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le dernier film du cinéaste israélien Amos Gitaï : À l’ouest du Jourdain

mardi 23 mai 2017

Dans le cadre de la reprise Quinzaine des réalisateurs de CANNES , au cinéma l’Alhambra à Marseille, nous pourrons découvrir le dernier film du cinéaste israélien Amos Gitaï : À l’ouest du Jourdain

Jeudi 1er juin à 16h30 et jeudi 8 juin à 20h30

Dans À l’ouest du Jourdain, Amos Gitai se rend à nouveau, 35 ans après Field Diary en 1982, en Cisjordanie. La série de rencontres avec des organismes de Human Rights tels que B’Tselem, Breaking the Silence, Forum des familles des victimes de violence et Ta’ayush nous montre une série d’actes de résistances fragiles qui rassemblent des activistes israéliens et palestiniens. Le film par lui-même est une recherche du chemin de la paix, une recherche de lumière au milieu d’une période sombre.

Amos Gitai
Amos Gitai est né le 11 octobre 1950 à Haïfa. Il est architecte diplômé du Technion à Haïfa en Israël et a obtenu un PhD d’architecture à Berkeley University en Californie. Il participe à la guerre de Kippour en 1973, au cours de laquelle il est blessé. Attiré par la réalisation, il devient cinéaste à titre professionnel en 1980 avec House. Il réalise dès lors de nombreux films, fictions et documentaires.

la critique de TELERAMA
D’Israël à la Palestine, le réalisateur filme ceux qui n’ont pas renoncé à la réconciliation. Parcelles de paix toujours plus menacées par la politique d’extrême droite du gouvernement Netanyahou.

La vie d’Amos Gitai, citoyen et cinéaste, est marquée par la figure d’Yitzhak Rabin, le Premier ministre israélien assassiné par un extrémiste juif en novembre 1995. Quand l’ancien général héros de la guerre des Six jours devenu le défenseur d’un rapprochement avec les Palestiniens, accède au pouvoir en 1993, le réalisateur, en exil volontaire depuis près de dix ans, décide de rentrer au pays pour apporter sa pierre au projet de Rabin : un documentaire-fleuve au titre sans équivoque, Donnons une chance à la paix (1993). La mort du leader travailliste a brisé les espoirs d’une solution au conflit israélo-palestinien, et bouleversé Gitai, qui lui a consacré deux films forts : L’Arène du meurtre en 1996, et, l’an dernier, le docu-fiction Le Dernier Jour d’Yitzhak Rabin. Son nouveau documentaire, A l’Ouest du Jourdain, présenté à la Quinzaine des réalisateurs, salue ceux que Gitai appelle « les héritiers de Rabin » : les individus, civils mais aussi militaires, personnalités ou anonymes qui, en Israël, n’ont pas renoncé à la réconciliation avec les Palestiniens, alors même que la politique d’extrême droite du gouvernement Netanyahou ne cesse de la rendre chaque jour de plus en plus illusoire.

A rebours des expériences formelles souvent audacieuses (et ces dernières années, hélas, trop théoriques) de ses fictions, Gitai privilégie ici un dispositif d’ordre journalistique : le reportage sur le vif, complété par des interviews où le cinéaste est souvent présent à l’image. Les différentes étapes du voyage de Gitai en Cisjordanie sont reliées par les mêmes notes mélancoliques à la clarinette, en un leitmotiv entêtant. Le film n’est pas aussi percutant que Journal de campagne, déjà tourné dans les territoires occupés il y a trente-cinq ans. Il n’en est pas moins précieux par son point de vue sur la situation israélienne.

Hommage au civisme des individus

A l’Ouest du Jourdain est, d’abord, une dénonciation implacable des ravages de la colonisation. Pour les Palestiniens, comme pour Israël. Aujourd’hui (une école bédouine modèle est menacée de disparaître pour faire de la place aux nouveaux colons) et à long terme - un éditorialiste du quotidien Haaretz assure que l’idéal d’un Etat juif et démocratique, cher aux fondateurs d’Israël, sera sans doute mort dans dix ans.

