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La Palestine intéresse-t-elle encore quelqu’un en 2019 ?

dimanche 13 janvier 2019

Selon l’ONU, les violences des colons israéliens à l’égard des Palestiniens ont atteint un niveau inédit l’an dernier.

L’appel des Nations unies (ONU) « à stopper immédiatement et complètement la colonisation en Cisjordanie et à Jérusalem-Est », lancé en décembre 2017, n’aura pas été entendu par Israël. L’Etat hébreu, en 2018, a continué à s’implanter toujours un peu plus en Palestine, sous forme d’avant-postes (zones plus ou moins illégales au regard du droit israélien) ou tout simplement de colonies. Les deux étant considérés comme contraires au droit international par l’ONU, qui n’opère ainsi aucune distinction en la matière.

« Plus grand nombre de morts »
En mai dernier, le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, a par exemple autorisé la construction de 1 958 nouveaux logements de colons, en territoires palestiniens occupés. Ceci quelques jours après l’inauguration polémique de la nouvelle ambassade américaine en Israël, déménagée de Tel-Aviv à Jérusalem. La décision du président américain, Donald Trump, de soutenir son allié israélien, qui souhaitait faire de la « ville sainte » sa nouvelle capitale, créant d’ailleurs de vives remous parmi la communauté palestinienne. Dans la bande de Gaza, notamment, des heurts entre habitants et forces de police avaient fait quelque 60 morts.

En 2018, d’ailleurs, selon les chiffres du Bureau des Nations unies pour les affaires humanitaires (OCHA), 295 Palestiniens ont été tués par les forces armées israéliennes, en Cisjordanie ou à Gaza, et près de 30 000 blessés. « Il s’agit du plus grand nombre de morts en un an depuis le conflit de Gaza en 2014 et du plus grand nombre de blessés enregistrés depuis que l’OCHA a commencé à documenter les victimes dans les territoires palestiniens occupés en 2005 », renseignait l’agence onusienne fin décembre dernier.

Environ 61 % des victimes (180 personnes) et 79 % des blessés (plus de 23 000) faisaient partie des manifestations de la « grande marche du retour » à Gaza, organisée tous les 15 mai pour commémorer la Nakba (« catastrophe » en arabe), l’exode palestinien consécutif à la création de l’Etat d’Israël en 1948. En 2018, pour les 70 ans de l’événement, les manifestations se sont toutefois étalées de mars à novembre et ont été particulièrement virulentes. Dans le verbe comme dans le geste.

Augmentation des incidents
Le 30 mars dernier, Yahya Sinwar, le chef du Hamas (parti islamiste au pouvoir à Gaza), déclarait ainsi que les manifestations se poursuivraient jusqu’à ce que la frontière disparaisse. Ce à quoi les autorités israéliennes avaient rétorqué qu’elles n’hésiteraient pas à ouvrir le feu en cas d’attroupement massif près de leur territoire. Les affrontements, étirés sur plusieurs mois, ont également fait quelque 14 morts et plus de 130 blessés parmi les soldats israéliens. Et 57 des Palestiniens tués, tout comme 7 000 blessés, avaient moins de 18 ans, précise l’OCHA…

Le 13 juin 2018, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté, à une large majorité, une résolution condamnant « l’usage excessif de la force par Israël contre les civils palestiniens » lors de cette marche. Ainsi que les tirs de roquettes de la bande de Gaza vers l’Etat hébreu, sans mentionner nommément le Hamas. Les Etats-Unis, seuls soutiens d’Israël au sein du Conseil de sécurité, tentant de leur côté de faire adopter un amendement condamnant les violences du parti islamiste – qu’ils considèrent comme terroriste. Mais sans succès. D’autres membres permanents, comme la France, pointant du doigt la « réponse inadéquate et disproportionnée » d’Israël.

Globalement, d’après l’OCHA, en 2018, les colons israéliens ont été particulièrement violents à l’égard des Palestiniens, puisque 265 incidents ont été répertoriés par l’agence, au cours desquels des personnes ont été tuées ou blessées et des biens endommagés – parmi lesquels près de 8 000 arbres et environ 540 véhicules… Soit une augmentation du nombre d’incidents de 69 % par rapport à 2017. Les colons ont par exemple démoli ou saisi 459 bâtiments palestiniens en Cisjordanie, principalement dans la zone C et à Jérusalem-Est, « essentiellement en raison du manque de permis de construire délivrés par Israël. Or, selon les Nations unies, il est presque impossible d’obtenir un permis de construire pour les Palestiniens », souligne l’OCHA.

« Système du veto »
Bien aidé par la présence et le soutien de Donald Trump – au tropisme ouvertement israélien – dans la région, Tel-Aviv a donc durci, ces derniers mois, sa politique à l’égard des Palestiniens. Et continue de militer contre la reconnaissance, à l’international, d’un Etat palestinien. En décembre dernier, alors que le ministre des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne, Riyad al-Maliki, indiquait que Ramallah présenterait une requête au Conseil de sécurité de l’ONU pour passer du statut d’Etat observateur à celui d’Etat membre des Nations unies, l’ambassadeur d’Israël à l’ONU, Danny Danon, s’était empressé de rétorquer : « Nous nous préparons à bloquer l’initiative. »

Et, pour rappel, depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche, en 2017, les colonies israéliennes ont grossi de plus de 14 000 logements, dont la construction a d’ores et déjà été approuvée par l’Etat hébreu. Ceci alors que, depuis plus de 70 ans – la création d’Israël remonte à 1948 -, les Nations unies et une partie de la communauté internationale condamnent fermement cet empiètement volontaire (et parfois violent) de la part de Tel-Aviv en territoires palestiniens. « Mais tant que le système du veto perdurera, au sein du Conseil de sécurité des Nations unies, aucune avancée ne sera possible », justifie Agnès Levallois, professeure à Sciences Po Paris et spécialiste du Moyen-Orient.

Le 23 décembre 2016, le Conseil de sécurité indiquait pourtant, dans sa résolution 2334 – la dernière sur le sujet à ce jour -, que « la création par Israël de colonies de peuplement dans le Territoire palestinien occupé depuis 1967, y compris Jérusalem-Est, n’a aucun fondement en droit et constitue une violation flagrante du droit international et un obstacle majeur à la réalisation de la solution des deux Etats et à l’instauration d’une paix globale, juste et durable ». Cette fameuse « solution des deux Etats » n’ayant jamais paru aussi lointaine qu’en 2018…

Stanislas Tain
Rédacteur en chef - le Monde Arabe