Trump menace et punit. Pour aller où ?

La remise en question de l’aide et des institutions palestiniennes par le président des Etats-Unis au profit de la politique israélienne de colonisation ne mène nulle part, estime Mario Carera, ancien coordinateur de la DDC (Suisse) en Palestine.

Détenteur d’un plan de paix annoncé au Proche-Orient, Trump innove par ses méthodes de promotion de la paix. Au lieu de gagner la confiance des parties par le dialogue, il piétine le droit international, menace ou punit celui qui n’acquiesce pas et élimine par un acte d’autorité unilatéral tout obstacle. D’abord, il reconnaît Jérusalem comme capitale d’Israël contrairement aux résolutions internationales, et y ouvre la nouvelle ambassade des Etats-Unis en Israël, espérant être suivi. Las, cette décision fait un flop : à part le Guatemala, aucun pays ne suivra. Peu importe : l’ambassade palestinienne à Washington, ouverte après les Accords de paix d’Oslo en 1994 et haut lieu de dialogue, est fermée. Trump menace enfin de « laisser mourir seule la Cour pénale internationale (CPI) » de La Haye saisie par les Palestiniens.

Trump passe aussi aux punitions financières : suspension de l’aide américaine en Palestine (200 millions de dollars par an), annulation du soutien aux hôpitaux palestiniens de Jérusalem-Est (25 millions de dollars) et interruption de la contribution de 360 millions de dollars par an à l’UNRWA, l’agence des Nations unies chargée depuis 1950 de l’assistance et de la protection des réfugiés palestiniens (5,4 millions de personnes au Proche-Orient, dont 1,3 million à Gaza).

Le rôle de l’UNRWA

L’instrumentalisation de l’humanitaire par le politique n’est en soi pas nouvelle. Pour Trump, l’UNRWA est un problème : par ses services de qualité (éducation, santé, aide sociale…) offrant espoir et dignité aux réfugiés, l’UNRWA entretient une « victimologie palestinienne », les faisant rêver à un droit au retour illusoire dans la Palestine de leurs aînés. Benyamin Netanyahou s’en félicite d’ailleurs : il faudrait, précise-t-il, remplacer l’UNRWA, qui entretient le problème des réfugiés, par une autre agence qui s’occuperait, elle, des « vrais besoins » des réfugiés. Dans la foulée, via la Knesset, Israël vote la marginalisation légale des citoyens non juifs (20%) d’Israël, par l’adoption de la loi sur Israël « Etat-nation du peuple juif ».

L’UNRWA, partie du problème ? Les nombreuses résolutions de l’ONU insistent toutes sur le lien à établir entre les différents problèmes afin de parvenir au « statut final ». La liste est connue : le retrait des forces armées israéliennes du territoire palestinien occupé, des frontières reconnues, le statut de Jérusalem, la sécurité pour tous, les quelque 200 colonies israéliennes (officielles ou non) en pleine croissance, ainsi que la réalisation « d’un juste règlement du problème des réfugiés » (résolution ONU 242, 1967), notamment leur droit à des indemnisations, leur éventuel droit de retour. Nulle part, l’UNRWA n’est mentionnée comme partie du problème. L’agence joue en fait un rôle essentiel de stabilité, promouvant par son travail une véritable prévention de la violence et du terrorisme. L’Allemagne ne s’y est pas trompée, elle qui vient d’augmenter sa contribution à l’UNRWA, à la suite du retrait américain. Une décision qui devrait inspirer la Suisse.

La colonisation illégale

Dénoncer politiquement l’UNRWA trouble aussi par son choix partisan ciblant les réfugiés. Pourquoi les montrer du doigt, eux, les victimes du conflit, et ne pas questionner par exemple la forte croissance des colonies israéliennes ? Plus de 600 000 colons sont établis en Cisjordanie et à Jérusalem-Est aujourd’hui, ils n’étaient que 100 000 au début des années 80. Le droit international condamne cette colonisation illégale. Dernière en date, la résolution 2334 de décembre 2016 du Conseil de sécurité de l’ONU rappelle que les colonies constituent « une violation flagrante du droit international et un obstacle majeur à la réalisation de la solution des deux Etats ».

Ces critiques à l’UNRWA, ces punitions financières et ces menaces diplomatiques cachent en fait mal l’impuissance des Etats-Unis et de la Communauté internationale à trouver une solution négociée au conflit. La voie solitaire et autoritaire de Trump crée un malaise bien au-delà de l’Europe et du Proche-Orient. Piétiner le droit international et ses institutions légitime la force. Le Proche-Orient connaît déjà assez de guerres, de sièges et de drames. L’exigence stratégique prioritaire commande de s’attaquer aux problèmes identifiés du conflit, pas de les nier ou de les balayer d’un revers de main.

Source :Le Temps (Suisse) via AFPS - 19 septembre 2018

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