Mais le film est aussi un hommage au civisme des individus face à l’incurie meurtrière des politiques. Gitai a participé aux réunions du Cercle des parents, une association de mères israéliennes et palestiniennes qui ont perdu des enfants à cause du conflit, et se consolent mutuellement - leurs paroles sont bouleversantes. Il a aussi pu assister à un cours de B’Tselem, une organisation de droits de l’homme qui aide les femmes palestiniennes à filmer les exactions dans les territoires occupés - et les images reccueillies sont, ici, révoltantes.

A l’Ouest du Jourdain souffle ainsi le chaud et le froid, entre optimisme malgré tout (la scène finale, une soirée où les deux communautés partagent leur amour de la musique orientale et... du backgammon !) et fatalisme : difficile de croire à la réconciliation quand on entend la jeune (et terrifiante) ministre déléguée aux Affaires étrangères, Tzipi Hotovely, étoile montante du parti conservateur, revendiquer face à Gitai son droit à occuper les terres palestiniennes « au nom de la religion et de l’histoire »...


LA CRITIQUE DE NOTRE AMI THOMAS VESCOVI
Quiconque peine à comprendre la mentalité de la gauche sioniste israélienne sous l’ère de Netanyahou devrait voir deux films. Deux œuvres du cinéaste israélien Amos Gitaï, dont la dernière, actuellement à l’affiche, est encensée par la critique

Le dernier jour de Rabin, du réalisateur israélien Amos Gitaï (sorti en 2015), nous offre une plongée de 2 heures 30 au cœur de l’assassinat de Yitzhak Rabin, Premier ministre travailliste abattu par un extrémiste juif le 4 novembre 1995. Si plusieurs scènes ne manquent pas d’intérêt, Gitaï démontre à quel point la gauche israélienne, censée incarner aux yeux des libéraux occidentaux une sorte d’alternative à Netanyahou, est incapable de faire le deuil du défunt leader ou de se penser responsable de la situation politique actuelle.

Avec son nouveau film documentaire, À l’ouest du Jourdain, sorti en salles ce mercredi, Amos Gitaï récidive mais avec davantage de détails car il s’y met en scène et n’hésite pas à y donner son opinion.

Des responsabilités partagées ?

Imaginez que lors de l’Apartheid en Afrique du Sud, un documentaire réalisé par un afrikaner explique que la paix entre blancs et noirs est bloquée par les extrémistes noirs qui attaquent des blancs et ainsi favorisent l’extrême-droite pro-apartheid. L’analyse serait quelque peu biaisée, non ?

Pourtant, mécaniquement, Gitaï explique à ses interlocuteurs que la paix en Israël-Palestine est empêchée par les extrémistes des deux bords. Naturellement, en suivant cette logique, mettre les modérés israéliens et palestiniens autour d’une table amènerait une paix solide et viable.

Le fait qu’il utilise comme argument est incontestable : les attentats kamikazes menés par des groupes palestiniens contre des civils israéliens dans les années 1990 puis 2000 ont favorisé la montée en puissance de l’extrême-droite israélienne, actuellement au pouvoir.

Cet argument pourrait être recevable si le face-à-face entre Israéliens et Palestiniens était symétrique et fondé sur un affrontement entre deux États, et donc deux armées. Il n’en n’est rien.

L’histoire de la terre de Palestine est celle d’une colonisation entreprise par le mouvement sioniste à la fin du XXe siècle et qui se poursuit inlassablement.

Cette conquête par la force du territoire situé à l’ouest du Jourdain et le remplacement de sa population autochtone par des colonisateurs n’a pas été l’œuvre de Netanyahou. Pendant des décennies, c’est la gauche travailliste qui a dominé le mouvement sioniste. C’est elle qui a organisé ces politiques, politiques qui ont semé et sèment encore les graines des opérations kamikazes palestiniennes. Netanyahou ne fait que poursuivre et étendre cette politique.

