La déclaration de guerre faite par Trump aux Palestiniens

Jérusalem : le monde a les yeux tournés vers Israël, ses voisins et les Américains après que Donald Trump a reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël. Des affrontements ont eu lieu, aujourd’hui, dans la bande de Gaza et au sud de la Cisjordanie. Le Conseil de sécurité de l’ONU doit se réunir d’urgence demain. Qu’advient-il de la solution à deux Etats par le partage de Jérusalem ? Est-ce que Donald Trump vient - à lui seul - de fermer tout espoir de paix entre les Palestiniens et les Israéliens ? Analyse avec Leïla Shahid, ex-ambassadrice de la Palestine auprès de l’Union européenne et Sylvain Cypel, journaliste, spécialiste des États-Unis.
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Déjà un million de signatures à la pétition internationale "Jérusalem doit rester la capitale de la Palestine
signez aussi !
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Les réactions

Contre les ennemis de la paix, imposer le droit

Les masques sont tombés : les États-Unis de Donald Trump en reconnaissant Jérusalem comme capitale d’Israël ont montré le cas qu’ils font du droit international et affiché publiquement leur soutien inconditionnel aux politiques d’Israël.

Ils ont choisi la violence de l’occupation, la colonisation, les démolitions, les arrestations, les transferts forcés de population, l’annexion de territoires, le maintien de la population de Gaza sous un blocus inhumain contre le droit, contre le droit du peuple palestinien à l’autodétermination, contre la recherche de la paix.

Les condamnations de cette décision ont été quasi unanimes à l’exception du gouvernement israélien et de ses relais aux États-Unis ou en France ; ce gouvernement est ainsi conforté dans ses politiques extrémistes de violation du droit international et des droits humains.

C’est dans ce contexte très particulier qu’un criminel de guerre, Benyamin Netanyahou, sera reçu à Paris le 10 décembre par le Président de la République et rencontrera le Conseil des Affaires Étrangères de l’Union Européenne le lendemain.

Pour nous comme pour beaucoup de citoyens français, il ne peut être considéré comme un interlocuteur normal et il n’est pas le bienvenu en France. Le Président de la République devra, au-delà de la condamnation de la décision de Donald Trump concernant Jérusalem, rappeler de manière ferme et publique la condamnation par la France des violations quotidiennes et permanentes du droit international par le pouvoir israélien. Sur des questions plus spécifiques à la France, ne sauraient être passées sous silence l’interdiction faite récemment à des élus de la République française de se rendre en Israël et en Palestine ni la détention administrative dont est victime Salah Hamouri depuis maintenant plus de 3 mois.

Le Président de la République ne peut en rester à de simples condamnations verbales de la politique de fait accompli menée par Israël et encouragée par les États-Unis. Regretter, déplorer, espérer, autant d’appréciations et de vœux dépourvus de sens face à un État qui a fondé sa politique sur la force et le fait accompli. Cela n’a jamais en quoi que ce soit permis d’obtenir une quelconque avancée vers la paix.

Il est temps pour la France comme pour les États européens de sortir de l’hypocrisie et de rompre avec cette culture de l’impunité au bénéfice d’Israël synonyme de démission et d’impuissance politique.

La France doit aujourd’hui prendre ses responsabilités : elle doit reconnaître l’État de Palestine et faire savoir à Netanyahou que les violations du droit seront sanctionnées. Force doit revenir au droit.

En faisant entendre le langage du droit contre celui de la force, elle peut et doit jouer un rôle moteur dans une nouvelle politique enfin au service de la paix. C’est ce que nous attendons du Président de la République et du Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères.

8 décembre 2017
Le Bureau national de l’AFPS

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En appelant Mahmoud Abbas pour l’informer de son intention de transférer son ambassade à Jérusalem, peu importe quand, le président américain dit non à un Etat palestinien.

Donald Trump a fait un effort. Hier, ce n’est pas par tweet mais par téléphone qu’il a contacté le président palestinien Mahmoud Abbas, pour l’informer « de son intention de transférer l’ambassade des États-Unis » en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem. Sur sa lancée, il a fait de même avec le roi Abdallah II de Jordanie, dont le pays est le gardien des lieux saints musulmans de Jérusalem, et lui a fait part de son « intention d’aller de l’avant dans son projet » de transfert.

