La « résolution Maillard » : un texte ambigu et dangereux adopté par une Assemblée nationale divisée

mercredi 4 décembre 2019
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C’est une Assemblée nationale profondément divisée qui a adopté ce soir la « résolution Maillard » censée « lutter contre l’antisémitisme », par 154 voix pour, 72 voix contre et 43 abstentions sur un total de 577 députés. Sur les 303 députés du groupe LREM, qui portait la résolution, seuls 84 ont voté pour, alors que 26 ont voté contre, 22 se sont abstenus et tous les autres se sont absentés. Le groupe Modem s’est partagé. Les groupes Socialiste, La France Insoumise et Gauche Démocrate et Républicaine ont unanimement voté contre. L’Assemblée nationale a adopté cette résolution avec moins de la moitié de députés présents. Les votes « pour » représentent à peine plus d’un quart des effectifs de l’Assemblée nationale.

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Ce vote étriqué, malgré la majorité écrasante dont dispose le groupe LREM, n’est pas une surprise. En voulant faire le procès de l’antisionisme, qui est d’abord et avant tout une opinion politique, et en « approuvant » la définition très contestable de l’antisémitisme proposée par l’IHRA, - une arme promue par Netanyahou et Trump contre la société civile et les défenseurs du droit -, cette résolution s’est faite l’instrument de la politique israélienne au lieu de vouloir contribuer de manière sincère à la lutte contre l’antisémitisme dans notre pays.

Faut-il rappeler, comme l’ont fait plusieurs orateurs, que l’État d’Israël viole tous les jours le droit international et les résolutions de l’ONU, et qu’il nie totalement les droits du peuple palestinien ? Faut-il rappeler le vote en juillet 2018 par le parlement israélien de la loi « État nation du peuple juif », loi suprémaciste et raciste faisant l’objet de nombreux recours en Israël même ?

En isolant la lutte contre l’antisémitisme des autres luttes antiracistes, qui ne sont pas citées une seule fois dans la résolution, en ignorant les avertissements de la CNCDH au point de ne même pas l’auditionner, les porteurs de cette résolution ont rendu un bien mauvais service à la lutte contre l’antisémitisme qu’ils prétendaient promouvoir.

Différentes annonces ont été faites à l’occasion de ce débat parlementaire. L’AFPS approuve la mise en place d’une mission d’information parlementaire sur la lutte contre le racisme, et compte bien témoigner devant celle-ci. Mais il fallait alors à l’évidence attendre les conclusions de cette mission parlementaire pour mettre au vote une autre résolution qui en aurait tenu compte.

Le député Sylvain Maillard, porteur de la résolution, a déclaré à la tribune de l’Assemblée nationale que cette résolution « exclut les exemples de l’IHRA pour illustrer la définition ». L’AFPS prend bonne note de cette déclaration importante, tout en déplorant qu’elle n’ait pas été intégrée dans le texte de la résolution.

Rappelons sans relâche qu’une résolution parlementaire ne peut rien « adopter », et que les exemples ont été exclus du champ de l’approbation de cette définition. Devant la propagande qui s’annonce, l’AFPS demande au gouvernement et à la DILCRAH de revoir avec la plus grande rigueur l’article sur leur site internet relatif à une prétendue adoption par la France de la « définition IHRA », en mentionnant notamment l’exclusion des exemples, et en rappelant qu’une résolution parlementaire n’a pas le pouvoir d’adopter quoi que ce soit.

Face aux entreprises de désinformation coordonnées par l’État d’Israël, une véritable résistance s’est manifestée dans notre pays, ainsi qu’une réelle aspiration à voir la lutte contre l’antisémitisme retrouver, dans le combat antiraciste, sa place essentielle mais non exclusive des autres formes de racisme, et débarrassée de toutes les tentatives de manipulation. C’est un facteur important qu’il conviendra de faire largement connaître. L’AFPS continuera pour sa part à défendre sans relâche les droits du peuple palestinien, dans une rigueur absolue contre toute forme de racisme tout en étant parfaitement résolue à refuser toute forme d’intimidation.

