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Janvier 2017 : Une grève générale palestinienne en Israël !

jeudi 2 février 2017

Après le printemps social des territoires occupés en 2016, la résistance palestinienne se montre à nouveau sur le terrain social. Mais cette fois-ci c’est à l’intérieur même de l’Etat d’Israël qu’une grève générale a été lancée.

Le jeudi 19 janvier 2017, les Palestiniens d’Israël appelaient à une grève générale contre la destruction des maisons des Palestiniens citoyens israéliens. Pour eux, l’affaire est grave car plus de 500 000 Palestiniens sur les 1 700 000 que compte l’Etat d’Israël, sont menacés par la campagne de démolition des maisons du gouvernement Netanyahu.

Après le vote par le Conseil de sécurité de l’ONU d’une résolution condamnant la colonisation, le gouvernement raciste israélien, avec son arrogance coutumière, tient sa réponse : destruction de 10 maisons palestiniennes sur le territoire israélien.

Après avoir commencé dans la ville palestinienne de Qalansuwa en Israël, le mouvement s’est étendu jeudi 19 janvier aux villes arabes de l’Etat d’Israël. Il a été très suivi dans le Néguev, où un bédouin a été tué par l’armée au cours d’une manifestation contre les démolitions.

Dans d’autres villes du Nord d’Israël, notamment à Nazareth, le mouvement a été très fort. Un « Haut comité arabe de surveillance » représentant l’ensemble des communautés arabes d’Israël avait décrété trois jours de deuil en solidarité avec la famille de Yacoub Moussa Aboual-Qivan, le bédouin palestinien tué par l’armée.

Le Syndicat des travailleurs arabes d’Israël est partie prenante du mouvement de grève. Des milliers de Palestiniens ont pris part à ce mouvement social, très populaire dans l’ensemble de la population arabe d’Israël.

Cette grève a mis au grand jour les Palestiniens d’Israël, ces invisibles dont on ne parle jamais et qui n’ont même pas le droit de dire qu’ils sont Palestiniens. Bien sûr, la Histadrout, le grand « syndicat » sioniste d’Israël ne les soutient pas. Après avoir longtemps exclu les travailleurs palestiniens, la Histadrout les tolèrent à présent dans ses rangs, mais à condition qu’ils ne s’affichent pas comme « palestiniens » et qu’ils s’abstiennent de prendre publiquement position en solidarité avec ceux des territoires occupés !

Le Syndicat des travailleurs arabes a la volonté d’organiser les travailleurs palestiniens d’Israël de façon indépendante. La fédération syndicale indépendante palestinienne GFUI dénonce depuis toujours la complicité de la Histadrout, qui perçoit d’office une cotisation syndicale de tous les travailleurs palestiniens des territoires… sans les défendre !

La GFUI veut renouer avec le projet de l’ancienne fédération syndicale palestinienne d’avant 1948, qui organisait encore à la veille de la Naqba plus de 85 000 travailleurs palestiniens sur l’ensemble du territoire de la Palestine historique (soit 1 Palestinien sur 10). Cela est évidemment contraire aux objectifs de l’Etat d’Israël et de la Histadrout. Pour eux, Israël est l’Etat du peuple juif et il ne peut y avoir de Palestiniens en Israël, il n’y a que des « arabes » qui doivent être traités comme des citoyens de seconde zone.

manifestation à Haifa

Les rescapés de la Naqba en Israël

Ils sont ceux que le sionisme aurait voulu voir entièrement disparaître après l’épuration ethnique de 1948. Avant la Naqba, la population était encore très majoritairement palestinienne. 80 % des Palestiniens furent expulsés du nouvel Etat d’Israël. Après 1948, seule une minorité de 200 000 Palestiniens a subsisté dans le nouvel Etat d’Israël. On avait tout fait pour effacer les traces ce cette majorité palestinienne d’avant 1948. 80% de la population palestinienne était réfugiée dans des camps à l’extérieur d’Israël. Des quartiers entiers des villes arabes de la Palestine historique avaient été abattus. Les villages palestiniens étaient rasés ou rayés de la carte. Les immeubles modernes de Jérusalem, de Saint Jean d’Acre, de Safed, de Ramle était repeuplés par de nouveaux arrivants juifs.

