Israël suspend le projet de démolition controversé du village bédouin de Khan al-Ahmar

Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou dit vouloir « laisser une chance aux négociations ».
Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a suspendu jusqu’à nouvel ordre le projet de démolition d’un village bédouin dans la Cisjordanie occupée qui avait attiré l’attention dans le monde entier, ont annoncé dimanche 21 octobre ses services. « L’intention est de laisser une chance aux négociations et aux offres que nous avons reçues de différentes parties, y compris ces derniers jours », ont-ils déclaré dans un communiqué.

Le village bédouin de Khan Al-Ahmar, photographié le 11 septembre 2018.
Khan Al-Ahmar est un village de tôle et de toile où vivent environ 200 Bédouins à l’est de Jérusalem, entre deux colonies israéliennes. Il est devenu emblématique du sort de communautés confrontées à l’occupation et la colonisation. Les autorités israéliennes accusent ses habitants de s’être installés à cet endroit en toute illégalité. Elles leur donnaient jusqu’au 1er octobre pour partir en démolissant toute construction.

Bataille juridique

Le sort de ce village a suscité la préoccupation de certains pays, dont huit membres de l’Union européenne qui ont appelé en septembre les autorités israéliennes « à revoir leur décision ». Mercredi, le procureur de la Cour pénale internationale avait prévenu Israël qu’une « évacuation par la force » risquait de constituer un crime de guerre.

Les habitants ont refusé jusqu’ici de partir d’eux-mêmes, incitant les forces de sécurité à se préparer à détruire les lieux. L’ordre de quitter le village a fait suite à des années de bataille juridique, jusque devant la Cour suprême, après l’échec de négociations sur un éventuel déplacement.

Israël occupe depuis un demi-siècle la Cisjordanie. Plusieurs communautés de Bédouins se sont installées à l’est de Jérusalem, dans un secteur où, selon des ONG de défense des droits de l’homme, Israël projetterait d’étendre la colonisation.
Publié dans "Le Monde.fr avec l’AFP | 21.10.2018.


Le commentaire de notre amie Anne
 :
Voilà qui rappelle le recul de Netanyahu lors de la crise dite des portiques en Juillet 2016.

Ce début de victoire est celui de la résistance populaire palestinienne - unie et déterminée - qui n’a pas quitté les lieux depuis des mois, mais aussi de la solidarité internationale et nous y avons pris notre part.

C’est aussi la preuve, comme en Juillet 2016, que quand la diplomatie se met en branle et que les alliés de Netanyahu lui montrent quelles sont les limites à ne pas franchir, il y a des résultats. Et Lieberman mange son chapeau !

Qu’attendent donc ses amis pour lui signifier les limites à ne pas franchir à Gaza et dans le reste de la Palestine où les exactions en cette période hyper sensible de récolte des olives sont quotidiennes et hyper violente.

Ne boudons toutefois pas notre satisfaction. C’est un encouragement à continuer et la preuve que mobilisée, la communauté internationale peut aider les Palestiniens à obtenir des victoires.

Nos amis palestiniens restent mobilisés sur place jusqu’à l’annulation définitive de la décision. Restons nous aussi mobilisés et déterminés


Notre article du 25 septembre 2018
Israël exige que les Bédouins de Khan Al-Ahmar détruisent leurs maisons d’ici à octobre

Amnesty International : Israel criminel de guerre

"La démolition du village bédouin de Khan al-Ahmar, à l’Est de Jérusalem, le déplacement de ses habitants par la force, en vue d’étendre les colonies israéliennes illégales, est un crime de guerre", vient de déclarer Amnesty International.

"Ce n’est pas seulement un acte immoral, c’est illégal", a souligné Saleh Higazi, Directeur adjoint d’Amnesty pour le Moyen Orient et l’Afrique du Nord.

La démolition de ce village implique le déplacement de 181 résidents dont 53 % sont des enfants et 95 % des réfugiés.

La "justice" israélienne a entériné cette démolition sur la base de "la quasi-impossibilité d’obtenir d’Israel des permis de construire pour les habitants de Khan alAmar", ce qui résulte d’une politique discriminatoire de zoning par l’occupant israélien, ont fait remarquer les Nations Unies.