Le Bureau national, 3 décembre 2019

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QUI A VOTE QUOI
Analyse du scrutin n° 2338
Première séance du 03/12/2019

Scrutin public sur la proposition de résolution visant à lutter contre l’antisémitisme (art. 34-1 de la Constitution).
Pour l’adoption : 154
Contre : 72
Abstention : 43

Synthèse du vote
Nombre de votants : 269
Nombre de suffrages exprimés : 226
Majorité absolue : 114
Pour l’adoption : 154
Contre : 72

L’Assemblée nationale a adopté.

Groupe La République en Marche (303 membres)
Pour : 84
Caroline Abadie
Pieyre-Alexandre Anglade
Jean-Philippe Ardouin
Christophe Arend
Stéphanie Atger
Laetitia Avia
Sophie Beaudouin-Hubiere
Aurore Bergé
Grégory Besson-Moreau
Anne Blanc
Pascal Bois
Bruno Bonnell
Florent Boudié
Brigitte Bourguignon
Bertrand Bouyx
Yaël Braun-Pivet
Jean-Jacques Bridey
Pierre Cabaré
Céline Calvez
Philippe Chalumeau
Francis Chouat
Christine Cloarec-Le Nabour
François Cormier-Bouligeon
Dominique Da Silva
Dominique David
Marc Delatte
Frédéric Descrozaille
Françoise Dumas
Jean-François Eliaou
Raphaël Gauvain
Laurence Gayte
Séverine Gipson
Joël Giraud
Guillaume Gouffier-Cha
Fabien Gouttefarde
Carole Grandjean
Olivia Gregoire
Benjamin Griveaux
Stanislas Guerini
Marie Guévenoux
Monique Iborra
Anne-Christine Lang
Michel Lauzzana
Pascal Lavergne
Gilles Le Gendre
Nicole Le Peih
Marie Lebec
Jean-Claude Leclabart
Roland Lescure
Richard Lioger
Brigitte Liso
Mounir Mahjoubi
Sylvain Maillard
Stéphane Mazars
Thomas Mesnier
Thierry Michels
Jean-Michel Mis
Sandrine Mörch
Adrien Morenas
Cendra Motin
Claire O’Petit
Alain Perea
Anne-Laurence Petel
Valérie Petit
Laurent Pietraszewski
Jean-Pierre Pont
Éric Poulliat
Natalia Pouzyreff
Rémy Rebeyrotte
Stéphanie Rist
Laurianne Rossi
François de Rugy
Pacôme Rupin
Thierry Solère
Bruno Studer
Jean Terlier
Vincent Thiébaut
Huguette Tiegna
Frédérique Tuffnell
Alexandra Valetta Ardisson
Olivier Véran
Marie-Christine Verdier-Jouclas
Guillaume Vuilletet
Jean-Marc Zulesi

Contre : 26
Delphine Bagarry
Barbara Bessot Ballot
Yves Blein
Éric Bothorel
Yolaine de Courson
Yves Daniel
Albane Gaillot
Olga Givernet
Florence Granjus
Dimitri Houbron
Caroline Janvier
Fadila Khattabi
Sonia Krimi
Aina Kuric
Mustapha Laabid
Bénédicte Pételle
Michèle Peyron
Cécile Rilhac
Nathalie Sarles
Denis Sommer
Marie Tamarelle-Verhaeghe
Valérie Thomas
Jean-Louis Touraine
Nicole Trisse
Laurence Vanceunebrock
Martine Wonner

Abstention : 22
Didier Baichère
Belkhir Belhaddad
Julien Borowczyk
Blandine Brocard
Anne-Laure Cattelot
Danièle Cazarian
Jean-René Cazeneuve
Typhanie Degois
Stéphanie Kerbarh
Célia de Lavergne
Fiona Lazaar
Sandrine Le Feur
Charlotte Lecocq
Monique Limon
Didier Martin
Jean-Baptiste Moreau
Mickaël Nogal
Xavier Paluszkiewicz
Xavier Roseren
Jacques Savatier
Alice Thourot
Corinne Vignon

Non-votant : 1
M. Richard Ferrand (Président de l’Assemblée nationale).

