L’avenir de Jérusalem, une affaire avant tout politique

La décision du président américain Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale de l’État d’Israël et le fait pour son administration d’y transférer l’ambassade des États-Unis ont mis un coup de projecteur sur la question des rapports entre les dimensions religieuse et politique de la ville. De nombreux observateurs s’accordent à dire que l’une des motivations principales de cette décision était de satisfaire une base électorale composée de chrétiens évangélistes, partisans de ce que l’on appelle le « christianisme sioniste ». Le pasteur extrémiste John Hagee, président de l’organisation Christians United For Israel s’était fait leur interprète en disant que « 60 millions d’évangélistes attendaient la réalisation de cette promesse », et que si Donald Trump tenait parole en transférant l’ambassade à Jérusalem il serait auréolé de gloire pour la postérité et qu’une éternelle reconnaissance lui serait vouée pour son acte de bravoure.

Toits de la vieille ville de Jérusalem. Askii, 2013

Les paradoxes de Camp David

Ce n’était pas le moindre des paradoxes du sommet palestino-israélien de Camp David de l’été 2000 entre Yasser Arafat et l’ex-premier ministre israélien Ehoud Barak que l’évocation insistante par ce dernier du « Mont du temple », soulignant ainsi à dessein la dimension religieuse symbolique de la ville au détriment de sa dimension politique, afin de justifier le maintien de l’occupation de sa partie orientale. Il ne pouvait pourtant pas ignorer que conformément au droit international, Jérusalem-Est faisait partie des territoires palestiniens occupés en 1967, comme l’indiquent les nombreuses résolutions qui appellent Israël à s’en retirer.

Depuis ce sommet, les responsables des partis relevant d’un sionisme prétendument « laïc » n’ont cessé dans leur discours de justifier, de manière inouïe, la nécessité pour Israël de garder la mainmise sur l’esplanade des Mosquées en raison de la présence supposée des ruines du deuxième temple enfouies sous les murailles. Ruines dont les fouilles et excavations entreprises par le gouvernement israélien depuis 1967 n’ont décelé aucune trace, les archéologues israéliens ne réussissant à exhumer à ce jour que des vestiges romains, byzantins ou islamiques.

Sans sous-estimer par ailleurs la portée symbolique de cette dimension religieuse de la ville, pour les juifs comme pour les musulmans ou les chrétiens, je rejoins tous ceux qui considèrent la question de Jérusalem et de son avenir comme étant avant tout d’ordre politique. Elle devrait faire l’objet d’un règlement sur la base des résolutions des Nations unies, notamment la résolution 242 du Conseil de sécurité qui appelle Israël à se retirer des territoires palestiniens occupés à la suite de son agression en juin 1967. L’entêtement israélien à vouloir mettre en avant la portée religieuse de la ville nous incite toutefois à effectuer un retour sur l’histoire pour tenter d’examiner le bien-fondé des prétentions israéliennes, d’un point de vue scientifique.

Comment l’histoire d’Israël fut (ré)inventée

Le chercheur Keith Whitelam, dans The Invention of Ancient Israël : the Silencing of Palestinian History (Routledge, 1997) part de l’idée selon laquelle le conflit récent autour de la Palestine a rejailli sur la compréhension de l’histoire antique. Le discours de l’école historique de la Torah apparu au XIXe siècle a marqué de son empreinte l’histoire officielle d’Israël, qui se sera ainsi inventé une histoire antique apparaissant dans une très grande mesure comme une projection du présent. Les prétentions d’Israël sur Jérusalem en tant que capitale d’Israël remontent selon lui à la période fantasmée du Royaume de David. L’historien affirme dans le même temps que « l’Israël antique ne constitue qu’un fil ténu dans le riche tissu de l’histoire palestinienne », laquelle devrait être étudiée en tant que telle, « libérée de l’emprise des études bibliques ».

Les études historiques modernes, notamment celles de chercheurs israéliens, ont montré que l’histoire ancienne juive était peuplée de mythes. Shlomo Sand, professeur d’histoire à l’université de Tel-Aviv a expliqué dans Comment le peuple juif fut inventé (Fayard, 2008) la mission impossible que le sionisme s’était assignée en voulant créer une ethnie unique à partir d’une multitude de groupes humains d’origines culturelles et linguistiques différentes, et comment il a dû finalement emprunter à la religion traditionnelle la plupart de ses représentations et de ses symboles, dont il est resté prisonnier.

