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Issa Amro doit être immédiatement libéré !

jeudi 13 juillet 2017

Issa Amro, coordinateur de Youth Against Settlements (La jeunesse contre les colonies) et ancien chercheur pour l’ONG israélienne B’Tselem (Centre d’information israélien pour les droits humains dans les territoires occupés), a été arrêté le 4 septembre par les services de l’Autorité palestinienne pour avoir critiqué sur Facebook l’arrestation d’un journaliste palestinien par ces mêmes services.

Ce militant est depuis longtemps harcelé par les autorités d’occupation pour le travail remarquable qu’il effectue à Hébron pour faire connaître les méfaits de la colonisation et la réalité de l’apartheid israélien. Il est aujourd’hui sous le coup de 18 chefs d’inculpation de la part de la "justice" israélienne.

En juin dernier, cela lui avait valu le soutien de 32 parlementaires américains qui condamnaient l’acharnement dont il est victime de la part d’Israël pour des griefs dépourvus de tout fondement.

Leader de la résistance non-violente à l’occupation, Issa est victime d’une atteinte inadmissible à la liberté d’expression, d’ailleurs dénoncée par un très grand nombre d’ONG palestiniennes, remarquablement actives dans la défense des droits de l’Homme. Nous l’assurons de la totale solidarité de l’Association France Palestine Solidarité et demandons sa libération immédiate.
Sa place est sur le terrain dans la lutte contre l’occupation, pas dans les prisons palestiniennes.


"La raison du plus fort" : quand l’occupant tente de faire taire les Palestiniens qui luttent pour leurs droits

La situation d’Issa Amro est emblématique : responsable de l’organisation « Youth against settlements » - la jeunesse contre les colonies - à Hébron, il est une des figures de la résistance populaire palestinienne à l’occupation et à la colonisation particulièrement violente de sa ville. Il est poursuivi pour 18 chefs d’accusation parmi lesquelles l’incitation à la violence, un comble quand on sait que toute son action vise au contraire à la résistance pacifique et à la défense des droits de l’Homme. Il encourt dix ans de prison. Son procès a repris dimanche 9 juillet devant le tribunal militaire d’Ofer en Cisjordanie. Parmi ce qui lui est reproché : avoir scandé le slogan « 1, 2, 3, 4, l’occupation doit cesser » ce qui aurait d’après l’armée israélienne, contribué à un climat d’incitation à la violence ! Il est clair que le seul objet de ce procès est d’affirmer le pouvoir de l’armée d’occupation sur la population palestinienne et de tenter de museler tous ceux qui lui résistent par quelque moyen que ce soit.

À l’issue de l’audience, Issa - qui ne reconnait aucune légitimité à ce tribunal ne répondant à aucun des standards de droit ou de justice - a déclaré que les charges retenues contre lui sont une tentative de l’empêcher de combattre pour la défense des droits humains et de s’adresser à son peuple.

C’est bien de cela qu’il s’agit : l’administration militaire qui impose sa domination aux Palestiniens voudrait priver de leur liberté d’expression et de leur liberté de manifester ceux qui résistent et se battent pour le respect des droits de l’Homme. Emprisonnements arbitraires, assassinats, comparutions hors de propos, provocations en tout genre, punitions collectives, violence des colons ne viendront pas à bout de leur détermination : “One, two, three, four, occupation no more !” continuera de résonner en Palestine occupée malgré des tentatives vouées à l’échec de criminaliser la résistance populaire palestinienne.

L’AFPS tient à adresser à Issa Amro et à ses compagnons son soutien indéfectible dans cette épreuve comme dans celles qu’ils ont déjà traversées. Une première victoire a été remportée à Hébron avec la reconnaissance par l’UNESCO de la ville comme patrimoine palestinien en péril. D’autres victoires viendront : la rue Shuhada doit être ouverte, la ville d’Hébron doit être libérée de l’occupation et de la colonisation.

"One, two, three, four, occupation no more !" - "1, 2, 3, 4, l’occupation doit cesser !"

Le Bureau national de l’AFPS


Notre article du 13 juillet

Il est l’une des figures du combat palestinien contre l’occupation israélienne. Le procès de Issa Amro, responsable de l’organisation « Youth against settlements » (La jeunesse contre les colonies), a repris dimanche 9 juillet devant le tribunal militaire d’Ofer en Cisjordanie. Il est poursuivi pour 18 chefs d’accusation parmi lesquels incitation à la violence. Il encourt dix ans de prison.

