Et la rivalité franco-britannique forgea un Moyen-Orient explosif

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L’historien britannique James Barr, qui a notamment travaillé grâce aux archives du ministère de la Défense français, rappelle le jeu d’apprentis sorciers au Moyen-Orient des vainqueurs de la Première Guerre mondiale.

En juin 1940, le maréchal Pétain prend les rênes d’une France sous la botte nazie. L’envoyé spécial de Winston Churchill en France, Edward Louis Spears force Charles de Gaulle à le suivre à Londres, en faisant la voix de la France libre. Six ans plus tard, Spears et de Gaulle se déchirent autour du Moyen-Orient.

Une lutte entre Paris et Londres

En 1946, Paris contrôle difficilement le Liban et la Syrie. Parrain inquiet de la Palestine voisine, le Royaume-Uni contribue à l’éviction des Français. Ces derniers ne le digéreront jamais et intensifieront une politique suicidaire. En fonction de ses intérêts du moment, Paris apporte une aide aux Arabes, aux Juifs ou aux chrétiens du Liban… Entre 1946 et 1948, alors que Londres, oubliant son sionisme originel, s’acharne à conserver la Palestine, Paris lui rend la monnaie de la pièce en devenant le principal fournisseur d’armes de la future armée israélienne et en favorisant l’immigration juive.

Français et Britanniques sont partis. Pas la guerre

Après un bras de fer violent, Français et Britanniques s’étaient partagé la région en 1916 sur le dos d’un empire ottoman à l’agonie. La Syrie, l’Irak, la future Jordanie se dessinent alors. Londres aussi joue des zizanies. Elle veut encore faire bouger cette « ligne dans le sable », déplacer les frontières. Trois décennies après les premiers marchandages au forceps, au moment où, en Europe, Français et Britanniques luttent au coude à coude pour abattre le nazisme, ils s’entre-tuent par mouvements interposés entre Damas et Tel-Aviv. Cette rivalité sanglante aura largement contribué à façonner l’actuelle poudrière moyen-orientale, exacerbant les haines entre Juifs et Arabes.

Dans un ouvrage remarquable, l’historien britannique James Barr, en collaboration avec le ministère français de la Défense, offre une dimension originale à des conflits très actuels. Ces batailles pour Mossoul, Damas, Beyrouth ou Tel-Aviv n’ont finalement jamais cessé. Français et Britanniques sont partis. Pas la guerre.

Une ligne dans le sable, Le conflit franco-britannique qui façonna le Moyen-Orient, ed. Perrin, 512 p., 25 €.
source : La Voix du Nord

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