« Tout Israélien de confession juive est intimement convaincu que l’existence du peuple juif remonte à la révélation de la Torah dans le Sinaï, et pense que lui-même, à titre individuel, descend directement et exclusivement de ce peuple », indique Shlomo Sand, avant de s’arrêter sur certains de ces mythes fondateurs du sionisme, dont celui de la conquête de la « Terre de Canaan ». Il signale que l’archéologie moderne a totalement infirmé cette légende. Aucun document égyptien ne confirme une telle conquête, au moment où cette terre était sous domination égyptienne. Si le texte de la Torah ne mentionne pas la souveraineté égyptienne, les fouilles à Gaza et Beersheba ont confirmé depuis longtemps la présence égyptienne à l’époque signalée, ainsi qu’ultérieurement.

Le deuxième mythe examiné par Shlomo Sand est celui de l’exil, pièce maîtresse de l’arsenal des tenants modernes de l’identité « ethnique » des juifs. Aucune trace n’a pourtant pu être trouvée d’une expulsion massive des juifs par les Romains après la prise par ceux-ci de Jérusalem, pas plus que d’une destruction du Temple en l’an 70 de l’ère chrétienne. C’est ce qu’a pu établir Chaïm Milikowsky, professeur à l’université religieuse de Bar Ilan en expliquant que le terme « exil » signifiait aux IIe et IIIe siècles après J.-C. la sujétion politique et non l’expulsion du pays. Son collègue Jacob Yuval, professeur à l’université hébraïque de Jérusalem a quant à lui montré que le mythe de l’exil était relativement tardif : il faisait suite à la propagation par le christianisme de l’idée selon laquelle il fallait expulser les juifs pour les punir d’avoir crucifié Jésus et rejeté l’Évangile.

Mais laissons de côté ces mythes fondateurs de l’histoire juive antique instrumentalisés par le sionisme et revenons à l’histoire réelle, étayée par des faits établis. Celle-ci n’évoque aucune trace d’un tel temple lors de la conquête de Jérusalem par les Arabes. Le calife omeyyade Abd-Al-Malik Ben Marwan avait alors érigé la mosquée dite « du dôme du Rocher » en 691 apr. J.-C. et son successeur, le calife Al-Walid Ben Abd-Al-Malik avait parachevé la construction de la mosquée Al-Aqsa.

En reprenant Jérusalem aux Croisés en 1187, Saladin avait levé les restrictions de résidence qui frappaient les juifs, et Jérusalem put ainsi accueillir à la fin du XIIe siècle des juifs venant du Maroc, de France et du sud de l’Angleterre. Avec le règne des sultans mamelouks sur la ville, à partir de la moitié du XIIIe siècle, les adeptes des trois religions ont pu coexister pacifiquement. La majorité était chrétienne, de rites divers, et jouissait d’une grande liberté de culte, avec toute latitude pour rénover et restaurer ses institutions religieuses. La situation des juifs elle-même avait alors connu une grande amélioration. Conquis par l’esprit de la nouvelle religion, notamment le traitement qu’elle réservait aux autres, certains d’entre eux s’étaient convertis à l’islam. Ils s’étaient regroupés dans un quartier de la ville nommé Haret Al-Yahoud (le quartier juif) qui donna son nom à l’une des portes de la ville, aujourd’hui renommée porte de Sion. Ils y vécurent de donations extérieures. On retrouve parmi eux des traducteurs et des guides touristiques célèbres1.

En 1517, Jérusalem passait sous la domination des sultans ottomans, qui devait durer 400 ans, et donner à la ville intra-muros sa configuration actuelle. L’encyclopédie hébraïque elle-même souligne le fait que c’est seulement au XVIe siècle que les juifs prirent l’habitude de venir se recueillir au pied du mur d’Al-Buraq, dans cette partie de la muraille occidentale de soutènement de l’esplanade des Mosquées, pour prier et pleurer. Le nom de « mur des Lamentations » lui fut alors donné2.