Issa Amro, défenseur palestinien des droits de l’homme jugé par un tribunal israélien

Après beaucoup d’atermoiements, le procès d’Issa Amro, qui s’est ouvert 9 juillet, promet d’être long. Militant des droits de l’homme palestinien, Issa Amro a comparu devant la cour militaire israélienne d’Ofer en Cisjordanie. Le fondateur du mouvement pacifiste « Youth against settlements » (YAS) est accusé, entre autres, d’incitations à la violence et de participation à des manifestations non autorisées. Sa défense a bien tenté pour faire abandonner 14 des 18 chefs d’inculpation qui pèsent sur lui. Mais en vain. Pas moins de 38 témoins vont être appelés à témoigner contre le militant palestinien. À l’ouverture de son procès en décembre 2016, Amnesty International avait jugé « sans fondement » les accusations portées à l’encontre du militant.

Issa Amro, 37 ans, est né à Hébron. Sa carrière d’activiste commence deux ans après le début de la seconde intifada, en janvier 2003. À l’époque, le jeune Amro proteste contre la fermeture par l’armée israélienne de l’université polytechnique de Palestine considérée comme étant en zone militaire. Il est alors inscrit en dernière année pour décrocher un diplôme d’ingénieur. C’est au cours de cette même année qu’il décide de réagir contre les mesures de fermeture. Avec d’autres étudiants, il organise des actions de résistance. Mais pas question de manifester la moindre violence. Il s’agit surtout de faire de la désobéissance civile. Au programme de cette contestation il y aura des manifestations pacifiques, des sit-in et même leçons en présence de soldats israéliens.

La non-violence sera donc sa marque de fabrique, notamment en 2007 lorsqu’il co-fonde l’ONG « Youth against settlements » (La jeunesse contre les colonies). Cette dernière utilisera cette méthode comme moyen principal de résistance palestinienne contre l’occupation israélienne. Son travail consiste en partie à documenter les violations des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés. Ou encore à fournir des caméras aux familles palestiniennes pour qu’elles puissent mettre en exergue la violence quotidienne qu’elles subissent. Parmi les campagnes phares que mène YAS, il y a « Open Shuhada street ». Shuhada, du nom de l’artère commerciale du centre-ville d’Hébron (sud de la Cisjordanie) interdite aux véhicules palestiniens suite à l’assassinat de 29 d’entre eux par Baruch Goldstein en 1994, dans la mosquée Al-Ibrahim (tombeau des Patriarches pour les juifs). Cette vaste opération exige la fin des fermetures et des restrictions imposées sur la rue principale de la ville (depuis 2000), citée symbole de la colonisation où 500 colons israéliens se sont installés protégés par 1500 soldats de l’Etat hébreux.

« Intimidé pénalement »

Le procès d’Issa Amro peut-il raviver les tensions entre jeunes palestiniens et israéliens ? À cette question, Béligh Nabli, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) et auteur de Géopolitique de la Méditerranée, répond clairement : « Le cas Issa Amro ne changera rien. Ce qui lui arrive est triste, mais banal pour les Palestiniens au regard de leur quotidien. Beaucoup sont en détention administrative, enfermés sans même être informés de la raison de leur emprisonnement », explique le chercheur. Et d’ajouter, « ce qui est assez frappant avec le cas Issa Amro, c’est que malgré sa posture non-violente à l’égard de la politique de colonisation israélienne, il est quand même intimidé pénalement. Dès lors, quelle place réserve-t-on au contre-pouvoir en Israël ? »

Cette affaire s’inscrit dans une vaste campagne de répression des ONG palestiniennes et israéliennes, comme YAS ou Breaking the silence, critiques à l’égard de la colonisation. Un problème qui vient « ébranler la démocratie dont Israël se targue d’être », précise Béligh Nabli.

Ce sera peut-être une belle satisfaction pour Issa Amro : Hébron, sa ville, vient d’être nommée au patrimoine mondial de l’Unesco comme site « d’une valeur universelle exceptionnelle. » Selon l’organisation internationale, elle est dorénavant située en « zone protégée », et appartient à « la Palestine ».
Mathieu Ait Lachkar
Libération


Notre article du 9 juillet 2017
Les élus américains exhortent Tillerson à aider un Palestinien jugé par Israël
Issa Amro est poursuivi pour des manifestations qu’il a organisées à Hébron contre l’armée israélienne et l’expansion des implantations

Trente-deux membres démocrates du Congrès ont exhorté le secrétaire d’État américain à aider un militant palestinien des droits de l’Homme qui est poursuivi en Israël.

