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Conflit Israël Palestine : "l’accord ultime de paix" de Trump part très mal

jeudi 27 juin 2019

“Une “condition préalable à la paix”. C’est par ces mots que Jared Kushner, gendre et haut conseiller de Donald Trump, a défendu ce mardi 25 juin en début de soirée le plan du président américain pour le Proche-Orient, à l’ouverture de la conférence économique de Bahreïn sur le conflit israélo-palestinien.

Car Donald Trump a promis LA solution pour le Proche-Orient, “l’accord ultime” qui réglera le conflit israélo-palestinien. Alors que le processus de paix est au point mort depuis cinq ans, il pense réussir là où tous ces prédécesseurs ont échoué.

Son gendre a été chargé de ce plan dont le volet économique, intitulé “De la paix à la prospérité”, est présenté ces mardi 25 et mercredi 26 juin dans la capitale de Bahreïn, Manama.

Interrogée par Le HuffPost, Elisabeth Marteu, docteure en sciences politiques, spécialiste du Proche-Orient, nous explique pourquoi ce plan part très mal.

Les Palestiniens n’ont pas été consultés

Un plan de paix concocté par les États-Unis, “c’est du jamais vu”, commence la chercheuse. “Jusqu’ici, les Américains ont toujours été dans un rôle de médiateur, ils faisaient la navette entre les délégations israélienne et palestinienne. Là, c’est complètement différent : Trump arrive avec ‘son’ plan de paix, et un plan pour lequel les Palestiniens n’ont pas été consultés.”

L’Autorité palestinienne a rompu tout contact avec les États-Unis depuis décembre 2017 et la reconnaissance par Washington de Jérusalem comme capitale d’Israël.

Et les Palestiniens ont décidé de boycotter cette rencontre, le premier ministre Mohammad Shtayyeh critiquant l’absence de toute mention faite à la fin de l’occupation israélienne. “Cet atelier économique n’a pas de sens”, a-t-il déclaré lundi lors d’une réunion du gouvernement. “Ce qu’Israël et les Etats-Unis essaient maintenant de faire, c’est simplement de normaliser leurs relations avec les Arabes aux dépens des Palestiniens”.

Trump a envoyé les pires signaux aux Palestiniens

La reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël est une de ses décisions parmi une série d’autres en défaveur de la Palestine. Depuis son arrivée à la Maison Blanche, Trump a transformé la traditionnelle politique d’appui à Israël en un soutien inconditionnel au gouvernement de Benjamin Netanyahu.

Son administration a coupé les aides aux Palestiniens, reconnu la souveraineté d’Israël sur le Golan syrien, défendu la colonisation israélienne en Cisjordanie et s’oppose à la solution des deux États. Autant de coups de canif dans les consensus internationaux sur la solution de paix au Proche-Orient.

Pour ne rien arranger au tableau, la fondation familiale de Jared Kushner, le chef d’orchestre de “l’accord ultime”, est pro-Netanyahu, pro-colonisation et elle a financé des colonies israéliennes, précise l’AFP.

La stratégie de Trump est bancale

“La stratégie de Trump, et c’est pour cela qu’il commence avec la présentation du volet économique de son plan, c’est de promettre un énorme effort d’investissements économiques en Palestine, en provenance majoritairement des pays arabes, pour faire avaler aux Palestiniens un plan de paix en leur défaveur”, explique Elisabeth Marteu.

En échange d’un accord, il fait miroiter un développement spectaculaire sur ce territoire confronté à une dure crise économique : 52% de chômage à Gaza, un déficit public critique, une croissance en dents-de-scie dépendante des aléas du conflit...

Mais la stratégie est bancale. Premier problème. Les Palestiniens ne sont pas du tout d’accord. “Les Palestiniens ne renonceront jamais à leurs aspirations à un État indépendant en échange de quelques milliards de dollars (...) Une telle conférence est condamnée à l’échec avant de commencer”, a averti le chef de la diplomatie palestinienne, Riyad Al-Malki, cité par l’AFP.

Deuxième problème. Les investisseurs ne sont pas très motivés. “Il y a déjà des efforts économiques en Palestine, des aides au développement, des investissements privés, des mécénats, des donateurs..., précise Elisabeth Marteu. Tout cela permet de maintenir à flot la Palestine, de faire survire la population mais pas plus. Parce que sans solution politique, tous les efforts économiques sont voués à l’échec. C’est un investissement à perte et les investisseurs le savent.”

La plupart des analystes rappellent que c’est la situation politique qui est à l’origine de la crise économique en Palestine. “L’économie palestinienne est contrainte par les restrictions découlant de l’occupation israélienne et les incertitudes liées au conflit israélo-palestinien”, analyse par exemple le Ministère français de l’économie. Pour la Banque mondiale, tant que cela perdure, “la situation économique restera intenable.”
Le plan est déjà contesté de partout

“Tout le monde conteste ce plan avant même qu’il soit dévoilé, les Palestiniens, les pays arabes et même certains Israéliens”, poursuit Elisabeth Marteu. Pour la conférence de Manama, Jared Kushner a peiné à trouver des invités.

Du côté des pays arabes, l’Arabie Saoudite, grande alliée des Etats-Unis, prévoyait d’envoyer son ministre de l’Economie et les Emirats, également proches de Washington, d’y dépêcher une délégation. L’Egypte et la Jordanie, seuls pays arabes à avoir signé un accord de paix avec Israël, avaient annoncé l’envoi de responsables de leur ministère des Finances.