Comme 60 % des terres palestiniennes de Cisjordanie, qui sont en même temps les plus fertiles, Khan al-Ahmar se trouve en zone C depuis les accords d’Oslo, et donc sous total contrôle militaire israélien, bien que les mêmes accords aient prévu que cette zone C devait progressivement passer sous le contrôle de l’Autorité Palestinienne au bout de 5 ans.

Mais près de deux décennies plus tard, la terre en question est toujours aux mains de l’occupant.

Amnesty International a lancé depuis lundi une campagne sur les réseaux sociaux, ciblant le coordinateur israélien de l’administration des territoires occupés (qui fait partie du ministère israélien de la défense), chargé de la zone C.

"Il s’agit clairement d’une violation de la 4ème Convention de Genève, et d’un crime de guerre, selon les statuts de la CPI", a déclaré Amnesty, ajoutant que "depuis 1967, Israel a déporté des communautés entières et démoli plus de 50.000 maisons et structures palestiniennes."

"Il fut absolument faire cesser ces crimes de guerre et la politique des destruction israélienne des maisons et de la vie des Palestiniens, à la faveur de la colonisation".


Israël a demandé dimanche 23 septembre aux habitants d’un village bédouin de Cisjordanie, érigé par ses défenseurs en symbole de la lutte contre la colonisation israélienne, de démolir eux-mêmes « toutes les structures du site » d’ici au 1er octobre.

Après des années de bataille judiciaire, la Cour suprême israélienne a donné au début de septembre son accord à la démolition de Khan Al-Ahmar, village de tôle et de toile où vivent environ 200 Bédouins à l’est de Jérusalem, coincé entre deux colonies israéliennes.

Décision de la Cour suprême

Ce village bédouin palestinien est devenu emblématique du sort de ces communautés confrontées à l’occupation et la colonisation de la Cisjordanie.

« En application de la décision de la Cour suprême, les habitants de Khan Al-Ahmar ont reçu dimanche l’ordre de détruire toutes les structures du site avant le 1er octobre », a précisé un communiqué du Cogat, l’organisme israélien chargé des affaires civiles dans les territoires palestiniens occupés.

L’Etat israélien s’est engagé à laisser les habitants du village démolir eux-mêmes leur hameau, mais le communiqué ne précise pas quelles mesures seront prises si les habitants refusent.

« Personne ne partira, il faudra nous expulser par la force ! », a affirmé à l’Agence France-Presse Eid Abou Khamis, un porte-parole du village contacté par téléphone. Si Khan Al-Ahmar est démoli, « ce sera uniquement par la force », a-t-il ajouté.

Colonisation de la Cisjordanie

Huit pays européens, dont la France, ont réclamé jeudi à Israël de ne pas démolir ce hameau, estimant que sa destruction permettrait d’étendre les colonies israéliennes et de couper en deux la Cisjordanie, rendant encore plus compliquée l’éventuelle création d’un Etat palestinien sur le territoire. Les pays arabes à l’Organisation des Nations unies ont souligné par la suite qu’ils approuvaient et soutenaient la prise de position des huit pays européens.

Entre la Cisjordanie et Jérusalem-Est, plus de 600 000 colons israéliens coexistent, de manière souvent conflictuelle, avec près de trois millions de Palestiniens. Les colonies rognent peu à peu les territoires sur lesquels les Palestiniens souhaitent créer leur Etat.

Source : le Monde.fr


Dernières nouvelles 14 septembre 2018

En ce moments même à Khan Al-Ahmar - Fermeture des routes, affrontements et arrestations

JERUSALEM (Ma’an) - Les forces d’occupation israéliennes ont fermé vendredi des routes menant au village de Khan al-Ahmar, à l’est de Jérusalem.

Les affrontements ont éclaté dans le village, blessant un certain nombre de citoyens et en arrêtant plusieurs autres, dont Suleiman al Hathalin, Abu Adel, Ibrahim Hassan Abou Dahouk Abu Bajas, Abou Nimr de Jéricho et Abdel Aziz de France.

