Un ballet de drones et de danseurs lance un pont vers Gaza au Festival de Marseille 2018

Photographier la vie contemporaine de telle manière qu’elle se révèle dans son intranquillité, amener le spectateur à secouer la torpeur estivale pour s’interroger sur les lendemains qu’il participe à construire. Voilà le mot d’ordre de Jan Goossens, directeur du Festival de Marseille, pour qui la création ne peut s’éprouver ou se construire à distance du débat sociétal. Il le fait en suivant le fil de l’amour, maître mot de Marseille-Provence 2018, et avec un regard qui englobe tous les arts. Vaste ambition qui pourrait sembler aussi morose que le désarroi du monde, n’était l’étonnement suscité par les œuvres et la puissance avec laquelle les questions sont posées.

Ainsi Phoenix d’Éric Minh Cuong Castaing présenté au ballet national de Marseille. La pièce se présente comme chorégraphiée pour drones et danseurs, une rareté. Sur la scène, deux interprètes en culotte courte et une jolie fille en pantalon sondent le silence et le ciel. Un drone décolle, survole ce tableau en émettant l’étrange vrombissement caractéristique de l’engin. Il fait danser les interprètes qui se couchent ou se tournent pour l’éviter.

Le dispositif de « Phoenix » d’Éric Minh Cuong Castaing permet aux danseurs de communiquer avec la bande de Gaza.

Ils laissent la fille seule au milieu et lancent une dizaine de minuscules drones qui, en passant devant le micro, écrivent les notes d’une partition musicale inédite. Les volets et les loopings des engins tracent en même temps un ballet aérien, tandis que les danseurs se penchent pour esquiver ou prendre leur élan comme on joue. Soudain une fille tire un lutrin portant un iPad au milieu de la scène. On est en communication par Skype avec un danseur palestinien résidant dans la bande de Gaza. Il raconte la berceuse perpétuelle des drones, l’angoisse d’être sans cesse surveillé par eux, la musique diverse des drones selon qu’ils surveillent ou qu’ils tuent.

Des drones pour danser autour du monde

Il explique aussi avoir appris la danse dans son appartement devant télévision à l’abri des combats et interprète un dabkeh, danse traditionnelle arabe en direct que le public de Marseille applaudit. Il ajoute alors que les drones servent aussi pour un groupe de danseurs de hip-hop intervenant dans les ruines bombardées d’immeubles, leur permettant de filmer leurs exploits et de les mettre sur Facebook. Et à nouveau le public suit leur prestation en direct tandis que les danseurs français exécutent au micro le bruitage des hip-hopeurs dégringolant les marches et sautant sur les éclats de béton éventrés. Sur le plan chorégraphique, la pièce n’est sans doute pas complètement accomplie, mais elle frappe autrement et fort.

source : le Figaro - Ariane Bavelier


Ce soir, jeudi 28 juin, un spectacle à voir au Festival de Marseille
PHOENIX
d’Éric Minh Cuong Castaing

Trois danseurs interagissent avec le vol de drones pilotés en direct, s’imprègnent de leur souffle et du son qu’ils produisent, aiguisant ainsi leur propre « sens radar ». Puis la scène s‘ouvre telle une fenêtre sur le monde, connectée en temps réel avec des artistes subissant, à Gaza, la présence permanente de ces machines. Le spectacle se poursuit pour dévoiler d’autres témoignages, dans un ailleurs où le drone est une arme.

jeudi 28 juin à 19h

Ballet National de Marseille
20, boulevard de Gabès, 8e
tél. 04 91 32 72 72 / ballet-de-marseille.com
métro arrêt Rond-Point du Prado
bus 19 et 83 arrêt Prado Tunis
vélo borne n°8067 - Prado Gabès

Dans cette pièce chorégraphique pour drones et danseurs, le chorégraphe poursuit son exploration des mouvements humains et non humains, questionnant les rapports entre l’homme et les nouvelles technologies.

Sur scène, trois danseurs et des drones sèment le trouble. Évoquant à la fois les avions téléguidés de notre enfance comme les nouvelles armes meurtrières de nos guerres actuelles, de drôles de drones robotiques sillonnent la scène et interagissent avec les danseurs. Mêlant la danse contemporaine à la danse traditionnelle arabe dabkeh, Eric Minh Cuong Castaing orchestre un jeu de miroirs entre l’homme et la machine. Connectés en temps réel avec des artistes vivants en zone de conflits, interprètes et spectateurs prennent part à une communauté éphémère réunie autour d’une danse poreuse. Une chorégraphie par-delà les frontières.

Coproduction Festival de Marseille - Ballet National de Marseille - Pôle Arts de la Scène de la Friche la Belle de Mai

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