Dans une lettre envoyée mercredi, les élus ont demandé à Rex Tillerson d’utiliser son influence dans l’affaire d’Issa Amro, qui est poursuivi pour les manifestations qu’il a organisées à Hébron, sa ville natale de Cisjordanie, contre l’armée israélienne et l’expansion des implantations.

Les représentants américains Keith Ellison et Betty McCollum, tous deux du Minnesota, Earl Blumenauer de l’Oregon et Mark Pocan du Wisconsin ont fait circuler la lettre lors d’un évènement organisé par l’US Campaign for Palestinian Rights, Code Pink, Jewish Voice for Peace et American Muslims for Palestine. Tous ces groupes soutiennent la campagne de boycott, désinvestissements et sanctions contre Israël (BDS).

Amro comparaîtra le 9 juillet devant un tribunal militaire et fera face à 18 chefs d’accusation, dont la plupart sont liés à des faits remontant à 2013, qui incluent des chefs d’accusation comme « crachat sur un résident d’exploitation, obstruction à des soldats et insultes à des soldats, effraction dans des zones militaires fermées », a précisé le journal Haaretz. Un porte-parole militaire israélien a décrit ses actions comme étant « perturbantes » mais n’a pas indiqué que ces protestations avaient été violentes.

« Après avoir recueilli la preuve de ces infractions, l’acte d’accusation a été signifié », a déclaré le porte-parole.
Issa Amro, qui dirige l’organisation "Youth Against Settlements dans la Vieille Ville de Hébron le 5 novembre 2015 (Photo : Juda Ari Gross / Times of Israel)

Selon la lettre du Congrès, Amro a été reconnu par l’Organisation des Nations unies et l’Union européenne comme un défenseur des droits de l’Homme pour son association « Youth Against Settlements ». L’ONU et Amnesty International ont condamné le procès à son encontre.

La lettre se demande si Amro serait jugé équitablement par le système judiciaire israélien.
« Nous craignons que les tribunaux militaires israéliens qui délibèrent sur les accusations à l’encontre de M. Amro ne soient pas susceptibles de rendre un verdict équitable et impartial, étant donné que le taux de condamnation dans ce système est de 99,74 % », ont déclaré les élus.

Ils ont ajouté que, « bien que nous soutenions fermement le droit d’Israël et, en effet, son obligation d’assurer la sécurité de ses citoyens, nous soutenons également le droit des Palestiniens à s’organiser et à manifester pacifiquement. »

Les élus ont également fait appel à Tillerson en soulignant les valeurs communes partagées par les États-Unis et Israël.

« Nous devrions encourager notre allié inébranlable dans la région à respecter nos valeurs partagées et à respecter des militants comme Issa Amro : la liberté d’expression doit constituer un fondement pour une paix juste et durable pour les peuples israélien et palestinien », ont-ils écrit.


Notre article du 24 décembre 2016
Ci-dessous une pétition à signer, à l’intention du Haut Commissaire des Droits de l’Homme à l’ONU, Ra’ed Zeid Al Hussein, afin qu’il assure la protection d’Issa Amro, que l’occupant israélien s’apprête à juger devant un tribunal militaire

Monsieur le Haut Commissaire,
Cette pétition afin d’exprimer une très profonde préoccupation concernant le cas du Défenseur des Droits de l’homme palestinien, Issa Amro, qui sera traduit devant un tribunal militaire d’occupation israélienne le 23 novembre 2016 pour des charges qui le placent en danger imminent d’emprisonnement.

Issa Amro est reconnu en Union Européenne comme un Défenseur des Droits de l’Homme et comme le coordinateur de la Jeunesse contre les colonies qui a obtenu une récompense de la part du OHCHR en tant que "le Défenseur de Droits de l’homme de l’année 2010 en Palestine."

Les charges récentes retenues par le gouvernement israélien contre Issa Amro s’inscrivent dans le cadre de tentatives répétées de la part des autorités israéliennes de le punir pour son implication dans la défense de son peuple.

Bien qu’aucune des 18 charges contre Issa Amro, ne soit sérieuse, le nombre élevé d’entre elles pourrait mener à une peine d’emprisonnement de plusieurs années. Dans ces conditions il est à craindre qu’Issa Amro soit incarcéré en début de procès.