En l’absence de déclarations directes de la Maison-Blanche – toutes les citations proviennent des Palestiniens et des Jordaniens –, il était difficile de savoir si Trump avait signifié à Abbas son dessein d’engager immédiatement le déménagement, ou s’il s’agit d’une nouvelle déclaration d’intention à long terme. Quoi qu’il en soit, le ver est dans le fruit. Les États-Unis ont décidé d’engager le processus de ce qui n’est rien d’autre qu’une reconnaissance officielle de Jérusalem capitale d’Israël et la fin de la solution à deux États, que Trump n’a jamais partagée. Au cours de l’échange qu’il a eu avec son homologue américain, Mahmoud Abbas a mis en garde contre les « conséquences dangereuses d’une telle décision sur le processus de paix, la sécurité et la stabilité dans la région et dans le monde ». Il a réaffirmé sa « position ferme qu’il ne peut y avoir d’État palestinien sans Jérusalem-Est pour capitale, conformément aux résolutions et à la loi internationales et à l’initiative de paix arabe ». Or, Donald Trump sait tout cela. Déjà, en juin, c’est avec mauvaise grâce qu’il avait signé la dérogation pour suspendre le transfert de l’ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem.

Le Congrès américain en avait décidé ainsi en 1995, laissant juste une marge de manœuvre politico-diplomatique aux différents hôtes de la Maison-Blanche. La configuration n’est plus « Israël et les États-Unis face aux Palestiniens et aux pays arabes » mais, au contraire, « les Palestiniens seuls face aux États-Unis, Israël et une bonne partie des pays arabes ». Le Jerusalem Post, ces derniers jours, se glosait d’ailleurs de l’attitude attendue de l’Arabie saoudite, de la Jordanie et de l’Égypte. Le quotidien israélien s’attendait à quelques protestations verbales dès la décision américaine annoncée, et puis plus rien au bout de quelques jours. Reste que le monde arabe, voire musulman, risque fort de s’embraser, Trump alimentant ainsi l’idée d’un conflit religieux. L’Union européenne s’est dite opposée à un tel transfert, de même que la France ou l’Allemagne. Mais, en l’espèce, il faudra plus que des mots. Par cette « simple » décision, Trump vient peut-être de lancer la nouvelle guerre du Moyen-Orient, dont les conséquences meurtrières ne seront certainement pas circonscrites à cette seule région.

Pierre Barbancey - Humanité

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Communiqué de l’UJFP : Trump-Nétanyahou : Fauteurs de guerre et apprentis sorciers. Ils disposent de la force, ils croient être les maîtres du monde. Ils procèdent par la violence, par le fait accompli permanent, par le franchissement des lignes. Ils disent haut et fort : « le droit international, on s’en fout ». Pour bien marquer le nouvel ordre mondial qu’ils veulent imposer, ils ont déjà quitté l’UNESCO.

En affirmant que Jérusalem, dont l’occupation depuis 1967 a été déclarée illégale par tous les textes internationaux, est la capitale d’Israël, Trump relance la guerre et flatte sa base électorale chrétienne sioniste à laquelle il doit beaucoup. Son message aux peuples de la région est clair : « vous n’avez pas le choix, il y aura le « grand Israël » et quelques territoires disparates enfermés et non-viables qu’on appellera « État palestinien ». Trump donne l’ordre aux dirigeants pro-occidentaux du monde arabe de le suivre.

Nétanyahou l’a largement précédé. Il généralise la détention administrative comme actuellement contre Salah Hamouri, Khalida Jarrar et bien d’autres. Il légalise 55 colonies dites « sauvages ». Il prévoit d’étendre les limites de Jérusalem pour y inclure les principales colonies. Il démolit consciencieusement les infrastructures palestiniennes, y compris celles financées par l’Union Européenne. Il prépare une loi fondamentale faisant d’Israël l’État-Nation du peuple juif, faisant des 6 millions de Palestiniens qui vivent entre mer et Jourdain des parias étrangers et mettant en danger les Juifs du monde entier qui refuse ce délire tribal.

Nétanyahou vient à Paris et à Bruxelles les 10 et 11 décembre 2017.

En 1948, quand Begin était venu aux États-Unis, Hannah Arendt, Albert Einstein et de nombreuses personnalités juives américaines avaient écrit au président Truman : « Begin arrive, c’est un terroriste, arrêtez-le ou expulsez-le ».

