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Des Ken et Barbie en keffieh pour promouvoir la culture palestinienne

jeudi 29 septembre 2016

Yasser, tenue kaki et keffieh sur la tête, et Zaina, robe de villageoise palestinienne, sont la fierté de Hilana Abou Charifa, une jeune entrepreneure palestinienne qui tient l’unique fabrique de poupées des Territoires palestiniens.

Elles n’ont guère plu aux autorités israéliennes, mais cela n’empêche pas Hila Abou Charifa de poursuivre ses créations, dont l’objectif est de promouvoir l’identité palestinienne.

Avec son époux Hussein, Hilana s’est lancée dans la fabrication de poupées il y a plus de 15 ans. Mickey Mouse, Bob l’éponge, les Schtroumpfs, chaque année des milliers de jouets inspirés de personnages de dessins animés sortent de son petit atelier situé dans la ville de Toulkarem en Cisjordanie. Des produits qui s’écoulent bien sur le marché local, mais qu’elle ne peut pas exporter faute d’en détenir les droits d’auteur.


Ici Yasser a troquée son treillis contre T-shirt et casquette, et Zaina s’est parée de sa robe de villageoise. (Rotem, Facebook)

​En 2014, Hilana décide donc de changer de stratégie et de se lancer dans une entreprise plus ambitieuse : fabriquer des poupées inspirées de la culture palestinienne. En quelques mois, la fabricante réussit à mettre sur pied son projet "Yasser et Zaina". Projet qui a bien failli tomber à l’eau en raison des tensions entre Israël et les Territoires palestiniens.


"Avec des poupées palestiniennes, l’enfance est plus belle", dit le slogan en haut de l’image. (Rotem, Facebook)

"L’idée, derrière ce projet, était de faire connaître la culture et le patrimoine palestiniens, les composantes de notre identité palestinienne.", affirme Hilana Abou Charifa. "J’ai imaginé plusieurs robes pour Zaina car dans chaque ville palestinienne, les femmes portent une robe traditionnelle différente. Pour Yasser, j’ai confectionné deux modèles de vêtements. Le keffieh et la tenue kaki, pour rendre hommage à Yasser Arafat, puis une tenue qui correspond à un jeune palestinien, avec une casquette et un T-shirt."

"Le modèle de Yasser nous a valu bien des ennuis"

"Le modèle de Yasser en tenue kaki nous a valu bien des ennuis", poursuit la jeune femme. "Fin décembre 2015, l’armée israélienne a débarqué dans l’atelier et saisi toutes les poupées Yasser qui s’y trouvaient, soit environ 700. Elle nous a accusés d’"incitation à la violence". Nous étions étonnés car pour nous, notre poupée ne véhiculait aucun message violent, c’était juste un hommage à la culture palestinienne."




Zaina et ses robes traditionnelles (Rotem, Facebook)

Soupçonnées d’incitation à la violence

"L’incident a eu lieu dans un contexte très tendu entre Israël et les Territoires palestiniens", raconte Hilana. "Les douaniers israéliens venaient de saisir des poupées qui faisaient mine de lancer des pierres et d’autres qui tenaient un couteau, importées par un commerçant palestinien [qui ne provenaient donc pas de l’atelier d’Hilana Abou Charifa, NDLR]. Les autorités israéliennes s’en sont par la suite prises à nos poupées car elles estimaient qu’elles incitaient également à la violence."

"Dans l’espoir de compenser les pertes engendrées par cette saisie, une proche a récemment lancé une campagne de levée de fonds sur Internet."

"Je n’ai pas cherché à récupérer les poupées mais j’ai tenu à continuer à les fabriquer. Et les choses sont rentrées dans l’ordre. Je me suis déplacée à plusieurs reprises à Ramallah et dans d’autres villes avec des valises pleines de poupées Yasser, et les militaires dans les check point ne m’ont pas embêtée.

"Nous visons surtout le marché international"

La confection de ces poupées est faite dans notre atelier par nos six employées, toutes des femmes. Quant à la matière première, elle est importée en partie de Chine. Nous utilisons aussi du tissu recyclé des costumes traditionnels pour fabriquer les tenues. Les poupées coûtent 70 shekels l’unité (environ 17 euro) sur le marché local.

Ces poupées se vendent correctement ici, mais nous visons surtout le marché international. Pour l’instant, nous avons envoyé quelques exemplaires aux États-Unis, aux Émirats arabes unis et en Europe dans l’espoir de trouver des partenaires qui seraient prêts à les distribuer dans ces pays. Pour nous, ce serait une belle manière de faire connaître la culture palestinienne dans le monde."

Source France 24 – Article initialement publié sur le site des Observateurs de France 24.