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L’art de la carte de Mona Hatoum

dimanche 27 novembre 2016

Pourquoi l’artiste palestinienne a-t-elle créé Temps Présent en partant d’huile d’olive, de perles de verre et de milliers de cubes de savon ?

C’est de la sélection, par le cartographe, des formes graphiques et artistiques de l’exposition que la cartographie tire son potentiel créatif profond et sa puissance durable.

Et cette puissance est encore plus prononcée quand le cartographe est, dans son coeur, un artiste. Dans notre regard en ligne sur les cartes créées par des artistes (dont chacun est l’un de ces nombreux artistes présentés dans notre livre « Map Exploring the World » (« Carte explorant le Monde »), nous avons rencontré beaucoup de commentaires politiques puissants – souvent furtifs dans leur exécution.

Comme le dit l’auteur de l’avant-propos, le spécialiste en cartographie moderne John Hesler, cette puissance se trouve ici « dans le choix de la forme, de la couleur et du thème dominant, que le spectateur peut discerner dans la quatrième dimension cachée, rarement considérée, de la cartographie : une dimension qui se trouve dans l’esprit des cartographes eux-mêmes ». Avec cette pensée que nous avons à l’esprit, qu’aujourd’hui nous examinons l’œuvre de Mona Hatoum, de 1996, « Present Tense » (« Temps présent »).


Present Tense (Temps présent) 1996 – Mona Hatoum

À travers une grille de 2400 cubes de savon, des lignes hésitantes de minuscules perles de verre rouge enfoncées sur la surface, est dessinée une carte inhabituelle. Elle représente des territoires discontinus qui doivent retourner sous le contrôle palestinien, comme il est convenu par les Accords d’Oslo de 1993.

La créatrice, Hatoum, est une artiste palestinienne qui a vécu toute sa vie en exil. Elle est née et a grandi au Liban après que ses parents eurent fui Haïfa, et depuis 1975, quand la guerre civile a éclaté alors qu’elle se trouvait au Royaume-Uni, elle est basée à Londres. La géographie, la nationalité et la dislocation sont au centre de sa pratique artistique variée à travers laquelle elle invite les visiteurs à considérer leur place dans le monde moderne et leur relation avec ses conflits.

Son matériau peu orthodoxe pour la carte – le savon à l’huile d’olive de Naplouse en Cisjordanie, au nord de Jérusalem (où elle séjournait au moment où elle a créé la carte) – est un choix poignant.

Hatoum l’a qualifié de « symbole circonstancié de la résistance », le savon étant un produit traditionnel palestinien fabriqué depuis des siècles et pourtant aussi une substance prête à se dissoudre, faisant ainsi écho à la nature potentiellement provisoire des frontières et des accords. Le titre réitère le temporaire, ici et maintenant, et il fait également référence à la tension quotidienne dans cette région longtemps contestée du Moyen-Orient.


« Map Exploring the World » (« Carte explorant le monde » )
Pour de plus grandes cartes par des experts en cartographie, des amateurs, artistes et autres, achetez, ici, une copie du livre « Map Exploring the Wolrd »
Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine
Source : Phaidon.com

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Une petite histoire du savon de Naplouse

« Elle a été bénie cette ville au savon merveilleux
Il fit sa fierté parmi les villes et les pays
Les esprits ont cherché en vain sa formule
Et le secret resta caché, spirituel
Un diadème [tawq] de perfection l’a embelli
Et sa façon n’est que perfection
Mais son savon, et nul étonnement,
Deux diadèmes [Tûqân] l’embellissent
dans sa perfection »

Fadwa Tûqân