L’ONU alerte : Khan Eshieh pourrait devenir « un autre Yarmouk »

mercredi 2 novembre 2016
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Khan Eshieh est un camp de réfugiés palestiniens établi en 1949 à côté des ruines de Khan Eshieh à 27 kilomètres au sud-ouest de Damas en Syrie

Une agence des Nations Unies demande un accès humanitaire pour un camp de réfugiés en proie à la guerre, dans une zone rurale aux abords de Damas, après que quatre réfugiés palestiniens aient été tués, ainsi qu’une Syrienne, la semaine dernière alors qu’ils essayaient de fuir.

« Nofeh Mohammed Jarad, la soixantaine, sa fille Ibaa Saeed al-Nader, 22 ans, leur chauffeur et un bébé d’un an ont tous été tués quand leur véhicule a été bombardé » la nuit du 18 octobre, a déclaré l’UNRWA, l’agence des réfugiés pour la Palestine. « La mère du bébé, citoyenne syrienne, est morte elle aussi dans cet événement. »
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Un secouriste du camp a dit à l’Electronic Intifada que ces cinq personnes ont été tuées alors qu’elles essayaient de quitter le camp par la route Zakia en terre battue, seule route qui permette d’entrer ou de sortir du camp soumis à des restrictions croissantes par l’armée syrienne.

Les résidents de Khan Eshieh ont appelé Zakia « la Route de la Mort » parce qu’elle a été maintes fois la cible de bombardements et de tirs de snipers.

« La Route de la Mort »

« Les familles qui veulent sortir, ou les réfugiés qui veulent aller chercher du pain ou des médicaments utilisent cette route défoncée seulement la nuit, au double risque d’accident et de bombardement », a dit le secouriste, qui a demandé, par crainte pour sa sécurité, que son nom ne soit pas publié et a souhaité être identifié sous le nom Omar al-Muslim (Omar le musulman).

« Les voitures qui veulent sortir sont recouvertes de terre afin d’éviter d’être repérées et elles ne partent qu’à la nuit. La semaine dernière, un camion, qui projetait de rouler sur Dakia pour rapporter du pain, s’est écrasé dans la vallée », ajouta-t-il.

Al-Muslim a dit que la voiture qui transportait les cinq civils a été frappée depuis le sommet d’une colline contrôlée par l’armée syrienne.

« Récupérer les corps était très dangereux, car paramédicaux et volontaires se sont retrouvés sous des tirs nourris », a ajouté al-Muslim, disant qu’une seule personne avait survécu à l’attaque et qu’un volontaire de la Fondation Jafra, association qui fournit des services aux Palestiniens des camps de réfugiés de Syrie, a fait partie des tués.

Selon l’association, deux volontaires de Jafra avaient déjà été tués ce mois-ci lorsque des avions russes ont largué des munitions à fragmentation sur le camp, et un autre volontaire a été tué deux mois plus tôt par une bombe à fragmentation alors qu’il déblayait les déchets dans les rues du camp.

Les environ 8.000 résidents encore sur place à Khan Eshieh, qui en comptait plus de 20.000 avant la guerre, ne peuvent absolument pas partir sans risquer leur vie.

Le renforcement de la sécurité autour de la zone a sévèrement réduit la possibilité pour les résidents de circuler sans risques et d’avoir aisément accès à l’aide humanitaire et au soutien médical. Les résidents du camp affrontent des risques graves lorsqu’ils tentent de quitter Khan Eshieh », a déclaré l’UNRWA.

L’agence a ajouté que l’accès au camp pour y apporter l’aide humanitaire a été « contraint » depuis 2013 et qu’elle est « particulièrement inquiète à cause du manque de médicaments et de l’impact que ceci aura sur les enfants, les patients atteints de maladies chroniques et les personnes âgées de Khan Eshieh ».

Selon l’UNRWA, au moins 31 réfugiés palestiniens de Khan Eshieh ont été tués de puis mai 2016, quand le conflit armé s’est intensifié dans la zone.

« Un autre Yarmouk »

Avec la sévère restriction d’accès au camp, l’agence a alerté sur le « risque réel » que Khan Eshieh « devienne un autre Yarmouk ».

Foyer autrefois de 150.000 résidents, Yarmouk, banlieue sud de Damas, était auparavant le lieu où la population palestinienne était la plus importante de tout le pays avant qu’il ne devienne une zone de combat en décembre 2012. Des milliers de personnes ont fui après l’entrée des forces rebelles dans le camp et le bombardement de la mosquée centrale par les avions du gouvernement.

Depuis lors, l’alimentation du camp en eau et en électricité a été coupée et un siège total a été imposé par les forces du gouvernement et les groupes alliés en juillet 2013. L’hiver suivant, des dizaines de personnes sont mortes de faim, et bien plus ont été tuées au cours des affrontements et bombardements incessants et des frappes sur Yarmouk. Plus tôt cette année, les combattants de l’État Islamique se sont emparé du camp.

Un journaliste militant de Khan Eshieh a dit à l’Electronic Intifada au début de ce mois que « l’intensification récente avait fait suite à l’offensive massive de l’armée syrienne, soutenue par les jets russes, pour reprendre les villes environnantes de Deir Khabiyeh et al-Muqayliba ».

Malgré notre insistance à propos de la neutralité du camp et de l’absence totale de combattants ou de présence militaire de l’opposition à l’intérieur, nous continuons à payer le prix », a ajouté le militant.

Pas d’hôpital

Le seul hôpital du camp n’est plus en activité et il ne reste que des paramédicaux pour donner les premiers soins, et aucun médecin pour faire des opérations chirurgicales, selon le secouriste qui avait réagi à la scène où les cinq personnes avaient été tuées alors qu’elles essayaient de quitter Khan Eshieh la semaine dernière.

« On a souvent été obligés de couper des jambes, simplement parce qu’il n’y a ni équipement ni médecin pour pratiquer des opérations », a dit al-Muslim.

Un hôpital de campagne hors du camp est constamment bombardé, ce qui fait qu’il est trop risqué d’y transporter les blessés pour les prendre en charge, et les infirmières de Khan Eshieh qui travaillent dans les hôpitaux d’État courent le risque d’être arrêtées si elles soignent quiconque blessé dans les bombardements, d’après al-Muslim.

Le pain et les médicaments qui arrivent à entrer dans le camp sont vendus à des prix exagérés, a-t-il ajouté.

Selon l’UNRWA, « Sur les 12 camps de réfugiés palestiniens de tout le pays, cinq sont détruits ou inaccessibles pour l’agence ».

Plus de 60 % des 450.000 réfugiés palestiniens vivant en Syrie ont « subi des déplacements internes prolongés, les obligeant à se réinstaller plusieurs fois au cours des années », a ajouté l’UNRWA.

L’agence est l’organisation humanitaire la plus importante à porter assistance aux réfugiés palestiniens en Syrie, dont 95 % dépendent de son aide.

L’UNRWA dit que 60 % de ses installations dans le pays ont été rendues inaccessibles et que 57 écoles ont été gravement endommagées ou détruites pendant les plus de cinq ans de violence en Syrie.
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Par Maureen Clare Murphy, 25 octobre 2016
Agence Média Palestine


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