Une population qui augmente et que l’on veut empêcher de croître pour qu’Israël reste un Etat à part « du peuple juif » et non de tous les habitants d’Israël

Depuis 1948 la petite minorité palestinienne restante a néanmoins grandi. Il y a aujourd’hui 1 700 000 Palestiniens en Israël, auxquels il faut ajouter plus de 120 000 travailleurs immigrés palestiniens, légaux ou illégaux qui sont en fait des chômeurs des territoires occupés, immigrés dans le pays qui aurait dû rester celui de leurs parents et d’eux mêmes ! Tous ces travailleurs palestiniens, des territoires ou d’Israël, sont des invisibles et ils sont sommés par l’Etat colonial de le rester.
Indésirables, tout est fait pour leur rendre la vie particulièrement difficile.
En Israël

femme bédouine devant une maison détruite

Les municipalités dites « arabes » ne bénéficient pas des mêmes financements que les villes à majorité israélienne. Les Palestiniens, qui représentent 20% de la population d’Israël, ne disposent que de 3% de l’espace urbain. Les permis de construire sont rarement accordés. Comment survivre quand la population s’accroit dans un espace toujours aussi limité ? Certains tentent de construire sans permis, mais les maisons sont condamnées à la démolition. La pauvreté frappe 52 % des Palestiniens d’Israël contre 16% des israéliens de la communauté juive. L’Etat colonial devient chaque jour un peu plus un Etat d’apartheid, en Israël même. Le slogan « mort aux arabes » apparait sur les murs.

manifestation pour le droit au retour à Ramallah en mai 2016

La grève du 19 janvier est une grève contre la discrimination raciste et anti sociale
C’est contre cela que les Palestiniens d’Israël ont protesté. Ce combat les rapproche de leurs frères des territoires occupés. Tous, ils sont les victimes de la Naqba. Oslo n’a pas répondu à leurs espoirs de paix. Pour que deux Etats soient possibles, il fallait commencer par faire appliquer l’ensemble des résolutions des Nations unies. Le droit international, bien sûr, mais tout le droit international, y compris le droit au retour des réfugiés. Oslo a abouti au contraire à la mise en présence impossible de deux Etats d’un type très particulier : d’une part un Etat colonial, agressif et méprisant le droit international et d’autre part un Etat colonisé, piégé par un rapport de force qui en fait progressivement le « bantoustan » de l’Etat colonisateur.

La ligne verte n’est pas un écran magique infranchissable. La violence coloniale est présente des deux côtés de la frontière de 48.

Tout se passe comme si la violence raciste et coloniale de l’Etat d’Israël irradiait toute la Palestine historique en ayant des effets mortifères dans tout le Proche-Orient. Le maintien d’un Etat colonial dominateur rend partout la vie impossible. Comment Gaza, minuscule territoire surpeuplé, peuplé de plus de 60% de réfugies de 1948, pourrait-il subsister politiquement, économiquement et socialement en restant une prison à ciel ouvert gardée par l’armée israélienne ? Comment l’Autorité palestinienne pourrait-elle être une autorité politique alors que la colonisation continue d’anémier toute la vie économique de la Cisjordanie ? Tant qu’ils ont pu le faire, des dizaines de milliers de Gazaouis tentaient chaque jour de passer l’ignoble passage d’Erez, qu’ils appelaient « le couloir de la mort », pour aller travailler en Israël. Et aujourd’hui encore, chaque jour, malgré les brimades et les discriminations qu’ils subissent, plus de 120 000 travailleurs de Cisjordanie tentent de passer la ligne verte pour travailler en Israël dans des conditions indignes. 50% de ces travailleurs passent la frontière sans autorisation au péril de leur vie.

Mahmoud Ziade, Secrétaire général de la Fédération indépendante de Palestine, a dénoncé tout cela devant l’Organisation Internationale du Travail à Genève en Juin dernier :
« C’est une des raisons de notre venue à la conférence de l’OIT. Ils sont 120 000 à travailler en Israël, la moitié d’entre eux obtiennent une autorisation, les autres sont clandestins. L’autorisation est donnée pour un lieu et un type de travail précis (construction- agriculture ou services).

Pour obtenir une autorisation il faut remplir de nombreuses conditions, les engagements politiques y compris de la famille sont contrôlés. Il y a des accords entre la Histadrout, l’Autorité Palestinienne (AP) et le PGFTU (syndicat lié à l’AP) mais aucune clause sur les salaires ni indemnité de déplacement.