Groupe Les Républicains (104 membres)

Pour : 46
Damien Abad
Valérie Beauvais
Jean-Yves Bony
Jean-Claude Bouchet
Valérie Boyer
Gilles Carrez
Jacques Cattin
Gérard Cherpion
Éric Ciotti
Pierre Cordier
Olivier Dassault
Bernard Deflesselles
Rémi Delatte
Vincent Descœur
Fabien Di Filippo
Julien Dive
Jean-Pierre Door
Jean-Jacques Gaultier
Annie Genevard
Philippe Gosselin
Michel Herbillon
Patrick Hetzel
Brigitte Kuster
Valérie Lacroute
Guillaume Larrivé
Constance Le Grip
Sébastien Leclerc
Geneviève Levy
Véronique Louwagie
Emmanuel Maquet
Olivier Marleix
Maxime Minot
Éric Pauget
Didier Quentin
Frédéric Reiss
Raphaël Schellenberger
Jean-Marie Sermier
Éric Straumann
Guy Teissier
Jean-Louis Thiériot
Laurence Trastour-Isnart
Isabelle Valentin
Pierre Vatin
Arnaud Viala
Jean-Pierre Vigier
Éric Woerth

Contre : 1
Xavier Breton

Abstention : 4
Julien Aubert
Alain Ramadier
Jean-Luc Reitzer
Patrice Verchère

Groupe du Mouvement Démocrate et apparentés (46 membres)
Pour : 5
Jean-Pierre Cubertafon
Marguerite Deprez-Audebert
Jean-Luc Lagleize
Philippe Latombe
Patrick Mignola

Contre : 5
Nadia Essayan
Bruno Joncour
Maud Petit
Richard Ramos
Nicolas Turquois

Abstention : 13
Erwan Balanant
Géraldine Bannier
Stéphane Baudu
Jean-Louis Bourlanges
Vincent Bru
Sarah El Haïry
Nathalie Elimas
Isabelle Florennes
Bruno Fuchs
Élodie Jacquier-Laforge
Sophie Mette
Bruno Millienne
Michèle de Vaucouleurs

Non-votant : 1
M. Sylvain Waserman (Président de séance).

Groupe Socialistes et apparentés (29 membres)
Contre : 11
Alain David
Laurence Dumont
Régis Juanico
Marietta Karamanli
Christine Pires Beaune
Dominique Potier
Hervé Saulignac
Sylvie Tolmont
Cécile Untermaier
Boris Vallaud
Michèle Victory

Groupe UDI, Agir et Indépendants (28 membres)
Pour : 14
Sophie Auconie
Olivier Becht
Thierry Benoit
Pierre-Yves Bournazel
Guy Bricout
Paul Christophe
Béatrice Descamps
Agnès Firmin Le Bodo
Meyer Habib
Jean-Christophe Lagarde
Lise Magnier
Pierre Morel-À-L’Huissier
Joachim Son-Forget
André Villiers

Abstention : 1
Christophe Naegelen

Groupe Libertés et Territoires (19 membres)
Pour : 3
Frédérique Dumas
Sandrine Josso
François Pupponi

Contre : 2
Paul Molac
Sylvia Pinel

Abstention : 2
Charles de Courson
Olivier Falorni


Groupe La France insoumise (17 membres)
Contre : 14
Clémentine Autain
Ugo Bernalicis
Éric Coquerel
Alexis Corbière
Caroline Fiat
Michel Larive
Jean-Luc Mélenchon
Danièle Obono
Mathilde Panot
Loïc Prud’homme
Adrien Quatennens
Jean-Hugues Ratenon
Muriel Ressiguier
Sabine Rubin

Groupe de la Gauche démocrate et républicaine (16 membres)
Contre : 11
Moetai Brotherson
Alain Bruneel
Marie-George Buffet
André Chassaigne
Pierre Dharréville
Elsa Faucillon
Sébastien Jumel
Jean-Paul Lecoq
Jean-Philippe Nilor
Stéphane Peu
Hubert Wulfranc

Non inscrits (14)
Pour : 2
Emmanuelle Ménard
Agnès Thill

Contre : 2
Jennifer De Temmerman
Jean Lassalle

Abstention : 1
Marie-France Lorho

Contenus annexes
Mises au point

(Sous réserve des dispositions de l’article 68, alinéa 4, du Règlement de l’Assemblée nationale)
M. Sylvain Waserman a fait savoir qu’il avait voulu « voter pour »
M. Michel Lauzzana a fait savoir qu’il avait voulu « s’abstenir volontairement »

Votes des groupes

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Appel de 127 universitaires juifs aux députés français : « Ne soutenez pas la proposition de résolution assimilant l’antisionisme à l’antisémitisme »

Un collectif d’intellectuels juifs du monde entier appelle, dans une tribune au « Monde », les députés français à ne pas apporter leur soutien à un texte sur la lutte contre l’antisémitisme, qui doit être débattu et voté les 3 et 4 décembre, à l’Assemblée nationale.