J’estime qu’Issa Amro est injustement visé à cause de ses activités en tant que défenseur des droits de l’homme. Ses positions contre les représailles systématiques contre le HRDS de la part de l’état d’Israël requièrent votre attention immédiate.

Je vous invite à demander instamment aux autorités israéliennes d’abandonner les charges inventées contre Issa Amro, de cesser le harcèlement systématique contre lui et prendre toutes les mesures nécessaires pour garantir sa protection et sa sécurité aussi bien que la garantie dans toutes les circonstances que tous les défenseurs de droits de l’homme de Cisjordanie puissent effectuer leurs activités humanistes légitimes sans craindre de représailles.


SIGNER LA PETITION

sur le site de Médiapart
Poursuivi en justice par l’armée israélienne, l’activiste palestinien non violent Issa Amro dénonce la droitisation du gouvernement Netanyahou et la dégradation des conditions de vie pour les Palestiniens à Hébron.

Fondateur de l’ONG « Youth Against Settlements », Issa Amro est une célèbre figure de la résistance palestinienne non violente. Natif d’Hébron, où vivent 200 000 Palestiniens et environ 600 colons israéliens, cet ingénieur électrique et formateur professionnel de 36 ans se bat depuis une dizaine d’années contre l’occupation en Cisjordanie. Il organise notamment une manifestation annuelle en faveur de la réouverture de Shuhada Street (rue des Martyrs, en arabe). Cette artère centrale d’Hébron, autrefois très animée, est désormais interdite aux piétons et aux véhicules palestiniens. Les commerces palestiniens y ont été fermés et l’entrée des maisons palestiniennes murée. Une décision en partie prise par l’armée israélienne après le massacre de la mosquée d’Ibrahim (ou Tombeau des patriarches), à laquelle la rue mène. Le 25 février 1994, l’extrémiste juif Baruch Goldstein y avait assassiné 29 Palestiniens et blessé 125 autres, alors qu’ils priaient un vendredi matin lors du ramadan.

Arrêté à de nombreuses reprises depuis une dizaine d’années par les autorités israéliennes, Issa Amro n’a jamais été inculpé. Du moins jusqu’à aujourd’hui. Depuis juin 2016, dix-huit chefs d’accusation ont été retenus contre lui par l’armée israélienne, dont certains sont liés à des faits remontant à 2010. Ils incluent la participation à une marche sans permis, l’entrée dans une zone militaire fermée ou encore l’obstruction à un soldat. Des infractions dont la plupart ne sont pas reconnues par le droit international. Son procès s’est ouvert le 23 novembre 2016.

« Un procès politique », dénonce son avocat, qui a déposé une requête en faveur de l’abandon de quatorze charges en raison de leur ancienneté. Mondialement reconnu pour son combat, notamment par l’Union européenne, qui l’a officiellement déclaré défenseur des droits humains en 2013, Issa Amro est soutenu par de nombreuses organisations internationales. Le 22 novembre dernier, Amnesty International a réclamé l’abandon de toutes les charges qui pèsent contre lui. L’activiste doit à nouveau comparaître devant le tribunal militaire d’Ofer le 21 décembre. Il risquerait jusqu’à dix ans de prison.

Issa Amro © Mondoweiss

Mediapart. Vous avez été arrêté plusieurs fois sans jamais avoir été inculpé. Comment expliquez-vous que l’armée vous poursuive aujourd’hui ?

Issa Amro. Israël est en train de sombrer dans la folie. L’extrême droite a pris le pouvoir et elle refuse toute forme de résistance, même celle qui prône la non-violence. Ils refusent que les gens sachent ce qui se passe ici, soient au courant de l’exclusion sociale, de quoi que ce soit à propos des territoires palestiniens occupés et des violations des droits de l’homme qui y sont pratiquées. Mon procès est un procès politique. Ils tentent de m’intimider, de me dissuader de mener de nouvelles actions. Mais je ne suis pas le seul à être visé, tous les défenseurs des droits de l’homme le sont, ici en Palestine comme en Israël. Netanyahou a essayé de révoquer la citoyenneté israélienne du directeur de l’ONG B’Tselem. [Le premier ministre reproche à Hagai El-Ad d’avoir dénoncé l’occupation israélienne lors d’une réunion du Conseil de sécurité de l’Onu en octobre dernier. Mais la loi israélienne ne permet la déchéance de nationalité que dans des cas avérés de « terrorisme, trahison ou espionnage » – ndlr.]

Vous vous êtes tourné vers la résistance non violente et la désobéissance civile. Pourquoi avoir choisi cette voie ?