Source : maannews
Traduction : Moncef Chahed


Nouvelles (12 septembre 2018)
Déclaration conjointe de la France, l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie et le Royaume-Uni sur la situation du camp de Khan al-Ahmar

La France, l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie et le Royaume-Uni ont à plusieurs reprises exprimé leur préoccupation au sujet du village de Khan al-Ahmar, situé en un lieu sensible de la zone C, d’importance stratégique pour la préservation de la contiguïté d’un futur État palestinien.

Nous avons pris note de la décision prononcée mercredi dernier par la Cour suprême d’Israël qui laisse la démolition de Khan al-Ahmar à la discrétion du gouvernement israélien.

En conséquence, nous nous joignons à la Haute représentante et Vice-présidente Mogherini pour appeler de nouveau le gouvernement israélien à ne pas donner suite à son plan de démolition de ce village, y compris son école, et de déplacement de ses résidents.

Les conséquences qu’une démolition et un déplacement auraient sur les résidents de cette localité, notamment leurs enfants, ainsi que sur les perspectives de la solution des deux États, seraient très sérieuses.
Source : France Diplomatie

et aussi

Khan Al-Ahmar – Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des affaires étrangères (11 septembre 2018)

La France exprime sa très vive préoccupation concernant la situation du village palestinien de Khan al-Ahmar qui se trouve en Cisjordanie (zone C). Aux termes du jugement de la Cour suprême israélienne, la décision de démolition de ce village relève désormais du gouvernement israélien.

Je me joins à la voix de la Haute représentante de l’Union européenne et appelle les autorités israéliennes à ne pas procéder à la démolition de ce village.

La France rappelle que les démolitions d’infrastructures et d’habitations en Cisjordanie, territoire palestinien occupé, sont contraires au droit international humanitaire, et en particulier à la IVème Convention de Genève, en ce qu’elles entraînent des évacuations et des transferts forcés de populations, ainsi qu’aux résolutions du Conseil de sécurité.

La France prête une attention toute particulière au cas de Khan Al-Ahmar, en raison de sa localisation dans une zone d’importance stratégique pour la continuité d’un État palestinien et pour la viabilité d’une solution à deux États avec Jérusalem pour capitale. Elle alerte donc sur les conséquences que la démolition de ce village et le déplacement de ses habitants auraient sur le plan humanitaire aussi bien que politique.

La France poursuit ses efforts pour préserver la solution à deux États en lien avec l’Union européenne et ses proches partenaires internationaux.

Source : France Diplomatie


La Cour suprême israélienne a donné son accord, ce mercredi 5 septembre, pour la démolition du village bédouin Khan el-Ahmar en Cisjordanie occupée. Une décision qui, selon les Palestiniens, rend encore plus compliquée la formation éventuelle d’un État palestinien indépendant.

Selon la décision de la Cour suprême israélienne, les bulldozers pourront commencer la démolition de la majeure partie du village de Khan el-Ahmar une semaine après ce feu vert de la juridiction. En principe, plus aucun recours juridique n’est possible. Le tribunal a mis ainsi fin à des années de débat sur le sort du village bédouin situé en Cisjordanie, à l’est de Jérusalem à proximité immédiate de colonies de peuplement.

Des Palestiniens manifestent en soutien aux habitants du village bédouin de Khan el-Ahmar, menacé de démolition par les autorités israéliennes, le 1er août 2018.
ABBAS MOMANI / AFP

Le Ministre israélien de la Défense, Avigdor Lieberman, s’est félicité de la décision des juges qu’il a qualifiée de « courageuse », « face aux attaques hypocrites orchestrées par Abou Mazen [Mahmoud Abbas, le président palestinien - NDLR], la gauche et des pays européens ». La liste unifiée arabe a estimé dans un communiqué que la démolition du village sonnera le glas à tout espoir de création d’un état palestinien.

Plusieurs gouvernements européens, l’ONU et des ONG avaient exercé des pressions contre l’évacuation du village bédouin en affirmant notamment qu’elle provoquerait la scission de la Cisjordanie et éloignerait toute solution viable du conflit. La question est maintenant de savoir de quelle manière se réalisera l’évacuation et où seront transférés cette fois encore les membres de la tribu bédouine Jahalin.

