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Etre une femme en Palestine occupée

jeudi 31 janvier 2019

Les rapports sont nombreux qui décrivent les violations des droits des Palestiniens à cause de l’occupation israélienne. Droit à l’autodétermination, liberté de circuler, liberté d’expression, de rassemblement, droit à la santé, au travail décent… sont autant de droits humains quotidiennement violés par l’occupation israélienne. Mais plus rares sont les rapports qui mettent en lumière les violations subies par les femmes en Palestine occupée. Or si la violence de l’occupation touche tous les Palestiniens, elle a un impact encore plus fort sur les femmes. C’est pour pallier au manque d’information sur le sujet, et pour défendre les droits des femmes palestiniennes que le Women’s center for legal aid and counselling, plus connu sous son acronyme WCLAC, a été créé.

C’est dans le contexte plutôt agréable d’une visite de la vieille ville de Jérusalem que nous rencontrons Reem, employée de l’association palestinienne Women’s center for legal aid and counselling (WCLAC). Elle nous guide dans l’enchevêtrement des ruelles de la vieille ville, mêlant explications sur l’histoire de la ville et l’histoire de l’occupation, en mettant le focus sur la situation des femmes. Certains touristes l’oublient peut-être mais la vieille ville se situe à Jérusalem-Est, donc en territoire palestinien occupé. Et lorsqu’ils remontent la Via Dolorosa, ces mêmes touristes ne soupçonnent peut-être pas les violences subies par les familles palestiniennes qui habitent derrière les murs qu’ils longent.

Le poids d’être mère en Palestine occupée

Reem est accompagnée par deux femmes palestiniennes, volontaires de l’association, venues pour témoigner de leur quotidien à Jérusalem. Une d’elles nous convie pour un café à la fin de la visite. Toutes deux nous confient alors avoir un enfant en prison. C’est en écoutant leurs témoignages qu’on réalise le poids d’être mère en Palestine occupée. A Jérusalem en particulier, les enfants sont de plus en plus la cible d’arrestations arbitraires par la police israélienne. Sans cesse provoqués par les colons qui s’installent dans leur voisinage, les enfants peuvent être emmenés pour le moindre geste perçu comme menaçant pour les colons. Selon l’organisation Defense Children International (Palestine section), entre 500 et 700 enfants (de 12 à 17 ans) sont arrêtés chaque année par les forces d’occupation israéliennes. Les mères palestiniennes sont donc sans cesse inquiètes quand leurs enfants, en particulier leurs garçons, ne sont pas à la maison. La police israélienne impose également parfois des assignations à résidence aux enfants palestiniens. Les mères sont alors obligées de devenir des gardiennes de prison pour leurs propres enfants.

En les associant aux visites de la ville, l’association WCLAC encourage ces femmes à témoigner afin de donner une place plus importante à la voix des femmes palestiniennes.

Les femmes au cœur de la résistance

Les femmes ont une place centrale dans la société palestinienne. Même si elles ne sont pas absentes des prisons israéliennes, l’armée israélienne emprisonne généralement davantage les hommes. 51 femmes sont pour le moment emprisonnées sur un total de 5554 prisonniers palestiniens, selon l’organisation palestinienne Addameer. Depuis 1967, 40% des hommes palestiniens sont ainsi passés par les prisons israéliennes. Mais pendant que leurs maris, pères, fils, frères sont en prison, les femmes sont le pilier de la famille et plus largement de la société. Ainsi, pendant la première Intifada, à la fin des années ’80, les arrestations de jeunes Palestiniens étaient tellement nombreuses qu’elles ont mené les femmes à occuper une place plus importante dans le mouvement de résistance et dans la sphère politique palestiniennes.

Les féminicides en Palestine

WCLAC travaille aussi sur la problématique des féminicides en Palestine. En 2018, l’organisation a ainsi relevé 22 cas de crimes d’honneur à Gaza et en Cisjordanie. La violence que l’occupation israélienne impose à la société palestinienne se traduit parfois également en violence dans la sphère privée, une violence qui se rajoute en outre à des pratiques issues d’une tradition patriarcale encore très présente en Palestine.

