Trump ou la diplomatie du portefeuille - un éclairage engagé de Mehdi Khelfat de la RTBF

samedi 1er février 2020

Benjamin Nétanyahou l’annonce déjà comme « historique ». Donald Trump a dévoilé son plan de paix pour le Proche-Orient. Une annonce à Washington alors que le Premier ministre israélien s’y trouve en voyage officiel tout comme son rival Benny Gantz. Une vraie superproduction américaine !

Le thème : la paix au Proche-Orient.
La promesse : un moment d’histoire.
Le décor : Washington et la Maison Blanche…

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Tout cela ressemble trait pour trait à ce que l’on a vécu un certain 13 septembre 1993. C’était il y a 27 ans !
L’espoir d’une paix durable a soufflé à travers le monde. Le cœur y était mais force est de constater que les espoirs sont vite partis en fumée. Deux ans après l’accord, le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin était assassiné par Yigal Amir, un extrémiste juif. L’échec des accords de Camp David et la Deuxième Intifada, en 2000, ont achevé d’enterrer l’espoir d’une paix rapide dans la région.

Aujourd’hui, un tout autre contexte

Mais il y a une chose qui fait la différence dans les superproductions américaines, le casting. Et là on n’est pas du tout sur le même casting !
Il y a 27 ans, des hommes de bonne volonté, courageux - l’un l’a payé de sa vie (Ytzhak Rabin)-, étaient présent, prêts à assumer auprès de leur peuple respectif de douloureuses concessions.

Aujourd’hui, un énorme absent. Les Palestiniens divisés entre le Hamas à Gaza et le Fatah de Mahmoud Abbas en Cisjordanie.
L’Autorité palestinienne estime d’ores et déjà que le projet est trop favorable à Israël, et le clame depuis des mois. Ses représentants ont refusé d’assister en juin dernier à la présentation de « l’accord du siècle » par Jared Kushner le gendre du président américain. Par conséquent, ils ne seront pas à Washington ce soir.

Mohammad Shtayyeh, Premier ministre Palestinien :
Ce plan vise à protéger Trump de la destitution et Netanyahou de la prison. Il ne s’agit pas d’un plan de paix pour le Moyen-Orient mais plutôt d’un plan d’autoprotection pour ses propriétaires. Il donne la souveraineté à Israël sur la terre palestinienne à un moment où la Cour pénale internationale discute de la question de l’occupation de la terre palestinienne. Nous appelons la communauté internationale à ne pas être partenaire de ce plan car il est contraire au droit international et aux droits du peuple palestinien qui ne sont pas à vendre.

Pourquoi le Premier ministre palestinien dit-il que les droits des Palestiniens ne sont pas à vendre ?
Parce que selon les Palestiniens, il sera question pour Israël d’annexer la vallée du Jourdain ainsi que les colonies ou implantations bâties en Cisjordanie. Et puis aussi de la reconnaissance officielle de Jérusalem comme capitale d’Israël. En échange de cela, les Etats-Unis ouvriraient leur porte-monnaie. Ils réaliseraient un plan d’investissement de 50 milliards au Moyen-Orient, dont pourrait bénéficier l’Autorité palestinienne. Des milliards contre un énorme symbole. Impossible pour les Palestiniens de perdre espoir de voir Jérusalem-Est comme leur capitale.

Si tous les voyants ne sont pas au vert pour l’annonce du plan, pourquoi le faire quand même ?
Parce que ce plan faisait partie des promesses de campagne de Donald Trump lors de son élection en 2016. Donald Trump comme le Premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou veulent utiliser le dossier dans le cadre des élections qui les concernent. Monsieur Trump veut rester à la Maison Blanche, se rapprocher d’un électorat juif américain qui est plutôt démocrate et continuer à plaire à l’électorat évangélique pour qui le soutien à Israel est essentiel. Il faut dire que cet électorat est vital pour Donald Trump : 81% des évangélistes blancs ont voté pour lui en 2016 et ils seraient toujours 70% à le soutenir aujourd’hui.

De son côté Monsieur Nétanyahou livre une bataille contre Benny Gantz pour garder sa place de Premier ministre. Si le plan est un succès, le gain est évident. Mais même si ce n’est pas le cas, et que les Palestiniens continuent de refuser le "deal", Donald Trump et Benjamin Netanyahou pourront expliquer avoir eu face à eux des personnes de mauvaise volonté, qui refusent la négociation.

Donc il y aura un plan présenté mais pas d’accord !
De fait oui, selon la définition du mot accord dans le dictionnaire : « État qui résulte d’une communauté ou d’une conformité de pensées, de sentiments. L’accord est unanime, général ; partiel. Être d’accord avoir la même opinion ou la même intention. »

Ici, c’est loin, très loin d’être le cas. Un accord quand on a des positions et des intérêts si divergents ne s’obtient pas à coups d’annonce d’un plan du siècle, ou en mettant l’autre intervenant devant le fait accompli : c’est à prendre ou à laisser.

Un bon accord se fait dans la discrétion, avec des acteurs opposés, des acteurs qui ont des objectifs divergents mais qui a un certain moment peuvent se mettre à la place de l’autre, comprendre les contraintes, les souffrances, les symboles et les attentes des adversaires du passé. Des adversaires qui pourraient peut être devenir les partenaires du futur. Pour cela il faut des principes, de la bonne foi et du courage !

JPEG - 12.8 ko Mehdi Khelfat
Responsable éditorial « Monde » chez RTBF
Après des débuts à Radio France, Mehdi Khelfat a rejoint la RTBF en 2004. En 2008, il prend les commandes du journal radio de 8 heures sur La Première avant de prendre celles de la tranche "Matin Première" en 2014. Mehdi Khelfat a effectué de nombreuses émissions spéciales à l’étranger au cours de ses fonctions antérieures.
Source :AFPS


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