La conquête britannique

Grand voyageur, l’écrivain français Pierre Loti s’était rendu à Jérusalem en avril 1894. Il évoque longuement, dans Voyages 1872-1913,« la mosquée bleue d’Omar » et la « mosquée Al-Aqsa ». Il indique que les Ottomans, qui avaient commencé par interdire l’accès de ces lieux saints aux non musulmans l’avaient ensuite autorisé à la condition expresse qu’elle se fît en compagnie d’un soldat janissaire portant un laissez-passer du gouverneur de la ville. Loti relate sa visite au « mur des Lamentations », et mentionne en passant que les Turcs avaient cédé ce lieu aux juifs contre une promesse de renoncement par ceux-ci au projet de reconstruction de leur temple. Il décrit des visiteurs pour la plupart d’un âge avancé, blancs, originaire de Pologne, se rendant à Jérusalem à l’approche de la mort dans l’espoir d’y être enterrés. Il remarque seulement quelques jeunes parmi eux. Avec l’entrée des troupes britanniques sous le commandement du général Allenby, en décembre 1917, l’esplanade passait sous domination britannique. Le texte du mandat sur la Palestine approuvé par la ligue des Nations le 24 juillet 1922 et mis en œuvre le 29 septembre de la même année dispose dans son article 13 :

Tout en maintenant l’ordre et la bienséance publics, le Mandataire assume toute responsabilité au sujet des Lieux saints, des édifices et des sites religieux en Palestine, y compris celle de préserver les droits existants, d’assurer le libre accès des Lieux saints, des édifices et des sites religieux, et le libre exercice du culte. Il ne sera responsable, pour toutes les questions qui s’y réfèrent, que vis-à-vis de la Société des Nations, étant entendu que rien dans cet article n’empêchera le Mandataire de faire avec l’administration tel arrangement qu’il jugera nécessaire, en vue d’exécuter les dispositions du présent article, et étant entendu aussi que rien dans le présent mandat ne pourra être interprété comme l’autorisant à toucher aux immeubles ou intervenir dans l’administration des sanctuaires purement musulmans, dont les privilèges sont garantis.

Après le soulèvement d’Al-Buraq en août 1929, le rapport de la commission d’enquête internationale confirme les droits exclusifs des musulmans sur la muraille occidentale de l’esplanade des Mosquées. La propriété foncière leur revient en tant qu’awqaf (bien de mainmorte). Il en est de même du parvis au pied du mur et de la place qui lui fait face, celle du quartier des Maghrébins. Selon le droit musulman, ces biens sont placés sous séquestre, et deviennent de ce fait inaliénables. Ils sont dédiés exclusivement à des œuvres d’utilité publique ou charitable. Une autorisation est cependant accordée aux juifs de venir jusqu’au pied du mur pour y prier.
Une « capitale éternelle » à marche forcée.

La résolution 181 adoptée le 29 novembre 1947 par l’Assemblée générale des Nations unies portait création d’un corpus separatum pour la région de Jérusalem, confié à l’administration onusienne. Bien qu’Israël ait occupé la partie occidentale de la ville après la guerre de 1948, son gouvernement s’était engagé, au moment de son adhésion à l’ONU, à reconnaître le fait que Jérusalem ne faisait pas partie intégrante de son territoire. Avec l’armistice entre Israël et la Jordanie, Jérusalem se retrouvait divisée en deux parties : Jérusalem-Ouest dont les Israéliens avaient fait leur capitale, et dont ils devaient dès 1952 doubler la superficie municipale en l’élargissant vers l’ouest au détriment des villages palestiniens, et Jérusalem-Est, passée alors sous domination jordanienne et circonscrite à la vieille ville et aux quartiers environnants.

Après l’agression de juin 1967, Israël occupe Jérusalem-Est et lui impose sa législation, entamant ainsi le processus d’ « unification » et de judéisation de la ville. Le 30 juillet 1980, le Parlement israélien décide de faire de la ville unifiée la « capitale éternelle » d’Israël. À travers un constant grignotage des territoires palestiniens, les autorités israéliennes étendent dans un premier temps la municipalité de Jérusalem-Est de 6 à 73 km2, et entourent la ville de deux cercles de colonies : le premier connu sous le nom de « Grande Jérusalem », à savoir 330 km2 de terres gagnées sur la Cisjordanie ; le deuxième, sous le nom de « Jérusalem métropolitaine », englobe 665 km2 de la Cisjordanie. Avec ces deux cercles concentriques Israël se garantissait une véritable hégémonie sur la partie centrale de la Cisjordanie, séparant par ailleurs le nord du sud et privant l’État palestinien projeté de sa continuité territoriale. Quant aux Arabes palestiniens qui étaient restés à Jérusalem-Est, ils furent traités par Israël comme des étrangers « résidents » avec des cartes de séjour permanentes.