Les députés doivent se prononcer, mardi 3 décembre, sur une proposition de résolution visant à lutter contre l’antisémitisme, déposée par le député La République en marche (LRM) Sylvain Maillard. Controversé, ce texte propose que la France adopte, à la suite du Parlement européen, la définition de l’antisémitisme établie par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA), en 2016. Celle-ci inclut « les manifestations de haine à l’égard de l’Etat d’Israël justifiées par la seule perception de ce dernier comme collectivité juive », rappelle le texte de M. Maillard. Lors du dîner du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), le 21 février, Emmanuel Macron s’était dit favorable à l’adoption de cette définition non contraignante, jugeant que l’antisionisme constitue « une des formes modernes de l’antisémitisme ».

Tribune. Le 3 décembre, l’Assemblée nationale va débattre et voter une proposition de résolution sur la lutte contre l’antisémitisme. Cette résolution est hautement problématique.

Nous, universitaires et intellectuels juifs, d’Israël et d’ailleurs, dont beaucoup de spécialistes de l’antisémitisme et de l’histoire du judaïsme et de l’Holocauste, élevons notre voix contre cette proposition de résolution.

La montée de l’antisémitisme dans le monde, y compris en France, nous préoccupe profondément. Nous considérons l’antisémitisme et toutes les autres formes de racisme et de xénophobie comme une menace réelle contre laquelle il convient de lutter avec la plus grande fermeté, et exhortons le gouvernement et le Parlement français à le faire.

Tout en soulignant fermement notre préoccupation, nous nous opposons à la proposition de résolution sur l’antisémitisme pour deux raisons principales, et appelons les députés de l’Assemblée nationale à ne pas y apporter leur soutien.

Premièrement, l’exposé des motifs de la proposition de résolution associe l’antisionisme à l’antisémitisme. Il assimile même l’antisionisme à l’antisémitisme en précisant que « critiquer l’existence même d’Israël en ce qu’elle constitue une collectivité composée de citoyens juifs revient à exprimer une haine à l’égard de la communauté juive dans son ensemble ».

Pour les nombreux juifs se considérant antisionistes, cet amalgame est profondément injurieux

Avant de poursuivre notre argumentation, nous déplorons que l’exposé des motifs désigne Israël comme « une collectivité composée de citoyens juifs ». Environ 20 % de la population d’Israël sont des citoyens palestiniens, dont la plupart sont musulmans ou chrétiens. La désignation choisie occulte et nie leur existence. Nous considérons cette approche comme très problématique, compte tenu également de l’engagement de votre pays en faveur d’une définition de la citoyenneté française qui n’est pas basée sur l’ethnicité.

Nos opinions sur le sionisme peuvent être diverses, mais nous pensons tous, y compris ceux qui se considèrent comme sionistes, que cet amalgame est fondamentalement faux. Pour les nombreux juifs se considérant antisionistes, cet amalgame est profondément injurieux.

L’antisionisme est un point de vue légitime dans l’histoire juive, et il a une longue tradition, y compris en Israël. Certains juifs s’opposent au sionisme pour des raisons religieuses, d’autres pour des raisons politiques ou culturelles. De nombreuses victimes de l’Holocauste étaient antisionistes. Le projet de résolution les déshonore et offense leur mémoire, en les considérant rétroactivement comme antisémites.

Mouvement politique oppressif

Pour les Palestiniens, le sionisme représente la dépossession, le déplacement, l’occupation et les inégalités structurelles. Il est cynique de les stigmatiser comme antisémites parce qu’ils s’opposent au sionisme. Ils s’opposent au sionisme non par haine des juifs, mais parce qu’ils vivent le sionisme comme un mouvement politique oppressif. Agir ainsi témoigne d’une grande insensibilité et d’une politique de deux poids, deux mesures, sachant qu’Israël nie le droit de la Palestine à exister et mine son existence même.