Source RFI Moyen Orient
Avec notre correspondant à Jérusalem, Michel Paul


Notre article du 15 juillet 2018
Village de Khan al-Ahmar : 70 ans après, le transfert forcé des Palestiniens continue

Le village de Khan al-Ahmar est devenu bien malgré lui un symbole, celui des destructions de villages et de transferts forcés de populations qui dure depuis plus de 70 ans en Palestine.

Situé à l’Est de Jérusalem et peuplé d’une communauté bédouine déjà chassée de ses terres en 1948, ce village à l’habitat précaire est au cœur d’une zone que l’État d’Israël entend annexer ce qui couperait le Nord de la Cisjordanie du Sud. Les populations qui y vivent ne se laissent pas faire et résistent contre vents et marées à l’armée d’occupation israélienne depuis des années. L’État d’Israël ne s’embarrasse pas du droit international qui lui impose pourtant d’assurer la protection des populations des territoires qu’il occupe : il a décidé de faire place nette, de les expulser par la force et de détruire leurs habitations, l’école du village ainsi que les bâtiments destinés à l’élevage, leur seule source de revenu.

Aucun permis de construire n’est donné aux Bédouins et ils n’ont pas d’autre choix que de construire sans autorisation. Israël estime alors que les constructions de ces villages sont illégales. Les conditions de vie que leur impose l’administration israélienne sont inhumaines : ils sont privés de tout raccordement à l’eau ou à l’électricité. Les installations fournies notamment par l’Union européenne sont régulièrement détruites par l’armée israélienne.

Après les ordres de démolitions, ce sont les ordres d’expulsions qui ont été présentés mardi aux habitants de Khan al-Ahmar par l’armée israélienne. Mercredi, Israël a déployé des engins de chantier pour préparer la destruction et l’armée a violemment réprimé les manifestations non violentes qui ont répondu à cette opération : plus de 10 arrestations et de 30 blessés. La résistance populaire palestinienne a montrée sa capacité de mobilisation ainsi que des militants internationaux et israéliens dont bon nombre ont été arrêtés.

Des dizaines de journalistes étaient présents jeudi à l’entrée du village malgré les tentatives des forces de police israéliennes d’en restreindre l’accès.

Des diplomates européens dont le consul général de France à Jérusalem Pierre Cochard ont apporté jeudi leur soutien aux habitants en leur rendant visite. L’armée israélienne leur a interdit l’accès à l’école du village.

"Nous voulions manifester notre solidarité à ce village qui est menacé de destruction, pour des raisons à la fois humanitaires (...) et parce que c’est un enjeu majeur de droit international", a déclaré Pierre Cochard. "C’est une violation très claire de la 4e convention de Genève qui détermine les obligations des puissances occupantes dans les territoires occupés", a-t-il ajouté. Alistair Burt, ministre d’État britannique chargé du Moyen-Orient, avait affirmé au mois de mai qu’une expulsion "pourrait constituer un transfert forcé du point de vue des Nations unies". Un transfert forcé de population est considéré comme une violation de la Convention de Genève.

le Consul Général de France en soutien du droit international

La mobilisation pour défendre le village de Khan al-Ahmar a porté ses premiers fruits : la Cour suprême israélienne a été contrainte de geler les ordres de démolitions. C’est incontestablement une première victoire. Elle reste à consolider.

Confisquer toujours plus de territoire aux Palestiniens, leur rendre la vie impossible pour les forcer à partir, « achever ce qui ne l’a pas été en 1948 », voilà ce qui se joue autour du village de Khan al-Ahmar, mais au-delà, quotidiennement, dans tout le territoire palestinien occupé et dans un silence assourdissant. C’est la Nakba – la catastrophe – qui continue. Si l’on veut que cela s’arrête, il va falloir aller au-delà des simples déclarations et condamnations. La communauté internationale doit prendre ses responsabilités et agir comme elle a commencé à le faire pour le cas de Khan al-Ahmar, mais avec une toute autre ampleur. La France a l’obligation de faire respecter les conventions de Genève et pour cela elle doit prendre avec d’autres États européens des décisions fortes en direction d’Israël pour lui imposer le respect du droit international.
Le Bureau national AFPS

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