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Les égouts de Gaza débordent en Israël

vendredi 11 août 2017

Faute d’électricité, les stations d’épuration de l’enclave palestinienne sont à l’arrêt. Plus de 110 000 mètres cubes d’eaux usées se déversent quotidiennement dans la Méditerranée et dans les petites rivières du sud de l’Etat hébreu

Si Salomé Bitton, jeune diplômée en commerce de la région parisienne, avait écouté son frère qui l’invitait un mois tous frais payés à Miami, elle n’aurait sans doute pas la mine aussi déconfite. Mais elle a préféré venir en Israël dans l’espoir d’y apprendre à surfer à proximité d’Ashkelon. Dans ses rêves, la jeune femme se voyait chevauchant les vagues loin des plages surpeuplées de Tel-Aviv mais elle a déchanté lorsqu’elle a découvert que les égouts de la bande de Gaza débordent en Israël. Et que le courant entraîne une partie des eaux fétides vers la plage où elle pensait faire ses débuts.
« Résidus de toilette »

« Je m’attendais à autre chose qu’à flotter entre des résidus de toilette, lâche la Française. On nous vantait une mer claire mais plus on approche de Gaza et plus on a l’impression de flotter sur un cloaque malodorant. » Sa désillusion, la touriste française la doit en partie au président palestinien Mahmoud Abbas puisque celui-ci a, dans le cadre du bras de fer l’opposant au Hamas de la bande de Gaza, décidé en juin dernier que son gouvernement ne payerait plus les factures de l’électricité fournie à la bande de Gaza par Israël. Du coup, l’Etat hébreu a limité ses fournitures de manière drastique alors que l’Egypte, qui accuse le Hamas de Gaza d’aider les sympathisants de Daech sévissant dans le désert du Sinaï, interrompait ses envois de fuel à la seule centrale de l’enclave palestinienne.

Résultat : les Gazaouis ne bénéficient plus que de deux à trois heures d’électricité par jour. Quant aux pompes et stations d’épuration d’eau financées par la Banque mondiale et aux pompes municipales, elles ne tournent plus. Environ 110 000 mètres cubes d’eaux usées se déversent donc quotidiennement dans la nature, en plein été. Par 38° à l’ombre, cela se sent même lorsque l’on ne dispose pas d’un odorat sensible.
Poissons impropres à la consommation

Les premiers à plaindre sont évidemment les Palestiniens de Gaza dont les plages sont polluées par un flux innommable. Déjà limités par les restrictions israéliennes qui leur interdisent de s’éloigner à plus de quelques miles nautiques de la côte, les pêcheurs de l’enclave – dont les activités font vivre environ 50’000 personnes – sont particulièrement touchés : une partie des poissons pris dans leurs filets sont impropres à la consommation.

Au fil du temps, le magma brunâtre ou noir – selon les moments – s’est également infiltré de l’autre côté de la « barrière de sécurité » séparant Israël de l’enclave gouvernée par le Hamas. Outre les petits coins bucoliques – tel le Nahal Hanoun – fort prisés des amoureux et des amateurs de nature sauvage, des plages israéliennes aussi réputées que celle de Zikim, située entre la frontière nord de la bande de Gaza et Ashkelon, sont touchées. La semaine dernière, le Ministère israélien de la Santé l’a d’ailleurs fermée après avoir détecté un taux trop important de matières fécales dans l’eau de mer.

« Déjà qu’ils nous balançaient leurs roquettes, maintenant ils nous envoient leur merde », lâche Ygal, vendeur de bâtons glacés arpentant la plage d’Ashkelon durant la saison d’été. Et de poursuivre : « Perso, je trouve qu’on devrait laisser le Hamas s’enfoncer dans sa fange. S’il investissait l’argent des impôts qu’il récolte dans les infrastructures publiques de Gaza plutôt que de s’armer et de construire des tunnels pour préparer la prochaine guerre, ils ne se trouveraient pas dans une telle situation. »
« Un cas de force majeure »

Tant que les égouts gazaouis ne passaient pas la frontière, les élus et l’opinion de l’Etat hébreu ne montraient pas d’intérêt – c’est le moins que l’on puisse écrire – pour les problèmes de survie de l’« enclave terroriste ». Mais l’arrivée de la marée brune a tout changé. Car en plus de la fermeture de plages et de l’interdiction de faire trempette dans certains petits cours d’eau, deux nappes phréatiques au moins sont devenues impropres à la consommation.

Président du conseil régional de Hof Ashkelon, une zone dans laquelle se trouvent les plages polluées, Yaïr Farjoun a été le premier à tirer la sonnette d’alarme, suivi par les édiles de la cinquantaine de villages et de kibboutzim de la région. Certains allant jusqu’à exiger du premier ministre Benyamin Netanyahou qu’il rétablisse les fournitures normales d’électricité à Gaza même si celle-ci ne paye pas. « Nous n’avons aucune sympathie pour les terroristes mais l’on se trouve devant un cas de force majeure », plaident-ils en sachant qu’ils ne seront pas entendus. Parce que les restrictions d’électricité affaiblissent le Hamas tout en accentuant les tensions entre ce mouvement et l’AP, ce qui est tout bénéfice pour Israël.

Pourtant, au début de la semaine, l’Autorité israélienne des eaux a commencé à construire un pipeline qui pompera les eaux usées du nord de la bande de Gaza afin de « protéger » le Nahal Hanoun. D’ici un an, d’autres stations de pompages seront sans doute également installées en d’autres points de la frontière. Ces travaux se déroulent discrètement puisque la ligne officielle du gouvernement Netanyahou prône une coupure nette avec le « Hamasland ». Et que le leader du Likoud se sentirait mal si ses électeurs apprenaient qu’il cède au « chantage terroriste ».


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