Il n’y a aucun doute qu’il existe des antisémites parmi les gens qui s’opposent au sionisme. Mais il y a également beaucoup d’antisémites qui soutiennent le sionisme. Il est donc inapproprié et totalement inexact d’identifier de manière générale antisémitisme et antisionisme. En confondant ces deux phénomènes, l’Assemblée nationale compromettrait les efforts vitaux de lutte contre le véritable antisémitisme, qui est multidimensionnel et provient de différents secteurs de la société française.

Notre seconde objection est que la résolution approuve la définition de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA). Cette définition est hautement problématique. La résolution prétend que la définition « permet de désigner le plus précisément possible ce qu’est l’antisémitisme contemporain ». En réalité cependant, la définition est peu claire et imprécise, et par conséquent, n’est pas un instrument efficace de lutte contre l’antisémitisme. D’autre part, une législation visant à lutter efficacement contre l’antisémitisme et à le poursuivre existe déjà en France.

La résolution crée un double standard injustifiable en faveur d’Israël et contre les Palestiniens

L’exposé des motifs de la proposition de résolution indique que la définition de l’IHRA « ne reconnaît pas comme antisémite la critique des politiques de l’Etat d’Israël ». En réalité cependant, plusieurs « exemples contemporains d’antisémitisme » ont été joints à la définition qui associe intentionnellement la critique et l’opposition aux politiques de l’Etat d’Israël à l’antisémitisme. Ces exemples sont présentés et considérés comme partie intégrante de la définition.

D’après les exemples et la manière dont ils sont appliqués, il suffit de critiquer Israël d’une manière perçue comme différente de ce qui se fait pour d’autres pays, pour être considéré comme antisémite. Il suffit d’être en faveur d’une solution binationale ou démocratique au conflit israélo-palestinien, pour être considéré comme antisémite. Il en va de même, quand on blâme Israël pour son racisme institutionnalisé. On peut certainement ne pas être d’accord avec ces énoncés. Mais ces opinions sont considérées comme légitimes et protégées par la liberté d’expression dans tout autre contexte politique. Ainsi, la résolution crée un double standard injustifiable en faveur d’Israël et contre les Palestiniens.

La définition de l’IHRA est déjà utilisée pour stigmatiser et réduire au silence les critiques de l’Etat d’Israël, notamment les organisations de défense des droits humains et des experts respectés. Cette situation a été condamnée par d’éminents spécialistes de l’antisémitisme. L’avocat américain Kenneth Stern, l’un des rédacteurs originaux de la définition de l’IHRA, a également mis en garde contre l’utilisation de cette définition pour saper la liberté d’expression.

Instrumentalisation

La question-clé est la suivante : pourquoi tout cela se produit-il ? Nous ne pouvons pas considérer cela comme indépendant de l’agenda politique principal du gouvernement israélien visant à enraciner son occupation et son annexion de la Palestine et à faire taire toute critique à l’égard de cet agenda.

Depuis des années, le gouvernement israélien du premier ministre Benjamin Nétanyahou dénonce comme antisémite toute opposition à sa politique. Nétanyahou lui-même a défendu avec force l’assimilation de l’antisionisme à l’antisémitisme, ainsi que la définition de l’IHRA. Cela illustre la manière dont la lutte contre l’antisémitisme a été instrumentalisée pour protéger le gouvernement israélien.

C’est avec inquiétude que nous constatons que ces efforts du gouvernement israélien trouvent un soutien politique, jusqu’en France. Nous invitons ainsi l’Assemblée nationale à lutter contre l’antisémitisme et contre toutes les formes de racisme, mais sans aider le gouvernement israélien dans son programme d’occupation et d’annexion.

« Ne pas confondre racisme et critique légitime d’un Etat »

Cette proposition de résolution n’est pas un moyen crédible et efficace d’y parvenir. L’antisémitisme doit être combattu sur des bases universelles, au même titre que d’autres formes de racisme et de xénophobie, pour lutter contre la haine. L’abandon de cette approche universaliste conduira à une polarisation accrue en France, ce qui nuirait également à la lutte contre l’antisémitisme.

Dans ce contexte, nous notons que la proposition de résolution est également en contradiction avec la position de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH). Dans son rapport de 2018 sur la lutte contre le racisme, la CNCDH a averti que la définition de l’IHRA risque d’affaiblir l’approche universelle française de la lutte contre le racisme et a insisté « sur la vigilance pour ne pas confondre racisme et critique légitime d’un Etat et de sa politique ».