Quand j’étais jeune, j’étais un citoyen palestinien ordinaire. Je rêvais d’échapper à l’occupation israélienne. Mais en même temps, j’étudiais dans une école d’ingénieur et ça me demandait beaucoup de travail, donc je n’avais pas le temps de m’impliquer en politique. Tout a changé en 2002 [pendant la seconde intifada – ndlr], quand l’armée a fermé mon université. Je me suis retrouvé devant des portes closes. Alors j’ai décidé de prendre la tête d’un groupe d’étudiants pour réclamer sa réouverture et pouvoir finir mes études. Ce n’était pas politique pour moi, mais personnel. J’ai été inspiré par l’histoire de la résistance, le formidable héritage de gens comme Martin Luther King, Mandela, Gandhi… La non-violence s’est imposée à moi comme la meilleure réponse.

N’avez-vous jamais eu des moments de doute sur l’efficacité de cette stratégie ?

Honnêtement, ce n’est pas facile de rester non violent, particulièrement à Hébron où les Palestiniens ont des interactions quotidiennes avec l’armée et les colons israéliens. Nous ne sommes pas considérés comme des citoyens. Nous vivons sous loi martiale. Lorsque nous sommes attaqués, nous sommes coupables jusqu’à preuve du contraire. J’ai donc commencé à m’entraîner et à entraîner d’autres activistes pour transformer notre énergie négative, chaque intimidation, chaque pression, chaque arrestation, en force positive contre l’occupation. En tant que Palestiniens, nous pouvons faire beaucoup. Nous pouvons nous servir de l’énergie de notre communauté. Nous pouvons aussi obtenir des soutiens de la part de la communauté internationale.

N’est-il pas difficile de convaincre la jeune génération ? Que dites-vous à ceux qui pensent que la non-violence est inutile ?

Les jeunes me disent : « Regarde Issa, tu utilises la non-violence et ils te prennent pour cible, ils t’arrêtent. » Mais je leur réponds que c’est exactement pour ça que je le fais. Si les Israéliens me surveillent, c’est que j’ai une influence sur eux. Je fais ça depuis dix ans, en dépit des arrestations et des menaces de mort. J’ai même réussi à convaincre plusieurs anciens militants du Hamas de nous rejoindre. Le plus difficile, ce n’est pas de convaincre les plus jeunes, mais les familles. Elles ont peur que leurs enfants ne soient arrêtés sans motif. Dans la société palestinienne, il y a cette impression que l’armée israélienne peut faire ce qu’elle veut, qu’elle peut attaquer, tuer n’importe qui. Mais nous faisons en sorte de donner à nos activistes les moyens de se protéger : nous leur distribuons des caméras, nous leur apprenons à ne jamais marcher seuls, à connaître leurs droits, à savoir quoi répondre aux autorités.
« Les Palestiniens ont besoin d’une vie sociale normale, au même titre que les Israéliens »

C’est vous qui avez eu l’idée de distribuer des caméras aux Palestiniens pour leur permettre de documenter les violations des droits de l’homme dont ils sont témoins. Ce procédé a notamment permis de rendre publiques les images du soldat franco-israélien Elor Azaria abattant un Palestinien à terre à Hébron en mars dernier. Êtes-vous satisfait par le fait que ce militaire soit actuellement jugé par l’armée israélienne ?

Son procès n’est qu’une farce. Ce soldat qui a tué un Palestinien est un criminel. Selon les lois internationales, c’est un criminel de guerre. Mais c’est aussi une victime du système israélien. Ils le traînent en justice, mais ceux qui donnent l’ordre aux soldats de tuer des Palestiniens, les commandants, sont toujours en liberté. Notre principal ennemi n’est pas Elor Azaria, mais le système qui utilise des adolescents israéliens pour prendre nos terres et nous tuer. Je ne crois pas à la justice de l’armée israélienne, car c’est elle la criminelle, et non ce jeune soldat. Notre cible est l’occupation et le gouvernement israélien et non un simple individu.


Issa Amro reçu par Martin Schulz au Parlement européen en décembre 2016.

Hébron est souvent considérée comme une des zones de tension les plus violentes du conflit israélo-palestinien. Que pouvez-vous dire de la situation actuelle dans la ville ?

Hébron est une ligne de front, un baromètre. Vous pouvez avoir une idée de la situation partout ailleurs en Cisjordanie simplement en regardant ce qui se passe ici. Et ces derniers mois, la situation s’est considérablement dégradée. Depuis janvier 2016, chaque Palestinien d’Hébron a un numéro. Vous ne pouvez pas passer les check-points sans ce numéro. Nous ne sommes donc plus que des numéros pour les Israéliens ! Vous pouvez également observer l’emprise grandissante des Israéliens dans les rues : il y a de plus en plus de panneaux de signalisation en hébreu. Shuhada Street est toujours fermée et la présence de l’armée israélienne est croissante. La colonisation se poursuit également, avec de nouvelles constructions et de nouvelles confiscations de terres aux Palestiniens.

Vous avez essayé de mettre en place un cinéma à Hébron cet été. Mais l’armée israélienne vous en a empêché…

Je crois que c’est le projet qui les a rendus fous et les a poussés à me faire un procès. Notre but est d’améliorer la qualité de vie des Palestiniens. Nous avons donc déjà mis en place un jardin d’enfants, où nous initions par exemple les plus petits au yoga. Mais maintenant nous voulons un cinéma, où les enfants, les femmes, les plus vieux pourront se retrouver, passer du temps ensemble, sans avoir à franchir un check-point. Où nous pourrons aussi accueillir des gens de l’extérieur. Nous avons mené plusieurs actions, avec l’aide d’une association juive américaine, pour mettre en place le projet. Mais l’armée nous en a empêchés et a bloqué les accès à l’endroit où nous souhaitions l’installer. Nous n’abandonnons pas, nous prévoyons de nouvelles actions en faveur de ce cinéma. Et nous n’allons pas nous arrêter là : nous allons lancer notre propre festival en juillet 2017. Nous tentons d’utiliser l’art, le sport, tous les aspects de notre vie pour lutter contre l’occupation.

Le gouvernement israélien tente aujourd’hui de faire passer une loi pour légaliser les avant-postes illégaux. De nombreux observateurs estiment que la solution à deux États est morte. Vous y croyez encore ?

Je crois que les Palestiniens devraient obtenir leurs droits, l’égalité, la justice et leur liberté, que ce soit avec la solution à un ou deux États. Dans les deux cas, cela dépend des Israéliens, de leur capacité à mettre fin à l’occupation et à percevoir les Palestiniens comme des partenaires égaux. Le principal problème est qu’ils ne nous voient pas comme des êtres humains égaux. Nous avons besoin de sécurité, mais la sécurité est un concept mutuel. Les Palestiniens ont besoin d’une vie sociale normale, au même titre que les Israéliens.

Mahmoud Abbas vient d’être réélu à la tête du Fatah, mais aucune élection n’a été organisée en Cisjordanie depuis dix ans. En tant que démocrate et activiste non violent, comment vivez-vous cette situation ?

Nous ne pouvons pas avoir d’élections libres sous occupation. Les Israéliens peuvent décider qui sera notre dirigeant ou non. Ils peuvent arrêter qui bon leur semble. L’homme politique palestinien le plus populaire s’appelle Marouane Barghouti, et il est en prison. C’est la raison pour laquelle l’armée israélienne me cible également. Elle n’a pas envie que je me transforme en dirigeant. Mais je suis totalement opposé à la façon dont Mahmoud Abbas gouverne la Palestine. Si j’étais à sa place, j’organiserais des élections locales dans les plus brefs délais. Mahmoud Abbas devrait davantage penser à renforcer la démocratie au sein de la société civile palestinienne, et moins à se plier aux pressions du gouvernement israélien.

Reste à savoir qui va succéder à Mahmoud Abbas… Pensez-vous que le Fatah aura toujours un rôle à jouer après son départ ou qu’il faudra mettre en place une nouvelle organisation ?

Je pense que les Palestiniens devraient avoir une nouvelle organisation, un parti dont ils pourront choisir les dirigeants. Aujourd’hui, les dirigeants du Fatah ont 64 ans de moyenne d’âge, alors que la majorité des Palestiniens a moins de 40 ans et que 70 % d’entre eux ont moins de 29 ans. C’est un gros problème. C’est une catastrophe pour moi que nous ayons des dirigeants aussi vieux. Ce sont des personnes qui ne savent même pas ce qu’est la technologie. Ils ne l’utilisent pas pour communiquer avec leur propre peuple. Voilà pourquoi j’espère que nous réussirons à prendre un nouveau virage politique et social.

Mediapart - 20 décembre 2016 Par Chloé Demoulin, envoyée spéciale à Hébron (Cisjordanie).

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