Palestine, territoire en Images au Mucem

lundi 13 février 2017
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vendredi 10 mars

[*15h [Palestine] Conversation Nord-Sud, Daney Sanbar*]
48 min - France - 1993 - De Simone Bitton et Catherine Portevin

Pendant la guerre du Golfe, Serge Daney avait écrit que la conversation, « un art typiquement franco-arabe », n’arrivait plus à s’instaurer entre lui et ses amis arabes. Attristées par ce constat, les réalisatrices ont voulu lui offrir un cadre, à la fois réel et cinématographique, dans lequel il pourrait renouer ce dialogue un moment interrompu. Le choix de son interlocuteur s’est imposé d’emblée : Elias Sanbar. Palestinien, historien, directeur de la Revue d’études palestiniennes, collectionneur d’images ; un exilé qui archive la mémoire de son peuple : photographies de presse, album de famille, cartes postales, etc.

Pour Sanbar, l’image constitue une preuve de son identité. Daney a passé l’essentiel de sa vie à voir des films mais il s’est toujours refusé à conserver des images fixes. De part et d’autre, il y avait un désir très vif de confronter ces deux attitudes face à l’image et d’en faire, en quelque sorte, une parabole des rapports Nord-Sud.

Suivi d’une conversation avec Simone Bitton et Elias Sanbar ; puis d’une séance de dédicaces de l’ouvrage Les Absents, de Bruno Fert et Elias Sanbar.

Née au Maroc, Simone Bitton vit entre Paris, Rabat et Jérusalem. Elle a réalisé plus de 20 films et séries documentaires pour le cinéma et la télévision. Son œuvre est très variée –comprenant films d’art et essai, portraits intimes d’artistes, montages d’images d’archives, ou documentaires d’investigation –, mais son engagement politique pour l’histoire, la culture et la réalité contemporaine du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord a toujours été prégnant.

Elle a notamment réalisé Les Grandes Voix de la chanson arabe (1990) et Palestine, the Story of a Land (1993), aujourd’hui considérés comme des œuvres de référence. Plus récemment, elle a tourné The Wall (2004) et Rachel (2009), qui ont tous deux reçu plusieurs prix à l’international.

Simone Bitton enseigne à l’Université Paris 8. Elle est membre des Ateliers Varan.

[*17h30 [Palestine] Invisibilité revisitée*]
Par Subversive Film
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En 1968, de jeunes cinéastes palestiniens créent à Amman (Jordanie) un groupe cinématographique affilié à la révolution : le « Palestine Film Unit » (PFU), qui a travaillé avec le Fatah, a ainsi pu nourrir la révolution palestinienne d’un large vocabulaire cinématographique, après des décennies d’invisibilité. Il a ainsi joué un rôle majeur dans le cinéma révolutionnaire palestinien.

Cette conférence revient sur le parcours et les travaux du PFU et de ses différents acteurs, illustrant une certaine pratique du cinéma militant des années 1960 et 1970, quand les cinéastes pensaient que le cinéma pouvait changer le monde.

Subversive Film est un collectif dont l’objectif est la recherche et la production cinématographique qui vise à poser un éclairage nouveau sur les travaux historiques liés à la Palestine et à sa région, ainsi qu’à encourager le soutien à la préservation du patrimoine cinématographique, et à enquêter sur les pratiques d’archivage et leurs effets. Subversive Film a par ailleurs développé d’autres projets, impliquant notamment la réédition numérique de films oubliés, le commissariat de cycles de cinéma, et le sous-titrage de films récemment redécouverts.

Créé en 2011, Subversive Film est basé à Londres et Ramallah.

[*19h [Palestine] Archives, Mouvement et Traduction*]

Rencontre avec l’une des artistes majeures de la scène contemporaine dans le monde arabe. Emily Jacir va tisser ses réflexions autour des questions d’archives, mouvement et traduction incarnées dans sa pratique, en s’arrêtant sur un nombre de ses projets, dont notamment Material for a Film (2007), Lydda Airport (2009) and stazione (2009. Jacir a construit une œuvre complexe – aussi poétique que politique -, autour des questions liées à la résistance, aux échanges, à la traduction et à l’histoire des migrations.

Elle a reçu plusieurs prix, dont le Lion d’or à la 52e Biennale de Venise (2007), le Prix Herb Alpert (2011) et le Prix de Rome (2015). Emily Jacir a notamment exposé à l’IMMA de Dublin (2016-2017), à la Whitechapel Gallery de Londres (2015), au Beirut Art Center (2010), ou encore au Guggenheim de New York (2009). Elle participe également à des projets éducatifs en Palestine et elle a enseigné à l’Académie internationale des arts de Palestine, à Ramallah (la seule institution de ce genre dans le monde arabe). Elle vit en Méditerranée.

[*21h [Palestine] Jaffa, la mécanique de l’orange*]
1h26 - Allemagne/France/Israël/Belgique - 2009 - De Eyal Sivan
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’histoire de la Palestine et d’Israël s’articule autour de représentations, d’images et de clichés. Mais parmi tous ces symboles, un seul est commun aux deux cultures : l’orange. Raconter l’histoire des oranges de Jaffa, c’est raconter l’histoire de cette terre à travers un récit riche et étonnamment émouvant. Le film d’Eyal Sivan n’est pas qu’une façon de se souvenir. Il est davantage une entreprise de surgissement du passé à travers la mélancolie du présent. Les oranges de Jaffa ont beaucoup à nous dire. Et ce qu’elles nous disent est à la fois beau et triste. Beau, car à travers une recherche d’archives qui remonte à la naissance du cinéma, se croisent et se conjuguent plusieurs mythologies, arabes et juives. Triste, car l’aventure coloniale des sionistes se fondait sur l’oubli de l’orange, de son odeur, de la terre dont elle provient, pour n’être plus réduite qu’à un produit d’exportation.

Dans ce film se mêlent poésie et cinéma, ouvriers agricoles et historiens, mémoire et présent. Car sans l’orange, il n’est pas de futur possible.

Né à Haïfa en 1964, Eyal Sivan vit entre la France et Israël depuis 1985. Célèbre pour son œuvre controversée, il a réalisé plus d’une dizaine de documentaires ayant remporté plusieurs prix à l’international ; et en a produit bien d’autres. Il a fondé à Paris la société momento ! qui édite et distribue des films documentaires politiques. Il a créé la revue South Cinema Notebooks, dont il est le rédacteur en chef.

Eyal Sivan est membre d’honneur de l’Université d’Exeter (GB) et enseigne à la Netherlands Film Academy d’Amsterdam.

Il a notamment réalisé Aqabat-Jaber, vie de passage (1987), He Will Overcome (1993), Un spécialiste, portrait d’un criminel moderne (1999), Route 181, le fragment d’un voyage en Palestine-Israël (avec Michel Khleifi, 2003), I Love You All (2004), Jaffa, la mécanique de l’orange (2009) et Common State, Potential Conversation (2012).