Nous prions l’Assemblée nationale de ne pas soutenir une résolution qui assimile à tort l’antisionisme à l’antisémitisme. Ne soutenez pas une résolution qui approuve la définition politisée de l’antisémitisme par l’IHRA, d’autant plus si elle le fait sans se distancier des exemples problématiques de la définition qui concernent Israël.

Liste des signataires de l’appel contre la proposition de résolution associant antisémitisme et antisionisme
Howard Tzvi Adelman, professeur associé d’Histoire et d’Histoire du Judaïsme, Queen’s University, Kingston, Ontario.
Karin Adelman, médecin.
Ofer Aharony, professeur, faculté de Physique, Institut Weizmann des Sciences.
Mateo Alaluf , professeur (émérite), Institut de Sociologie, université Libre de Bruxelles.
Gadi Algazi, professeur d’Histoire médiévale, département d’Histoire, université de Tel Aviv
Hila Amit, écrivain, chercheur.
Gil Anidjar, professeur du département d’études Moyen-Orientales, Asiatiques et Africaines, Columbia University.
Seth Anziska, professeur Associé, département d’études de l’Hébreu et du Judaïsme, University College London.
Yonathan Anson, professeur, département de service social, université Ben-Gurion du Néguev.
Jean-Christophe Attias, professeur et titulaire de la chaire de pensée juive médiévale, Ecole pratique des hautes études, université PSL, Paris.
Elsa Auerbach, professeure (émérite), département d’Anglais, université du Massachusetts Boston.
Joel Beinin, professeur (émérite), Donald J. McLachlan d’Histoire et professeur d’Histoire du Moyen Orient, université de Stanford.
Avner Ben-Amos, professeur, département d’Histoire, université de Tel Aviv.
Ayelet Ben-Yishai, professeure Associé, département d’Anglais, université de Haifa.
Andrew Stuart Bergerson, professeur, département d’Histoire, université du Missouri-Kansas City.
Michael Berkowitz, professeur d’Histoire moderne du judaïsme, University College London.
Louise Bethlehem, professeure, études Culturelles et d’Anglais, université Hébraïque de Jérusalem.
David Blanc, professeur, département de Mathématiques, université de Haifa.
Daniel D. Blatman, professeur, Directeur de l’Institut de Recherche Avraham Harman sur le judaïsme contemporain, université Hébraïque, Jérusalem.
Hagit Borer, professeure, titulaire de la chaire en Linguistique, SLLF, Queen Mary University of London.
Daniel Boyarin, professeur Taubman de Culture Talmudique, université de Californie, Berkeley
Rony Brauman, professeur à l’université de Manchester.
Jose Brunner, professeur (émérite), Institut Cohn d’Histoire de la science et des idées et faculté de Droit Buchmann, université de Tel Aviv.
Judith Butler, professeure Maxine Elliot professeur de littérature compare et de théorie critique, université de Californie, Berkeley.
Jane Caplan, professeure (émérite) d’Histoire Européenne Moderne, université d’Oxford.
Nina Caputo, professeure Associée, département d’Histoire, université de Floride.
Michael Chanan, professeur de Film et Vidéo, université de Roehampton, Londres.
Stephen Clingman, professeur, département d’Anglais, université du Massachusetts, Amherst.
Eyal Clyne, non-affilié.
James Cohen, professeur, Institut du monde anglophone, université Sorbonne Nouvelle Paris 3.
Alon Confino, professeur, titulaire de la chaire Pen Tishkach d’études de l’Holocauste, directeur de l’Institut d’études de l’holocauste, du génocide et de la mémoire, département d’Histoire, université du Massachusetts.
Mike Cushman, chargé de recherche, London School of Economics and Political Science.
Hilla Dayan, chercheure au département de Sociologie, Amsterdam University College.
Sonia Dayan-Herzbrun, professeure (émérite), faculté de sciences sociales, université Paris Diderot Paris 7.
Sidra DeKoven Ezrahi, professeure de littérature compare, université Hébraïque de Jérusalem
Tal Dor, chercheur adjoint, centre de Recherche Experice Paris 8.
Tommy Dreyfus, professeur (émérite) de Mathématiques, faculté d’éducation, université de Tel Aviv.
David Enoch, professeur, faculté de Droit et département de philosophie, université Hébraïque de Jérusalem.