Après la signature des accords d’Oslo en septembre 1993, les mesures visant à resserrer cette emprise sur la ville ont été intensifiées : constructions de colonies sur sa périphérie, restrictions opposées aux constructions arabes et retraits d’autorisation de séjour pour chaque citoyen palestinien de Jérusalem résidant en Cisjordanie, dans la bande de Gaza ou ailleurs et absent de la ville durant sept ans. En mars 2018, le Parlement israélien a même adopté une loi permettant au ministre de l’intérieur de confisquer ses papiers à tout habitant de Jérusalem qui aurait commis une infraction punie par la loi israélienne ou qui aurait tout simplement « adhéré à des idées non conformes aux intérêts d’Israël ».

Ce mouvement allait de pair avec l’étranglement des institutions palestiniennes actives, les autorités israéliennes n’hésitant pas à fermer les institutions emblématiques de la souveraineté palestinienne sur la ville, dispensatrices d’importants services aux habitants, telles que la Maison d’Orient, l’Association des études arabes, la chambre de commerce, le Comité de restauration du patrimoine, le Conseil de l’habitat palestinien.

Parallèlement, les gouvernements israéliens successifs n’ont cessé d’accélérer le mouvement de colonisation au sein même de la vieille ville et des quartiers avoisinants, tout en ordonnant, sous prétexte « de croissance démographique naturelle », la construction de dizaines de milliers de nouveaux logements destinés à étendre les colonies existantes vers la mer Morte et la vallée du Jourdain. Parallèlement, ils poursuivaient leur politique visant à isoler des quartiers arabes par le « mur de séparation », à retirer leurs cartes de résidence aux Palestiniens, à démolir des maisons sous prétexte d’absence de permis de construire ou encore de présence dans le périmètre du « bassin sacré » ou à l’intérieur des « zones vertes »6. Depuis des années, la mosquée Al-Aqsa est menacée d’effondrement, car les fissures se multiplient dans les bâtiments et maisons historiques mitoyens, du fait des excavations israéliennes dans la vieille ville. Un autre danger menace également la mosquée du fait des tentatives de plus en plus pressantes des extrémistes juifs d’investir l’esplanade des Mosquées pour y exercer leur propre culte, sous la protection des forces de police de l’occupant israélien.
Pour l’ONU, des mesures « nulles et non avenues »

La communauté internationale a rejeté toutes les modifications par Israël du statut de Jérusalem-Est :

- dès le 4 juillet 1967, l’Assemblée générale adopte la résolution 2253, qui considère les mesures prises par Israël comme non valides ;

- le 21 mai 1968, le Conseil de sécurité de l’ONU adopte la résolution 252 par laquelle il « considère que toutes les mesures et dispositions législatives et administratives prises par Israël y compris l’expropriation de terres et de biens immobiliers, qui tendent à modifier le statut juridique de Jérusalem sont non valides et ne peuvent modifier ce statut ». La résolution « demande à Israël d’urgence de rapporter toutes les mesures de cette nature déjà prises et de s’abstenir immédiatement de toute nouvelle action qui tend à modifier le statut de Jérusalem » ;

- le 25 septembre 1971, le Conseil de sécurité adopte la résolution 298 qui « déplore qu’Israël n’ait pas respecté les résolutions précédemment adoptées par l’Organisation des Nations unies au sujet des mesures et dispositions prises par Israël pour modifier le statut de la ville de Jérusalem » ;

À plusieurs reprises, le Conseil de sécurité a réaffirmé sa position. Face aux dispositions visant à faire de « Jérusalem une et indivisible » la capitale d’Israël, il adopte le 30 juin 1980 la résolution 476 qui « demande instamment à Israël, la puissance occupante, de se confirmer à la présente résolution et aux précédentes résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU et de cesser immédiatement de poursuivre la mise en œuvre de la politique et des mesures affectant le caractère et le statut de la ville de Jérusalem ». Le 20 août 1980 la résolution 478 considère « nulles et non avenues » toutes les mesures et dispositions prises par Israël pour modifier le caractère et le statut de la ville et demande « aux États qui ont établi des missions diplomatiques à Jérusalem de retirer ces missions de la Ville sainte ».

Le 9 février 1999, l’Assemblée générale des Nations unies réaffirme à son tour ses positions précédentes quant à la non-validité de toutes mesures et dispositions israéliennes visant à modifier Jérusalem. Le 1er décembre 2000, après la deuxième intifada, l’Assemblée « a constaté que la décision prise par Israël d’imposer ses lois, sa juridiction et son administration à la ville sainte de Jérusalem est illégale et, de ce fait, nulle et non avenue ». L’Assemblée générale a également déploré que certains États aient transféré leurs missions diplomatiques à Jérusalem.

