth, en ayant observé qu’il est chez lui partout et nulle part à la fois. Heureusement, le citronnier qu’il avait planté avant de partir a poussé. Les fruits mûrissent, éclatants. L’espoir existe encore.

Pierre Barbancey
Source :l’Humanité


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Cinéaste rare, Elia Suleiman n’a tourné que quatre films. Dans It Must Be Heaven, on retrouve son art de montrer le fracas du monde avec un subtil humour burlesque.

En vingt-trois ans, Elia Suleiman, Palestinien d’Israël, né à Nazareth en 1960, n’a tourné que quatre longs métrages : Chronique d’une disparition (1996), Intervention divine (2002), Le temps qu’il reste (2009) et aujourd’hui It Must Be Heaven (mention spéciale du Jury et prix de la Critique à Cannes).

Etrange phénomène : on a presque l’impression qu’il en a réalisé le double, tant les images de ses films sont restées dans nos cerveaux.
Certes, d’un film à l’autre, Suleiman tisse son histoire, celle de son double de cinéma, pince-sans-rire, dépressif, qui regarde la vie des Palestiniens d’un air désabusé, et construit des films burlesques très dessinés (peints, dirait-il), très graphiques, qui nous rappellent Jacques Tati et se ressemblent beaucoup entre eux.

Aujourd’hui, à presque 60 ans, Suleiman nous a paru à la fois plus détendu qu’il y a dix ans et plus ultra-sensible que jamais, assumant sans honte de laisser son regard s’embuer quand il se souvient d’une spectatrice qui l’a comblé en lui disant à la sortie du film qu’elle n’avait jamais trop su si elle devait rire ou pleurer. Mais aussi capable de colère quand l’impuissance face à l’injustice (du sort des Kurdes, notamment) l’empêche d’avoir recours à son arme de survie : l’humour.

C’est votre premier long métrage depuis Le temps qu’il reste, en 2009. Quel rapport entretenez-vous au cinéma ? A-t-il évolué ?

Quand vous devenez vieux, comme moi, et que vous avez fait quelques films, que vous n’avez plus l’ambition de prouver quoi que ce soit, quelque chose d’inattendu vous vient soudain à l’esprit   : le défi de fabriquer une image pure qui aurait toutes les significations en même temps.

Et je crois que c’était mon ambition, notamment dans la scène avec la Bédouine. Elle marche entre les allées d’arbres en portant de l’eau sur sa tête, pose l’une des cruches, revient dix mètres en arrière pour aller chercher une seconde cruche, la porte vingt mètres plus loin, donc dix plus loin que la première, et ainsi de suite pour accomplir en une seule fois deux corvées d’eau.

C’est un souvenir du passé. C’est une manière de montrer ce que nous avons perdu.

Cette femme est typiquement palestinienne. Le paysage que j’ai choisi pour la voir déambuler, aussi. Ensuite, on peut se dire que cette femme incarne la Palestine, mais je crois qu’au moment où vous voyez la scène, vous ne pensez à rien d’autre qu’à ce que vous voyez, sans y chercher ou voir aucune signification.

C’est la composition de la scène qui m’intéressait, et rien d’autre. Évidemment, vous devez poser un regard critique sur votre époque. Le film doit être en tension avec elle. Mais toujours, toujours, quelque chose en vous vous dit d’être " le plus subtil possible" (en français). Mon espoir, c’est qu’à travers l’humour les gens oublient de quoi ça parle et ce que je suis en train de critiquer. Je veux d’abord qu’ils rient, et que plus tard, possiblement, ils se disent   : " Mais que sommes-nous en train de vivre   ?" Je pense du plus profond de mon cœur que le plaisir pur est politique. Tellement de choses peuvent naître du plaisir   : moins de violence, plus d’attention à l’autre, etc.

Jean-Baptiste Morain
Les Inrockuptibles


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