Tirer dans les jambes des manifestants palestiniens non armés, une stratégie délibérée de l’armée israélienne ? Un de ses anciens soldats l’affirme - "Gaza, une jeunesse blessée", un reportage à revoir !

Malgré d’énormes pressions, notamment celles de l’ambassade d’Israël et de quelques-uns de ses affidés, qui ne cessent de présenter toute critique des agissements criminels de l’armée israélienne comme relevant de l’antisémitisme et tout Palestinien comme « terroriste », la direction de France 2 a tenu bon.

C’est maintenant un très large public qui sait que l’armée israélienne tire sur les habitants de Gaza qui manifestent pacifiquement près de la barrière qui les enferme, pour les tuer ou pour les mutiler, n’épargnant ni les enfants, ni le personnel médical ni les journalistes. Elle tire en utilisant des munitions spécialement conçues pour provoquer des dégâts irrémédiables.

Ces habitants, parmi lesquels beaucoup de jeunes, expriment leur refus de voir leurs droits bafoués, leur refus de voir leurs rêves brisés et leur vie ruinée par le blocus inhumain que l’État d’Israël impose depuis plus de 11 ans aux 2 millions d’habitants de la Bande de Gaza.

Lorsqu’un État met l’apartheid et le développement de la colonisation dans ses lois constitutionnelles, lorsque le fait même d’être né sur cette terre prive les Palestiniens de tous leurs droits, lorsque le projet politique est de les déposséder de leurs ressources et de les priver de leur liberté, c’est la barbarie qui s’exprime. Elle conduit naturellement à la négation de l’existence et de l’humanité de l’Autre, qui n’est plus vu que comme une cible à travers les lunettes de visée des fusils.

Elle se traduit aujourd’hui, de la manière la plus brutale, par les tirs des snipers de l’armée israélienne dont nous avons pu voir les effets à travers le reportage. Nous avons pu mesurer la dignité, mais aussi la détresse, de toutes ces personnes mutilées, y compris des enfants, dont la vie a basculé par la volonté délibérée d’un sniper israélien et de son commandement.

Bertrand Heilbronn, président de l’Association France Palestine Solidarité, a déclaré :

« Il faut que la société israélienne prenne massivement conscience de l’impasse dans laquelle elle est en train de s’enfermer. Cela ne sera possible que par une action résolue des citoyens et des États du monde entier. Au-delà de la campagne BDS qui s’impose plus que jamais, nous appelons toutes les personnes de conscience à refuser d’être complices de cette barbarie et à le faire savoir.

En ce qui concerne les États et donc le gouvernement français et le président de la République, les mots ne suffisent plus. Nous appelons à ce que la France exige l’arrêt des tirs contre les civils palestiniens et suspende immédiatement toute relation militaire avec l’État d’Israël tant que la lumière n’aura pas été faite sur ces crimes. La France doit aussi exiger la levée immédiate du blocus illégal de la Bande de Gaza et mettre clairement sur la table la suspension de l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël, tant que cet État agira à l’encontre du droit international et des droits de l’Homme. »

Il est temps, il est grand temps, de mettre fin à cette barbarie qui, de silence en complicité, va finir par tous nous engloutir.
Le Bureau national de l’AFPS
12 octobre 2018

Ce reportage peut être revu sur : https://www.francetvinfo.fr/monde/palestine/gaza/video-gaza-une-jeunesse-estropiee_2977663.html


Tirer dans les jambes des manifestants palestiniens non armés, une stratégie délibérée de l’armée israélienne ? Un de ses anciens soldats l’affirme

Depuis six mois, des manifestations hebdomadaires à Gaza font des milliers de blessés, la plupart touchés aux jambes. S’agit-il d’une stratégie délibérée de l’armée israélienne ? A Tel Aviv, "Envoyé spécial" a posé la question à Nadav Weiman, un ancien soldat qui s’élève aujourd’hui contre ces méthodes.

"Nous, nous ne tirions pas sur des manifestants non armés, explique cet ancien spécialiste en élimination de l’armée israélienne, ce n’était pas autorisé. Mais ces dernières semaines, ces derniers mois, l’armée a tiré sur des dizaines, des centaines de Palestiniens non armés, et certains ont été tués."

Depuis six mois, selon Médecins sans frontières, 5 000 Palestiniens auraient été blessés par les balles de soldats israéliens lors des "marches du retour", ces manifestations hebdomadaires dans la bande de Gaza. La plupart ont été touchés aux jambes. S’agit-il d’une stratégie délibérée ? L’armée réfute tout abus. Mais en Israël, des voix s’élèvent contre ses méthodes. A Tel Aviv, "Envoyé spécial" a posé la question à Nadav Weiman, qui représente une organisation de 1 200 anciens soldats. Ancien sniper, il a eu à tirer sur des Palestiniens.

Des snipers postés à 60 ou 70 mètres

Le journaliste d’"Envoyé spécial" lui montre des images tournées près des barbelés posés devant la grille qui sépare Israël de la bande de Gaza. On y voit un homme visiblement désarmé s’affaisser au sol, touché par une balle à la jambe. "Depuis la butte, la ligne de tir est bien dégagée, commente-t-il. Un sniper, ça tire à 200, 300, 400, 500 mètres. Là, il tire à 60 ou 70 mètres. Ça veut dire que dans sa lunette, il peut choisir de tirer sur le genou, la cheville, le tibia... Il est tellement proche qu’il peut tirer où il veut. Ça veut dire aussi qu’il voit très clairement que cet homme n’a pas d’arme, que c’est juste un manifestant."

"Le meneur de la manifestation, on peut lui tirer dessus, dans la jambe"

Mais l’ancien soldat va plus loin. "Dans nos règles d’engagement, il est dit que le meneur de la manifestation, on peut tirer dessus – dans la jambe. (...) Personne ne remet ça en cause, ce sont les instructions de l’armée." Les soldats israéliens seraient formés pour tirer sur le leader d’une manifestation, même s’il ne porte pas d’arme ? "Oui", affirme Nadav Weiman.

"Ces gens qui manifestent côté Gaza ne sont pas une menace, poursuit-il. Vous pourriez les éloigner avec des balles en caoutchouc, plus de gaz lacrymogène... les forces israéliennes auraient bien d’autres possibilités."

Extrait de "Gaza, une jeunesse blessée", un reportage à voir dans "Envoyé spécial" le 11 octobre 2018.

Gaza, une jeunesse blessée

Alaa, 21 ans, rêvait de devenir le champion palestinien de cyclisme sur route. Mais le 30 mars 2018, une balle a emporté sa jambe droite et tous ses espoirs. Mohamad, 13 ans, aimerait devenir médecin. Lui aussi a été amputé, comme Atallah, 17 ans, et tant d’autres.

Tous ont perdu leur jambe sous les tirs des snipers israéliens lors d’une "marche du retour". Elles ont lieu chaque vendredi depuis six mois : des milliers de Gazaouis convergent vers les barbelés qui les séparent d’Israël. Chaque vendredi, elles se terminent dans le sang. Quel avenir pour ces jeunes amputés dans un territoire où tout manque, où les prothèses restent rudimentaires ?

Un reportage d’Yvan Martinet, Olivier Gardette et Mélanie Laporte.
La rédaction d’"Envoyé spécial" vous invite à commenter l’émission sur sa page Facebook ou sur Twitter avec le hashtag #EnvoyéSpécial.

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