Palestine 13

Groupe local des Bouches-du-Rhône de l’AFPS

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Pourquoi nous manifestons chaque vendredi depuis 9 mois

dimanche 5 mai 2019

Plus de 200 Palestiniens ont été tués depuis le 30 mars 2018, début de la Grande marche du retour, à la clôture de séparation entre Gaza et Israël.

Les Palestiniens qui participent aux manifestations réclament le droit de retourner sur les terres situées de l’autre côté de la clôture d’où leurs familles ont été expulsées des décennies auparavant.

Deux Palestiniens de Gaza sur trois sont des réfugiés.

Les manifestants appellent également à la fin du blocus terrestre, maritime et aérien d’Israël sur Gaza, qui en est à sa douzième année et qui a plongé le territoire dans la misère et le désespoir.

Mohammed Zaanoun, membre du collectif photographique Activestills, documente la Grande Marche du Retour depuis le début.

Les manifestants lui racontent leur histoire et lui expliquent pourquoi ils reviennent à la frontière semaine après semaine, malgré la répression féroce d’Israël.

Husam, 25 ans, de Khan Younis, au sud de Gaza

Vendredi dernier, je m’étais peint le drapeau palestinien sur la figure et j’ai été frappé par une cartouche de gaz en plein dans le dos. J’ai été grièvement blessé et je me suis retrouvé à l’hôpital.

On me soigne maintenant à la maison. Je veux être sur pied au plus vite pour y retourner [à la manifestation] vendredi prochain.

Je sais que je risque de perdre la vie ou d’être blessé, mais j’y vais quand même. Je continuerai à y aller même si cela dure neuf ans, pas juste neuf mois.

Le pire vendredi de manifestation a été celui où une soixantaine de personnes ont été tuées par les soldats qui tiraient sur des jeunes au hasard, en visant la tête et les jambes. Ça a été une journée horrible. J’avais l’impression de vivre un cauchemar.

Le plus dur est que je n’ai pas pu sauver un de mes camarades qui avait été touché par un tireur d’élite israélien. Il a perdu tout son sang et il est mort. Je ne comprends pas comment ils peuvent tirer sur des gens désarmés !

Au bout de neuf mois de manifestations, la communauté internationale ne fait toujours rien. Nous avons besoin qu’elle se tienne à nos côtés et qu’elle mette un terme au massacre de jeunes sans armes par les forces d’occupation.

Ahmad, 24 ans, de la ville de Gaza

J’ai soif de stabilité mais l’occupation a tué tous mes rêves et toutes mes ambitions.

L’occupation n’est pas que physique, notre esprit aussi est colonisé.

Trouver un emploi ou une autre opportunité est un véritable défi.

Nous allons aux manifestations parce que c’est notre terre et que nous voulons voir nos droits respectés.

Mais nous faisons des progrès grâce à notre résistance et à notre persévérance dans la lutte pacifique de tout un peuple.

Beaucoup de mes amis ont été assassinés, ce sont des martyrs. Je continuerai à suivre leur exemple, même si tout est très difficile ici à Gaza.

J’ai été blessé plusieurs fois. Une fois par une cartouche de gaz lacrymogène et une autre fois par balle. Mais je suis retourné sur le terrain.

Shireen, 20 ans, d’al-Shujaiya, à l’est de la ville de Gaza

Je vais aux manifestations pour exprimer la colère qui est en moi. Nous sommes une petite nation assiégée de 360 kilomètres carrés ; nous vivons dans une grande prison.

L’une des pires choses qui m’est arrivée, c’est quand ma sœur a été blessée par balle. Je ne savais pas ce qui s’était passé, seulement qu’elle saignait beaucoup.

Les femmes sont la plus importante partie du mouvement populaire de résistance. Notre participation montre que notre force en tant que nation vient des deux sexes.

Je n’ai été confrontée à aucune difficulté ni à aucune critique de la part de qui que ce soit à Gaza. Au contraire, les hommes, nos familles et nos amis soutiennent entièrement notre participation à la lutte en tant que femmes.

Avec la Grande marche du retour, le monde a pris conscience que notre nation exige que ses droits soient respectés et que nous ne resterons pas silencieux.

Le monde devrait nous soutenir. Je veux vivre dans une société libre et développée, sans occupation, sans assassinats, sans destructions. Nous voulons la liberté et nous l’obtiendrons.

Ismail, 22 ans, du centre de Gaza

Je considère que c’est mon devoir de participer à la Marche du retour. Je le dois à ma patrie. Même si ça dure éternellement, je continuerai à y aller.

Mais je pense que nous allons bientôt atteindre nos objectifs malgré l’oppression et le siège. La Marche est une nouvelle façon de défendre nos droits qui déstabilise les forces d’occupation.

Les jeunes ne savent de quoi leur avenir sera fait. Je fais partie de la jeune génération qui voudrait avoir des perspectives d’avenir et des rêves comme les jeunes du monde entier. Nous sommes assiégés depuis l’âge de 11 ans. En grandissant, j’ai appris ce que cela signifie de ne pas pouvoir trouver un emploi ni même voyager.

J’ai été blessé à la tête par une cartouche de gaz et je me suis retrouvé à l’hôpital avec plusieurs de mes amis. Certains d’entre eux ont perdu un membre, d’autres ont été blessés par les gaz et d’autres encore ont reçu une balle explosive dans le ventre.

Je souhaite que la communauté internationale se range du côté de la justice et qu’elle nous soutienne. Nous sommes forts et nous avons besoin qu’elle soit à nos côtés.

Je voudrais me réveiller un matin dans une société ouverte sur le monde arabe et occidental et dominée par l’amour et la stabilité.