Les travailleurs palestiniens sont discriminés. Par exemple à l’Université hébraïque de Jérusalem, les travailleurs palestiniens doivent porter des habits marqués « Travailleur étranger ». En général, il leur est interdit de prendre les bus réservés aux colons et d’emprunter les routes directes. La chasse aux clandestins est brutale : arrestations, capture au filet par des hélicoptères, etc… Un trafic s’est organisé pour les permis de travail : des permis sont vendus par des trafiquants israéliens qui perçoivent un pourcentage sur les salaires. Récemment on a vu apparaître des embauches de femmes et d’enfants dans les fermes israéliennes. Les conditions de travail en Cisjordanie ne sont pas beaucoup meilleures. Le taux de chômage est monté à 30% , 45% chez les jeunes. Dans le secteur privé il n’y a que peu de protection sociale, dans les entreprises moyennes, quelques acquis ; 3 semaines de vacances, 1 jour de congé par semaine, mais ceci ne concerne qu’environ 25% des travailleurs du privé. »

L’Etat d’Israël continue de bénéficier des privilèges et des dividendes qui lui sont assurés par les Grandes puissances occidentales tant qu’il continue de jouer sont rôle de « porte avion terrestre » enclavé dans le Proche-Orient. Celles-ci peuvent parfois broncher mollement mais le laisse faire tant que sa présence garantit leurs intérêts. Cela n’a pas changé depuis 1017 et la déclaration de Balfour. La Grande-Bretagne a été supplantée par les Etats Unis dans le rôle de « gendarme du monde » mais Israël sert toujours les mêmes intérêts aux côtés des Etats-Unis que les milices sionistes en 1936 aux côtés de l’armée britannique (durant la répression de la première insurrection palestinienne).

Cependant les succès économiques et industriels de l’Etat d’Israël sous le « parapluie américain » ne le protègeront pas indéfiniment des effets sociaux dévastateurs de la « mondialisation ». La misère et la précarité gagnent du terrain en Israël, y compris dans la population juive de cet Etat. Michel Warschawski l’a évoqué dans un article sur la puissante révolte des indignés israéliens, juifs et arabes, qui avaient envahi les places de Tel Aviv il y a quelques années. Pour la première fois observait-il, juifs et arabes s’étaient retrouvés ensemble sur le terrain social.

Malheureusement, jamais la question de l’occupation et des colonies n’avaient été discutée fraternellement par les indignés des places israéliennes. Elle restait le point aveugle et l’espace sociétal du mouvement anticolonialiste israélien ne s’est pas élargi malgré ce mouvement. Nous avons la conviction que les mouvements sociaux qui commencent à occuper le devant de la scène dans les territoires occupés et dans les villes arabes d’Israël pourraient contribuer à changer la donne. Certes en ce début d’année, tout semble encore bloqué quand on regarde le devant de la scène politique mondiale : Trump, Fillon, Le Pen, L’Europe, Netanyahu, le congrès désastreux du Fatah… Mais le mouvement social peut encore se réveiller comme il l’a fait à d’autres époques qui pouvaient paraitre sans issue.

Une convergence internationale des forces du mouvement social pourrait contribuer à changer la face du Proche-Orient. Aujourd’hui, les mouvements sociaux en Palestine font partie des force vives de la résistance palestinienne. La grande grève des enseignants de l’an dernier a fait jaillir des formes de démocratie sociale particulièrement stimulante. Les grévistes de l’an dernier sont en train de mettre en place un Forum des enseignants.

Il est temps qu’en France et en Europe, les mouvements de soutien au peuple palestinien, la campagne internationale du BDS et les forces du mouvement syndical international s’engagent fermement à soutenir ce mouvement social palestinien qui veut tenir solidement ensemble les exigences de justice sociale, de libération nationale et de démocratie.

JP - source : France Palestine Solidarité 66

voir aussi
* Les syndicats européens mettent la Palestine à l’agenda
* La CGT Inra rejoint la Campagne BDS France
La CGT Éduc’action rejoint la campagne BDS
* la brochure mission syndicale en Palestine
* Syndicalistes de retour de Palestine sur radio Galère
* déclaration de la FSU : Pour la Justice en Palestine