Judith Ferster, professeure (émérite), département d’Anglais, université de Caroline du Nord.
Cynthia Franklin, département d’Anglais, université d’Hawaï.
Gideon Freudenthal, professeur (émérite), Institut Cohn Institute d’Histoire de la science et des idées, université de Tel Aviv.
Chaim Gans, professeur (émérite) faculté de Droit, université de Tel Aviv.
Tamar Garb, professeure d’histoire de l’art Durning Lawrence, directrice Institute of Advanced Studies in Humanities and Social Sciences, University College London.
Amos Goldberg, professeur, département d’Histoire du Judaïsme et du judaïsme contemporain, université Hébraïque de Jérusalem.
Katharina Galor, professeure Associé Invité Hirschfeld, Programme d’études du judaïsme, université Brown.
Shai Ginsburg, professeur, département d’études Asiatiques et Moyen-Orientales, université Duke.
Rachel Giora, professeure, département de Linguistique, université de Tel Aviv.
Steve Golin, professeur (émérite), département d’Histoire, Bloomfield College.
Neve Gordon, professeur, département de Politique et gouvernement, université Ben-Gurion du Néguev.
Joel Gordon, professeur, département d’Histoire, université d’Arkansas Fayetteville.
Nir Gov, professeur, département de Physique chimique et biologique, Institut Weizmann des Sciences.
Yann Guillaud, conférencier à Sciences Po et à l’université Catholique de Paris.
Gérard Haddad, psychiatre, psychanalyste, écrivain.
Ilana Hammerman, écrivain lauréate du prix Yeshayahu Leibowitz (2015).
David Harel, professeur, département de Sciences informatiques et mathématiques appliquées, Institut Weizmann des Sciences.
Elizabeth Heineman, professeure, département d’Histoire, université de l’Iowa
Shir Hever, Sciences Politiques, université libre de Berlin
Eva Jablonka, professeure, Institut Cohn Institute d’Histoire de la science et des idées, université de Tel Aviv.
Michal Kaiser-Livne, psychanalyste, Institut de Berlin Institute pour l’Analyse de groupe
Amnon Raz-Karkotzkin, professeur, Histoire juive.
Brian Klug, agrégé supérieur de recherche et enseignant en Philosophie, université d’Oxford.
Yehoshua Kolodny, professeur (émérite), Institut des Sciences de la terre, université Hébraïque de Jérusalem.
Hubert Krivine, médecin.
Pascal Lederer, médecin, directeur de recherche honoraire au CNRS.
Micah Leshem, professeur (émérite), département de Psychologie, université de Haifa.
Les Levidow, faculté d’Art et de Sciences sociales, The Open University, Royaume-Uni.
Mark Levene, membre émérite, département d’Histoire, université de Southampton, Royaume-Uni.
Joseph Levine, professeur de Philosophie, université du Massachusetts, Amherst.
R. Ruth Linden, Président, Tree of Life Health Advocates, San Francisco.
Adi Liraz, artiste interdisciplinaire, formateur sur l’histoire des juifs de Grèce et d’Allemagne.
Rachel Livne-Freudenthal, Institut Leo Baeck, Jérusalem.
Moshé Machover, professeur (émérite) de Philosophie, université de Londres.
Joëlle Marelli, universitaire indépendante, ancienne directrice de programme du Collège Internationale de Philosophie, Paris.
Anat Matar, département de Philosophie, université de Tel Aviv.
Yehoshua Mathias, conférencier titulaire, faculté d’Education, université Hébraïque de Jérusalem.
David Mednicoff , professeur Associé d’études Moyen-Orientales et de politique publique, université du Massachusetts, Amherst.
Oded Na’aman, The Martin Buber Society of Fellows, université Hébraïque de Jérusalem.
Sheryl Nestel, universitaire indépendante.
Isaac Nevo, professeure associé de philosophie.
Benita Parry, professeure (émérite), études d’Anglais et de littérature comparée, université de Warwick.
Hadas Pe’ery, conférencier à l’Ecole de musique Buchmann, université de Tel Aviv.
Nurit Peled-Elhanan, professeure, faculté d’Education, université Hébraïque de Jérusalem.Yael Politi, centre de bio ingénierie moléculaire et cellulaire, Technische Universität Dresden.
David Ranan, Birkbeck University, Londres.
Ada Rapoport-Albert, professeure (émérite) d’études Hébraïques et du judaïsme, University College London.
Ben Ratskoff , université de Californie, Los Angeles.