Yitzhak Rabin, homme de paix et colonisateur ?

Doit-on oublier que Yitzhak Rabin en personne participa en juillet 1948 aux expulsions de près de 50 000 Palestiniens des villes de Lydda et Ramle ? Ne nous méprenons pas, un ancien criminel de guerre peut se repentir et œuvrer pour la paix, à condition qu’au préalable il définisse clairement ce qu’il entend par ce terme.

Au début du documentaire, Gitaï échange avec Rabin. Celui-ci indique qu’entre Arafat et lui, des échanges ont eu lieu mais qu’un désaccord subsistait au sujet du « statut permanent » donné aux Palestiniens. Cette phrase aurait dû être au cœur du film.

À Oslo, Rabin n’a jamais eu l’intention de signer la création d’un État palestinien libre et indépendant. L’objectif primordial était d’organiser une réorganisation de l’occupation israélienne, laissant les grandes zones urbaines arabes de Cisjordanie et de Gaza à une « autorité palestinienne », tandis que les troupes militaires israéliennes étaient redéployées pour la protection des colonies.

Cette réalité, la gauche sioniste ne l’a jamais admise, tout comme la poursuite de la colonisation sous l’ère Rabin. Elle préfère vivre dans le culte de l’ancien leader élevé au rang de martyr national.

D’ailleurs, à plusieurs reprises, Amos Gitaï échange avec des acteurs de la société juive israélienne et leurs discours éloquents plaident pour l’avènement d’un État palestinien. Dans quel but ? Le réalisateur a beau être de gauche, il n’en n’est pas moins sioniste : l’objectif recherché est et demeure la défense d’une société basée sur le privilège juif.

En d’autres termes, pour empêcher la création d’une société unie où Israéliens et Palestiniens auraient les mêmes droits, la gauche sioniste plaide désormais pour une séparation entre les deux sociétés afin de maintenir une société israélienne prétendument juive et démocratique.

Une représentation coloniale du Palestinien

Par ailleurs, n’espérez pas en voyant ce documentaire entendre l’opinion de dirigeants palestiniens. Il n’y en a tout simplement pas. Gitaï donne la parole à des journalistes et des intellectuels juifs israéliens, à d’anciens et actuels ministres du gouvernement Netanyahou, à une Tzipi Livni qui nous parle de la Bible… Mais pas un seul intellectuel ou dirigeant palestinien n’apparaît à l’écran.

Pire, Gitaï se retrouve, durant une scène, seul sur une terrasse avec un enfant palestinien qui lui explique vouloir devenir martyr. On ne sait rien de cet enfant, de sa famille, de sa situation géopolitique. Simplement qu’il semble être tenu par une profonde volonté de donner sa vie et de tuer pour « la cause ».

Amos Gitaï laisse planer implicitement l’idée que les jeunes martyrs palestiniens incarnent l’exacte symétrie des colons israéliens. Mais le conflit israélo-palestinien n’est pas symétrique, et si des jeunes palestiniens choisissent le martyr, c’est parce que la politique coloniale et oppressive du gouvernement israélien ne leur laisse pas d’autres perspectives. Et non l’inverse.

Continuer à plaider pour une responsabilité partagée ne peut être l’œuvre d’un homme de paix, mais celle d’un individu guidé par un intérêt politique dont il espère bien imprégner les esprits mal informés. Pari réussi si on en lit les critiques, qui décrivent un film « lucide » (Transfuge), un engagement subjectif « en faveur de la paix » (Le Figaro), une œuvre « résolument optimiste » (Première), une « dénonciation implacable des ravages de la colonisation » (Télérama).

Les quelques scènes touchantes de coexistence entre Israéliens et Palestiniens ne peuvent faire illusion.

SOURCE : Middle East Eye