Les conditions économiques catastrophiques dues à l’occupation amènent également davantage de violences vis-à-vis des femmes. Par exemple, certains hommes palestiniens multiplient les mariages pour pouvoir accroître leurs revenus en envoyant certaines de leurs femmes à l’usine, quand les autres restent à la maison pour élever les enfants. Dans la bande de Gaza, la détérioration catastrophique des conditions de vie due au blocus illégal imposé par Israël sur le territoire a entrainé une augmentation de la pauvreté et amène des hommes à pousser leur femme vers la prostitution. WCLAC relève qu’il s’agit d’un phénomène jamais vu auparavant.
Défendre les droits des femmes palestiniennes

On le voit, le travail de sensibilisation et de plaidoyer national de l’organisation WCLAC est essentiel pour faire entendre la voix des femmes palestiniennes. Il permet de faire progressivement changer les mentalités et les pratiques. L’organisation a ainsi réussi à faire changer l’article 308 du code pénal jordanien en vigueur en Palestine occupée suite à la tutelle jordanienne (1949-67) et qui permettait à un violeur d’épouser sa victime pour éviter les sanctions. En Jordanie, l’article 308 a été retiré du Code sur le statut personnel en 2017, mais restait en vigueur en Palestine occupée faute de fonctionnement du Conseil législatif pour les voter. Depuis la rupture entre Fatah et Hamas de 2007 à Gaza, le Conseil législatif palestinien n’a en effet plus tenu de session régulière, poussant le Président Abbas à légiférer par décrets présidentiels. L’absence de structure démocratique a donc ici un impact direct sur le droit des femmes. Les organisations de défense de droits humains comme WCLAC jouent donc aujourd’hui un rôle essentiel de contre-pouvoir face aux dérives autocratiques de l’Autorité palestinienne, des dérives qui impactent généralement davantage les femmes. Le plaidoyer mené au niveau national par WCLAC se fait également en coordination avec les autres organisations palestiniennes de défense des droits des femmes, au sein du secteur « femmes » du Palestinian NGO Network (PNGO), partenaire du CNCD-11.11.11.

A côté de ce travail au niveau national, WCLAC mène également un important travail de plaidoyer international pour les droits des femmes palestiniennes. L’organisation veille ainsi à l’intégration du genre dans les rapports internationaux sur les violations de droits humains en Palestine occupée.

Jusqu’aux Nations Unies !

L’organisation participe régulièrement aux réunions de la Commission sur le statut de la femme (CSW) mais travaille aussi avec d’autres instances, comme le Conseil des droits de l’Homme ou le Conseil de Sécurité. Le 25 octobre 2018, la directrice de WCLAC, Randa Siniora, a été la première femme palestinienne à être auditionnée par le Conseil de Sécurité. WCLAC soumet également régulièrement des rapports aux instances onusiennes de droits humains dont la Commission sur l’élimination de la discrimination envers les femmes (CEDAW). L’organisation a aussi souligné la particularité des atteintes aux droits des femmes palestiniennes dans le cadre de la Commission d’enquête sur Gaza mise en place en mai 2018 par le Conseil des droits de l’homme.
WCLAC est membre du réseau d’organisations de droits humains Euromedrights

. Via ses nombreux partenaires en Europe, l’organisation visite régulièrement les institutions européennes ou les instances onusiennes présentes à New York ou à Genève, afin d’y défendre les droits des femmes palestiniennes.

L’organisation WCLAC, elle-même portée en grande majorité par des femmes, abat donc un travail impressionnant pour porter et défendre la voix des femmes palestiniennes dans des enceintes où elles sont trop souvent oubliées. L’Opération 11.11.11 est un des moyens de soutenir leur action.

Source :

Le Centre national de coopération au développement

(Belge)