Shlomith Rimmon-Kenan, professeure (émérite), département de littérature anglaise et littérature comparée, université Hébraïque de Jérusalem.
Noa Roei, professeure adjoint Analyse culturelle et littéraire, université d’Amsterdam
Lisa Rofel, professeure (émérite)université de Californie, Santa Cruz
Dana Ron, professeur, faculté d’Ingénierie, université de Tel Aviv.
Steven Rose , professeur (émérite) de biologie et neurobiologie, The Open University, Royaume-Uni
Jonathan Rosenhead, professeur de recherche opérationnelle, département de Management, London School of Economics and Political Science
David M. Rosenthal, professeur, Cognitive Science Concentration Graduate Center, City University of New York
Michael Rothberg, professeur, 1939 Society Samuel Goetz Chair in Holocaust Studies, département de littérature comparée université de Californie
E. Natalie Rothman, département d’études historiques et culturelles, université de Toronto Scarborough
Catherine Rottenberg, professeure, département d’études Américaines and Canadiennes, université de Nottingham
Sara Roy, maître de recherche, centre d’études Moyen Orientales, université d’Harvard.
Hannah Safran, centre de recherche féministe de Haifa.
Ariel Salzmann, département d’Histoire, Queen’s University, Ontario.
Catherine Samary, économiste (ret.), université Paris Dauphine.
Donald Sassoon, professeur (émérite) d’Histoire Européenne comparée, Queen Mary, université de Londres.
Naomi Scheman, professeure (émérite), Philosophie et Genre, féminines et de la sexualité, université du Minnesota.
Sir Stephen Sedley ancien Lord Juge de la Cour d’Appel, Angleterre et Pays de Galle, ancien professeur invité de droit, université d’Oxford.
Graeme Segal, professeur (émérite),Mathématiques, All Souls College.
Gershon Shafir, professeur, département de Sociologie, université de Californie, San Diego.
Alice Shalvi, professeur (émérite),département d’Anglais, université Hébraïque de Jérusalem et université Ben-Gurion du Néguev.
Dimitry Shevchenko, chercheur postdoctorale, département d’études Asiatiques, université Hébraïque de Jérusalem.
Avi Shlaim, professeur (émérite),département d’études Politiques et Relations Internationales, St. Antony’s College et université d’Oxford.
David Shulman, professeur, département d’études Asiatiques, université Hébraïque de Jérusalem.
Dmitry Shumsky département d’Histoire juive et Directeur du centre Cherrick Center pour l’étude du Sionisme, université Hébraïque de Jérusalem.
Robert Yerachmiel Sniderman, université Simon Fraser.
Lisa Stampnitzky, conférencier en Politique, département d’études Politiques et relations internationales, université de Sheffield.
Marc Steinling, professeur, Médecin, Biophysicien.
Sacha Stern, professeur, Directeur du département d’études Hébraïques et du Judaïsme, University College London.
Zeev Sternhell, professeur (émérite) Léon Blum, université Hébraïque de Jérusalem
Howard Rechavia Taylor, Columbia University.
Barry Trachtenberg, Michael R. et Deborah K. Rubin Président de la Chaire d’Histoire du judaïsme, département d’Histoire, université Wake Forest.
Rolf Verleger, professeur (émérite), Psychologue.
Dominique Vidal, historien et journaliste.
Roy Wagner, professeur, département de Sciences Humaines, sciences sociales et politiques, ETH Zürich.
Yair Wallach, directeur du centre d’études du judaïsme, département des langues et cultures du proche et moyen orient, SOAS, université de Londres.
Joan Wallach Scott, professeure (émérite), Institute for Advanced Study, Princeton.
Daphna Westerman, Master Beaux Arts Fine, université Bauhaus, Weimar.
Diane L. Wolf , professeure, département de Sociologie, université de Californie, Davis.
Niza Yanay, professeur (émérite) département de Sociologie et Anthropologie, université Ben-Gurion du Néguev.
Moshe Zimmermann, professeur (émérite), ancien directeur du centre Richard Koebner Minerva pour l’Histoire allemande, université Hébraïque de Jérusalem.
Moshe Zuckermann, professeur (émérite), Institut Cohn d’Histoire de la science et des idées,


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