Nous disons la même chose au président Macron et à la ministre européenne Federica Mogherini : « Nétanyahou viole en permanence le droit international. Refusez de le recevoir. Cessez d’être complice. Pour arrêter ce rouleau compresseur qui mène à la guerre, il faut sanctionner l’État d’Israël au lieu de lui dérouler le tapis rouge ».
Plus que jamais le BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) est la réponse indispensable aux délires des politiques.
Nous appelons à manifester contre la décision de Trump et contre la venue de Nétanyahou.
Le Bureau national de l’UJFP, le 7 décembre 2017

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Des experts américains parlent des conséquences de la décision de Trump sur Jérusalem
La décision du président américain Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël sapera les pourparlers de paix avec la Palestine et servira d’outil pour recruter des terroristes cherchant à déstabiliser le Moyen-Orient, selon des experts.

Le président américain Donald Trump avait déjà déclaré qu’il reconnaissait que Jérusalem était la capitale d’Israël. Trump a également signé un document sur le transfert de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem.
Selon l’avocat américain John Keigley, professeur de droit international à l’Ohio State University, la décision de Trump peut être utilisée par des organisations terroristes comme Daesh pour renforcer ses rangs.

Donald Trump a déclaré quelques temps avant, que la décision de reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël ne contrecarrerait pas le désir de Washington d’accélérer le processus d’un règlement pacifique entre la Palestine et Israël.
"Pour les Etats-Unis, il sera difficile de maintenir un rôle dans la facilitation des négociations", a-t-il déclaré.
Selon Francis Boyle, professeur de droit international à l’Université de l’Illinois, la décision de Trump va saper les relations américaines avec les sociétés arabes et islamiques du monde entier.

"Je pense que ce qui intéresse Trump c’est de mettre le feu ... il sait exactement ce qu’il a fait, et à son avis, la décision de Trump pourrait mener à un soulèvement à grande échelle en Cisjordanie et dans la bande de Gaza pour mettre fin à l’occupation israélienne.

"J’ai peur que beaucoup de gens meurent car le président Trump a fait cela pour déclencher une nouvelle Intifada", a-t-il dit. Il a souligné qu’environ 3 000 Palestiniens et plus de 1 000 Israéliens ont été tués lors de la dernière Intifada, qui a débuté en 2000.

"Je pense que tous ceux qui connaissent le monde musulman et le monde arabe peuvent s’attendre à leur réaction, et j’ai le regret de dire que nous sommes susceptibles de le voir dans un avenir proche", a-t-il déclaré. À son avis, les dirigeants du monde arabe et musulman soutenus par les États-Unis seront confrontés à l’instabilité et à la violence accrue de leurs propres citoyens.

En 1995, le Congrès américain a adopté une loi sur le transfert de l’ambassade en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem. Mais à cause du statut contesté de la ville et de la sensibilité de ce problème dans les relations avec le monde arabo-musulman, tous les six mois tous les présidents américains, y compris Trump, ont signé un document reportant la mise en œuvre de cette résolution.
Sputnik
Traduction : Moncef Chahed

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« Reconnaître la Palestine, c’est redonner une chance à la paix » Maintenant.

Et ils appellent ça la démocratie quand un type tout seul veut décider pour le monde entier ?

Le fou de Corée du Nord fait peur au fou d’Amérique, alors le fou d’Amérique s’en prend à la Palestine... Si ce n’était pas aussi grave, on pourrait en rire tellement c’est grotesque et flagrant que c’est pour dire « vous allez voir ce dont je suis capable »... Du pire, et ça on le savait déjà.
Et le CRIF demande à Macron d’être d’accord avec la décision du fou d’Amérique et « de reconnaître Jérusalem comme capitale de l’Etat d’Israël ». Et le président français a déjà répondu : « Sur Jérusalem, la France n’approuve pas la décision des États-Unis. La France soutient la solution de deux États, Israël et la Palestine, vivant en paix et en sécurité, avec Jérusalem comme capitale des deux États. Nous devons privilégier l’apaisement et le dialogue. »
Merci. Monsieur le Président, la France peut faire mieux. "Reconnaître la Palestine, parce que aujourd’hui plus que jamais, reconnaître la Palestine, c’est redonner une chance à la paix"
Le blog de Gabrielle Teissier K sur Médiapart

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Trump terroriste

Le président américain vient de reconnaître Jérusalem comme capitale exclusive d’Israël. Pourquoi prend-il le risque d’un séisme régional ?

