Palestine 13

Groupe local des Bouches-du-Rhône de l’AFPS

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oui cette terre a un peuple, et Israël lui refuse un état légitime

dimanche 25 décembre 2016

RETOUR DE PALESTINE
" OUI , CETTE TERRE A UN PEUPLE, ET ISRAËL LUI REFUSE UN ETAT LEGITIME ! "
témoignage de Marc Lacreuse

A la rencontre d’artistes, de créateurs, d’associations sociales et culturelles . D’hommes et de femmes en souffrance et en espoir . En fierté surtout .

En fraternité riante, souvent .

J’ai vu des paysages magnifiques défigurés par un mur-serpent assassin qui morcelle, cloisonne, sépare, oppose, empêche . Des maisons détruites dans la nuit honteuse du colonialisme armé : celui qui n’ose pas dire son nom, et qui se réfugie dans des contes bibliques pour justifier ses crimes quotidiens ...

Ce n’était pas la première fois que je partais à la rencontre de ce peuple .

Pourquoi ?

Les raisons en sont multiples.

La principale : il se "joue " là, dans ce petit territoire grand comme une main ouverte, auprès de ce peuple aux centaines de villages détruits, une part de l’avenir du monde .

De ce monde qui devrait être notre bien commun .

Et qui, chaque jour un peu plus, est l’objet de mascarades guerrières, mortifères,

Après tous les génocides des siècles derniers, va-t-on assister sans mot dire à une tentative nouvelle d’effacement pur et simple d’un peuple, le peuple palestinien, comme cela fut le cas pour d’autres, en d’autres continents, et comme c’est le cas encore aujourd’hui ?

Le chant d’Aragon ne me quitte pas :
" Quoi toujours ce serait la guerre la querelle
Des manières de roi et des fronts prosternés
Et l’enfant de la femme inutilement né
Le blé déchiqueté toujours des sauterelles
.../...
Le massacre toujours justifié d’idoles
Aux cadavres jetés ces manteaux de paroles
Le baillon pour la bouche et pour la main le clou "
"Un jour, un jour", poème d’Aragon chanté par Jean Ferrat .


Comme une réponse, un écho, aux mots de Taha Muhammad Ali , né en 1931 dans le village de Saffouriyya, détruit en 1948, et dont nous visitons le cimetière en compagnie du petit fils d’un des habitants, perpétuant la mémoire de ce lieu martyre :

" Une migration sans fin commence en nous
Une certitude nous accompagne
Que tout ce qui est beau
En nous et autour de nous,
Excepté la tristesse,
S’en va
Sans jamais revenir . "
" Une migration sans fin ", poème de Taha Muhammad Ali .

et encore :

" Tout le monde dehors attend
Les camions chargés de miel et d’otages
Nous ne partirons pas !
Les boucliers de la lumière se brisent face au siège
Et à l’injustice.
Dehors tout le monde veut que nous partions
Mais nous ne partirons pas ! "
" Une migration sans fin ", poème de Taha Muhammad Ali .

Je vois que l’heure est à l’édification de nouvelles frontières, de nouvelles haines, de nouveaux replis et d’exclusion .

Ces danses au-dessus du gouffre, l’Histoire nous en a fait connaître les issues monstrueuses par le passé : Israël est issu tragiquement de l’une d’elles d’ailleurs . L’ami Henri nous l’a dit dans son témoignage , paraphrasant Hegel : l’ancienne victime est donc devenue le nouveau bourreau .

En cette " terre ceinte " ( mots de Jean-Pierre dans son "cri du coeur") , ce sont des dynamiques d’apartheid qui s’expérimentent : villages détruits, emprisonnements "administratifs" illégaux, assassinats des pères résistants, d’enfants jeteurs de pierre, oliviers brûlés, sources détournées, récoltes interdites, harcèlements racistes quotidiens, arrogance des colons armés appelant et promettant le massacre , ré-écriture et défiguration de l’ histoire ...

Que sais-je encore ?

Il s’agit d’ouvrir les yeux .

Pour témoigner de ce qui est tu, caché, déformé .

Témoigner de nos échanges généreux avec les hommes, les femmes et les enfants rencontrés : dans les camps de réfugiés, où ils attendent de retrouver leurs maisons et leurs villages détruits, comme cela est légitime absolument , dans les rues des villages pauvres et paisibles, lors de la récolte des précieuses olives, dans les universités et les souks bruissants de vie ...

Etre des passeurs, si possible, pour que l’on ne puisse pas dire, comme d’autres, en d’autres temps , " je ne savais pas que cela se passait ainsi ... "

Même si elle a été copieusement fouillée à l’aéroport de Tel-Aviv ( passage obligé : les Palestiniens n’ont pas droit à un aéroport, le pouvoir israélien en a "démocratiquement" décidé ainsi ) ma valise est restée remplie de toutes les traces de ces journées, des parfums, des chants, des danses, des pleurs, des poésies, des regards, des témoignages, des cris . Des multiples dialogues échangés entre nous et avec les hommes et les femmes rencontrés sur les routes de Palestine ...

Aucune douane, aucune police, aucune armée ne pourra empêcher la fraternité d’être .

Quel qu’en soit le prix .

Là aussi est la conviction des amis qui furent de ce voyage, si j’en crois leurs témoignages .

Et nous sommes déjà nombreux à espérer le prochain ...

" Un jour pourtant un jour viendra couleur d’orange
Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche ".

Marc Lacreuse . 13 Novembre 2016] .
source : http://www.mille-et-une-vagues.org