La souveraineté palestinienne toujours en cause

Les accords d’Oslo avaient suspendu la question de Jérusalem aux négociations sur le statut final. Pour préempter ces négociations, Israël a tenté une manœuvre en direction de la Jordanie : la deuxième clause de l’article 9 de l’accord de paix entre les deux pays mentionne qu’Israël respecte le rôle particulier joué par le royaume hachémite de Jordanie dans les lieux saints, et qu’il accordera à ce rôle un intérêt prioritaire lors des négociations avec les Palestiniens sur le statut final de Jérusalem. Le gouvernement jordanien n’a toutefois pas été dupe de la manœuvre israélienne ; il a réaffirmé après la signature de l’accord de Wadi Araba son soutien à l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) dans sa lutte pour garantir une souveraineté palestinienne sur tous les territoires occupés depuis 1967, y compris Jérusalem-Est.

Lors du sommet de Camp David, la question de Jérusalem a été mise pour la première fois sur la table des négociations entre l’OLP et le gouvernement israélien. La position des négociateurs israéliens était restée prisonnière de la posture générale d’Israël fondée sur le principe de « concessions réciproques » entre deux protagonistes sur des « territoires disputés » et non pas sur la base de la résolution 242, qui ne représentait aux yeux des Israéliens qu’une base de départ, sans plus, pour les négociations et ne s’appliquait pas à la Cisjordanie ni à la bande de Gaza sous prétexte qu’elle ne pouvait s’appliquer qu’à des États. C’est en se fondant sur ces considérations qu’Ehoud Barak a refusé, durant les négociations, de renoncer à la souveraineté israélienne sur le « mont du Temple », concédant aux Palestiniens l’administration municipale de villages situés à la périphérie de la « Grande Jérusalem », mais demeurant sous domination israélienne. Si la souveraineté totale sur ces villages devait toutefois leur être laissée, ce serait en échange de territoires permettant d’intégrer à la Grande Jérusalem des colonies majeures telles que Maale Adoumim et Givat Seev.

Lorsque Yasser Arafat a refusé ces deux propositions israéliennes, le président américain Bill Clinton a avancé une nouvelle proposition de partage : la souveraineté de l’esplanade des Mosquées en surface reviendrait aux Palestiniens, tandis que la souveraineté sur le sous-sol reviendrait aux Israéliens. La proposition américaine ayant été rejetée par les Palestiniens et le sommet de Camp David s’étant soldé par un échec, Clinton avait ensuite, lors d’une rencontre à Washington avec un certain nombre de négociateurs palestiniens et israéliens le 23 décembre 2000, introduit quelques modifications mineures à sa première proposition. Un troc était proposé aux Palestiniens, en vertu duquel ils cèderaient leur « droit au retour » en échange d’une souveraineté limitée sur Jérusalem-Est.

Depuis le sommet avorté de Camp David, la position israélienne s’est nettement durcie. Les gouvernements israéliens — notamment l’actuel gouvernement de Benyamin Nétanyahou — ont refusé le principe même de négociations sur la ville, estimant que son sort avait été scellé. Jérusalem « une et indivisible » était désormais « la capitale éternelle » de l’État d’Israël. Le gouvernement israélien a multiplié les mesures de fermeture de l’esplanade et les entraves à la libre circulation des musulmans pour y parvenir. Il a régulièrement fermé les yeux sur les provocations des juifs extrémistes qui prétendent vouloir la détruire pour y reconstruire leur « Temple ».

L’entière souveraineté arabe palestinienne sur Jérusalem-Est est un principe qui ne peut souffrir de tergiversations. Il s’agit là d’une question politique avant toute autre chose. Les résolutions des Nations unies font obligation à Israël d’évacuer totalement cette partie de la ville, et de supprimer tous les faits accomplis imposés sur le terrain, notamment ceux de la colonisation. En réalité, il faudrait que les Palestiniens remettent en jeu la question de Jérusalem dans son intégralité, pas seulement celle de Jérusalem-Est, car 70 % des maisons et des terrains de Jérusalem-Ouest sont encore à ce jour des propriétés palestiniennes.
Maher Al-Charif
Traduit de l’arabe par Nada Yafi.

Maher Al-Charif est historien palestinien, Chef du département des recherches à l’Institut des études palestiniennes (Beyrouth).

Source : Orient XXI

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