En annonçant mercredi soir le transfert de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem et en reconnaissant de fait la ville-sainte comme capitale exclusive d’Israël, Donald Trump a non seulement pris le risque d’un embrasement de la région, mais il a sans doute également alimenté durablement le terrorisme. C’est d’ailleurs une caractéristique assez générale de la politique américaine au Proche-Orient que de favoriser les causes du terrorisme tout en prétendant le combattre. Que Donald Trump se soit gardé de fixer un calendrier pour le déménagement de l’ambassade américaine qui devrait prendre des années, n’y change rien.

Sans trop de gêne, le Secrétaire d’État, Rex Tillerson, a assuré peu avant le discours de Trump que « le président (Trump) est très engagé en faveur du processus de paix au Proche-Orient ». « Nous continuons de croire qu’il y a une très bonne opportunité de faire la paix et le président a une équipe qui est totalement dédiée à cela », a insisté le chef de la diplomatie américaine. Cette équipe censée relancer les pourparlers de paix entre Israël et les Palestiniens, au point mort depuis 2014, est dirigée, faut-il le rappeler, par le gendre de Donald Trump, Jared Kushner, réputé ultra-sioniste. Comme souvent, l’administration américaine, à l’instar du gouvernement israélien, joue sur les mots. Car ce n’est pas « la paix » que demandent les Palestiniens, c’est le droit. La paix, alors que la colonisation continue de galoper, est évidemment une arnaque. La « paix », alors que l’un des principaux enjeux de la négociation, c’est précisément Jérusalem-est comme capitale d’un État palestinien, c’est la paix israélienne.

Rappelons que le partage de 1947 avait sagement proclamé la ville « corpus separatum », et l’avait placée sous régime international. Le refus arabe d’un partage qui, il est vrai, était tout sauf équitable, puis la guerre de 1948, qui a fait suite à la proclamation unilatérale d’Israël, ont rapidement mis un terme à ce statut dérogatoire. La guerre des Six-Jours de juin 1967 et l’entrée des troupes israéliennes dans la partie orientale de la ville, puis son annexion en 1980, ont été des moments décisifs du processus colonial. Mais la communauté internationale n’a jamais reconnu cette annexion. Malgré les pressions israéliennes, les ambassades sont restées à Tel-Aviv. Seul le Congrès américain, en adoptant le Jerusalem Embassy Act, fait planer depuis 1995 la menace d’un transfert que Donald Trump met aujourd’hui à exécution. Cela, en dépit des multiples mises en garde des pays arabes et de la Turquie. Les 57 pays de l’Organisation de la coopération islamique ont prévu de se réunir en urgence.

Flatter un électorat chrétien-sioniste

Pourquoi Trump prend-il le risque d’un séisme régional et de rendre plus difficile le rapprochement en cours entre Israël et l’Arabie saoudite dans un front contre l’Iran ? Plaire au gouvernement d’extrême droite israélien n’est certainement pas une motivation suffisante. Il faut plutôt chercher les raisons du côté de la politique intérieure des Etats-Unis. Trump flatte un électorat chrétien-sioniste qui a eu un rôle décisif dans sa campagne électorale. Les chrétiens sionistes lisent la Bible en interprétant littéralement les mentions qui y sont faites du peuple juif. Or, de nombreux versets bibliques indiquent que Dieu a donné la Terre sainte aux Juifs. Les chrétiens sionistes représentent près d’un tiers de la population, soit 90 millions de personnes. Ils forment un lobby extrêmement actif et déterminé, et pour l’instant, fidèle en toute circonstance à Donald Trump. Celui-ci a sans doute voulu les remobiliser au moment où l’affaire de la collusion avec la Russie se rapproche dangereusement de lui. Une fois de plus, les Palestiniens font les frais d’une histoire qui n’est pas la leur. Cette injustice historique, qui est aujourd’hui aggravée, ne peut que susciter un profond ressentiment dans le monde arabe, et d’abord parmi les Palestiniens. Elle ne manquera pas d’alimenter le discours des mouvements jihadistes.

Accessoirement, la décision de Donald Trump souligne les limites de la diplomatie de « la main dans le dos » d’Emmanuel Macron. Le Président français avait justifié l’accueil très chaleureux qu’il avait réservé à Trump au mois de juillet par l’influence qu’il pourrait avoir par la suite sur l’imprévisible locataire de la Maison Blanche. L’affaire de Jérusalem, venant après le retrait américain de l’accord sur le climat, montre ce qu’il en est.
Denis Sieffert - Politis

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