Mohammed, 20 ans, d’al-Shujaiya, à l’est de la ville de Gaza

Je viens d’une famille pauvre. Je ne peux pas faire d’études à cause de nos terribles conditions de vie et parce que mon père n’a pas les moyens de m’en payer.

Je me joins aux manifestations chaque semaine parce que je crois que nous devrions avoir le droit de retourner dans les maisons dont nous avons été chassés.

Je n’étais pas né au moment où mes grands-parents ont été chassés de chez eux. Mais aujourd’hui, je revendique le droit de retourner sur les terres de mes grands-parents.

Il n’y a pas d’avenir pour les jeunes à Gaza. C’est dur de voir ses camarades mourir, assassinés par des tireurs d’élite, pendant la Marche du retour.

Nous nous souvenons de leurs dernières paroles et cela nous encourage à persévérer. J’ai été blessé deux fois, dont une gravement, mais j’ai retrouvé des forces et j’ai rejoint la marche.

Nous ne demandons rien au reste du monde, juste de nous regarder changer notre réalité de nos propres mains. Nous avons besoin de liberté et de stabilité. Nous voulons vivre dans un pays libéré de l’occupation.

Aya, 21 ans, de la ville de Gaza

Je sais que je pourrais être tuée par des tireurs d’élite israéliens, mais si je reste chez moi, le siège va empirer et le monde entier nous oubliera.

Nous [les femmes] sommes aussi fortes que les hommes, et nous voulons participer au changement politique. Loin d’être critiquées pour notre engagement, nous avons reçu le soutien total de notre entourage.

Personne ne peut nous empêcher de participer aux manifestations.

Pendant la Marche du retour, on est témoin de beaucoup de choses terribles. Le jour le plus sanglant a été le 14 mai : c’était tragique, nous avons eu le cœur brisé en voyant les Israéliens tuer de sang-froid des jeunes gens.

J’ai été blessée à plusieurs reprises et je me suis rétablie et je suis revenue aux manifestions avec mes amis.

J’ai perdu des êtres chers mais nous suivons leur exemple et nous les retrouverons au paradis.

Nous avons envoyé un message fort au monde pour qu’il nous soutienne et fasse pression sur l’occupant pour qu’il cesse de nous opprimer. Nous continuerons à manifester tant que cela sera nécessaire.

Asma, 23 ans, de la ville de Gaza

Notre présence, à nous les femmes, a une influence historique dans la lutte contre l’occupation. Nous sommes partout présentes parce que nous sommes complètement engagées dans la lutte.

Oui, les femmes ont un rôle à jouer en politique et dans la résistance.

Les femmes et les hommes avancent côte à côte et il n’y a pas de différence dans la façon dont nous affrontons les soldats.

Je suis soutenue par ma famille, mes frères et mes amies et les hommes, loin de nous critiquer, nous soutiennent.

Nous avons eu beaucoup de morts, des martyrs, et beaucoup de blessés. Le monde se contente de condamner les massacres excessifs, ce qui n’est pas une bonne chose pour nous.

Le monde doit assumer ses responsabilités envers la Palestine et Gaza.

Je suis impatiente de vivre dans une société libre et progressiste dans laquelle les femmes sont égales aux hommes, comme dans la Marche du retour.

Aya, 21 ans, de la ville de Gaza

Je participe aux manifestations parce qu’il est de notre devoir de lutter pour nos droits, en tant que peuple palestinien, malgré les morts et les blessés.

Notre nation toute entière poursuit ce but.

Avichay Adraee [le porte-parole de l’armée israélienne qui a conseillé aux Palestiniennes sur Twitter de rester à la maison] ferait mieux de rester assis près de sa femme au lieu d’aller raconter des bêtises dans les médias.

J’ai vu tant de fois des enfants se faire tuer et des femmes, des médecins et des journalistes être pris pour cibles.

Ma sœur aînée a été grièvement blessée, mais Dieu merci, elle a survécu et elle est retournée aux manifestations. Les manifestations de la Marche de retour durent depuis longtemps, et elles ne cesseront pas.

Tout ce que je demande c’est que la communauté internationale mette fin à l’oppression de l’occupation et au meurtre de personnes innocentes et non armées.

Ce qui est difficile pour moi, c’est que mon avenir soit aussi sombre.

Je voudrais vivre dans une société qui ressemble aux sociétés arabes ou occidentales où il n’y a pas de guerres ni de meurtres, et où règnent la justice, l’égalité, l’amour et la paix.

Raghda, 18 ans, de la ville de Gaza

Vivre à Gaza signifie subir sans arrêt de longues coupures de courant et ne pas pouvoir faire ses devoirs, sans compter le fracas des explosions.

Je rêve d’être médecin pour sauver la vie des blessés.

J’affronte les Israéliens à la frontière et je n’ai pas peur de leurs armes.

Le monde doit faire quelque chose pour nous sauver la vie.

Hidaya, 39 ans, de la ville de Gaza

C’est notre droit de défendre notre terre.

Je suis consciente des dangers que j’encoure, mais si je reste à la maison, c’est encore plus dangereux pour nous.

Mon plus jeune fils a été grièvement blessé au ventre. J’ai demandé à Dieu de le garder en vie et je remercie Dieu qu’il aille bien maintenant et qu’il participe toujours à la Marche du retour.

J’ai été blessée deux fois et j’ai récupéré très rapidement.

Je m’attendais à ce que le monde extérieur fasse pression pour mettre fin à l’occupation, mais après que Trump a annoncé le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem, j’ai réalisé que la communauté internationale était complice des crimes contre les Palestiniens.

J’aimerais que les nations se réveillent de leur sommeil et s’opposent à l’occupation qui nous détruit.

Mon plus cher désir est que la Palestine soit libérée de l’occupation.

22 avril 2019 – The Electronic Intifada – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet