Un pianiste réfugié palestinien reçoit le Prix Beethoven

lundi 21 décembre 2015
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Ayham Ahmad a reçu un prix international prestigieux en Allemagne, après avoir fui le camp assiégé de Yarmouk, en Syrie.
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Un réfugié palestinien, qui acquit une notoriété internationale après la diffusion d’une vidéo le montrant jouant du piano au milieu des ruines dans un camp de réfugiés de Damas, a reçu un prix prestigieux pour les droits de l’homme en Allemagne.

Ayham Ahmad, 27 ans, du camp de réfugiés de Yarmouk, a reçu le Prix international Beethoven pour les droits de l’Homme, la paix, l’intégration et la lutte contre la pauvreté, vendredi soir, lors d’une cérémonie à Bonn, rapporte le quotidien Deutsche Welle.

Les vidéos d’Ahmad ont commencé à se répandre dans les médias sociaux en 2014, alors que la situation pour les réfugiés palestiniens restés à Yarmouk continuait de se détériorer rapidement.

Les vidéos le représentent au milieu de maisons effondrées et de rues remplies de décombres, alors qu’il joue sur un vieux piano tout délabré. Dans certains clips, des résidents du camp assiégé se joignent à lui et chantent à ses côtés.

En septembre, Ahmad a fui Yarmouk et entrepris le périlleux voyage par bateau depuis la Turquie jusqu’à une île grecque. De là, il a fini par arriver en Allemagne.

Quelques mois plus tôt, en avril, un groupe armé de l’État islamique d’Iraq et du Levant (ISIL) avait envahi Yarmouk et pris le contrôle de plus de 90 % du camp.

En se retirant les quelques jours qui suivirent, les combattants mirent le feu au piano d’Ahmad dans les rues, avant le départ.

S’entretenant avec Al Jazeera, via Skype, depuis l’île grecque de Lesbos, fin septembre, Ahmad déclare : « Quitter Yarmouk fut une expérience tragique ».

« Ma maison s’est retrouvée prise sous les fusillades, et j’ai dû fuir avec ma famille. Le camp n’est plus désormais un lieu où l’on peut jouer de la musique. J’espère que j’aurai quelque chose de mieux, un endroit où, un jour, je pourrai rejouer de la musique ».

Le Front Al-Nusra maintient une forte présence dans certaines parties du camp, alors qu’ISIL contrôle une grande partie des secteurs environnants. Depuis avril, les combattants du Front Al-Nusra et d’ISIL ont assassiné des dizaines de dirigeants politiques palestiniens.

« Avant même que Yarmouk ne soit occupé par l’’État islamique d’Iraq et du Levant (ISIL) le premier avril, le secrétaire-général des Nations-Unies le décrivait comme un camp de réfugiés devenu un camp de la mort, semblable au cercle le plus profond de l’enfer », déclare à Al Jazeera, Chris Gunness, porte-parole l’UNRWA (l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient).

Expliquant que l’UNRWA n’a pu arriver jusqu’à au camp depuis ce moment, Gunness déclare : « Notre crainte est que les civils assiégés qui y sont encore endurent des indignités inimaginables ».

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Prise le 31 janvier 2014, la photo montre des résidents de Yarmouk en attente de recevoir de la nourriture (UNRWA/AP).

« Réduits à manger de l’herbe »
Comme les Syriens dans tout le pays, les Palestiniens dans les camps de réfugiés, notamment Yarmouk, se sont trouvés pris sous des tirs croisés alors que les combats faisaient rage entre les forces gouvernementales et les groupes armés de l’opposition.

Mercredi, les résidents ont marqué la troisième année du siège imposé par le gouvernement sur Yarmouk. En 2012, l’armée syrienne a installé des check-points à travers tout le camp, après l’avoir bombardé et tué des dizaines de civils.

En 2014, des rapports ont fait ressortir une malnutrition massive et que les résidents en étaient forcés à manger des animaux errants et de l’herbe pour survivre, alors que les soldats syriens limitaient de façon drastique l’arrivée de la nourriture, de l’eau et des médicaments dans le camp.

Gunness parle de Yarmouk comme « d’un lieu où les femmes meurent en accouchant à cause du manque de médicaments, et où les communautés, dont les enfants, en sont réduites à manger de l’herbe ».

« Nous réclamons un accès humanitaire immédiat et durable » dit-il. « Cette situation épouvantable l’exige d’une façon plus urgente que jamais auparavant ».

Même si les Nations-Unies ont abandonné le classement de Yarmouk en tant qu’ « assiégé » en juillet, les résidents repoussent cette initiative, disant que les conditions dans le camp n’ont fait qu’empirer.

Abritant autrefois près de 200 000 personnes, seules 5 à 8000 restent aujourd’hui, selon la fondation Jafra, une organisation de la jeunesse qui oeuvre à Yarmouk.

En août et septembre, le camp a été saisi d’une épidémie de typhoïde.

Au moins 3083 Palestiniens ont perdu la vie depuis que le soulèvement a éclaté, selon le Groupe Action pour les Palestiniens de Syrie, basé au Royaume-Uni.

Le Groupe Action estime que 1018 Palestiniens sont détenus dans les prisons gouvernementales, tandis qu’environ 282 autres ne peuvent toujours pas entrer dans ce compte.

Alors que le conflit en Syrie avait commencé en un soulèvement pacifique en mars 2011, il a évolué en un conflit armé qui a tué un nombre estimé à 250 000 personnes, selon les statistiques des Nations-Unies.

Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine
Source : Al Jazeera