Le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin, et la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) Christine Lagarde figuraient parmi les invités

Un responsable régional des Nations unies devait en outre être là, mais à reculons, prévenant qu’il n’y a “pas d’alternative à la solution à deux États”. Côté européen, pas de nouvelle. Les Chinois et les Russes ont aussi boycotté.

Les États-Unis s’attendaient au refus palestinien, souligne la spécialiste. “Cela faisait même partie de la stratégie. Pour les Américains, le coup d’après, c’est un changement à la tête de l’Autorité palestinienne, et ils espèrent que les Palestiniens se retourneront contre leurs chefs s’ils refusent de faire profiter la Palestine d’un super plan économique.”

Ce que les Américains n’attendaient pas, c’est l’opposition des autres pays. “Notamment, Trump était persuadé que MBS (le prince héritier d’Arabie saoudite) allait être complètement OK”, explique la politologue. Première erreur : “c’est encore son père, le roi Salmane, qui a la main sur la question palestinienne”. Et d’autre part, il a franchi des “lignes rouges” sur lesquelles l’Arabie saoudite est toujours restée ferme, comme la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël. “La diplomatie américaine ne connaît pas le dossier et n’a pas mesuré les lignes rouges.”
C’est le flou politique en Israël

En Israël, le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, n’a pas réussi à former une coalition à l’issue des législatives d’avril. Difficile dans ce contexte de négocier un plan de paix.

“Au final, l’élection israélienne est une bonne chose pour l’administration américaine parce que ça lui permet de raconter une histoire à la presse et de dire ‘on ne peut pas le faire maintenant, il y a une nouvelle élection’”, analyse David Makovsky, du think tank Washington Institute for Near East Policy, interrogé par l’AFP.

Après la présentation du volet économique, le volet politique - autrement plus délicat - sera donc annoncé “le moment venu”. Reste à savoir quand...

Quand le nouveau gouvernement israélien sera formé - possiblement à l’automne - et que les Etats-Unis se prépareront eux-mêmes à une élection présidentielle, le moment sera-t-il vraiment venu pour concrétiser la promesse de cet accord “ultime” très mal parti ?

Floriane Louison - Le HuffPost avec AFP


A lire aussi : l’excellent Édito du Monde

Palestine : un plan américain ni fait ni à faire

Cent trente-cinq pages sur le développement de la Palestine et, pas une seule fois, le terme " occupation ". Dans l’histoire des tentatives de règlement du conflit israélo-palestinien, un exercice diplomatique traditionnellement prodigue en évitements, chimères et autoaveuglement, le volet économique du plan de paix échafaudé par Jared Kushner, le gendre du président américain, Donald Trump, peut postuler au titre de chef-d’oeuvre.

Dévoilée à la veille de la conférence économique qui se tient, les 25 et 26 juin, à Bahreïn, cette initiative voit très grand : moyennant un investissement record de 50 milliards de dollars (44 milliards d’euros), issu du secteur privé et de différents pays donateurs, l’administration américaine prétend créer 1 million d’emplois, multiplier par deux le produit intérieur brut palestinien et réduire de moitié la pauvreté en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.

Mais le document élaboré par Jared Kushner, qui détaille les projets censés permettre d’atteindre ces nobles objectifs, est aussi alléchant de l’extérieur qu’affligeant à l’intérieur. Il débite tous les clichés de la novlangue développementaliste contemporaine - " libérer le potentiel économique ", " améliorer la gouvernance " - en faisant mine de croire que la Palestine est un pays comme un autre.

Le plan appelle à faire de la Cisjordanie et de Gaza un carrefour commercial, bien qu’aucun de ces territoires ne contrôle ses frontières et ne dispose d’un port ou d’un aéroport. Il promet la 5G aux Palestiniens, alors que ceux-ci viennent à peine d’obtenir la 3G, après douze années de tractations avec l’armée israélienne, qui a le monopole des fréquences dans les territoires occupés. Il les exhorte à mieux protéger la propriété privée, pour stimuler les investissements, en passant sous silence le fait qu’en Cisjordanie le principal risque pesant sur le foncier provient des colons juifs, maîtres en spoliation.

Galimatias hors-sol, hors histoire et hors réalité, directement inspiré d’une droite israélienne qui rejette le principe d’un Etat palestinien aux côtés de l’Etat hébreu, le document Kushner pousse l’incohérence jusqu’à incorporer, à titre d’illustration, des photos d’écoles de l’UNRWA, l’agence de l’ONU chargée des réfugiés palestiniens, et de projets financés par USAID, l’agence de développement américaine. Or, Washington a coupé tout crédit à la première et a ordonné à la seconde de cesser ses opérations dans les territoires palestiniens.

Jared Kushner qui, comme son beau-père, a fait fortune dans l’immobilier, répond à ses détracteurs qu’il pose un regard neuf sur un vieux conflit. Mais son plan, loin d’être novateur, est un pot-pourri d’idées pour la plupart préexistantes. Ces projets, qui ont souvent buté sur le carcan de l’occupation israélienne, semblent avoir été dépoussiérés et compilés à la va-vite pour les besoins de la conférence de Bahreïn.

La particularité de l’approche du trentenaire new-yorkais réside dans son mépris ostensible du droit à l’autodétermination des Palestiniens. Au principe de la terre contre la paix, socle de toute résolution du conflit, sauf à s’aventurer sur le terrain miné de l’Etat binational, il veut substituer le principe de l’argent contre la paix. Cinquante milliards de dollars en échange du renoncement des Palestiniens à un Etat digne de ce nom. Si le mot " occupation " n’apparaît pas dans le plan Kushner, c’est parce qu’il a vocation à la perpétuer.

Source : Le Monde



Ecouter :

Le coup de gueule de Dominique de Villepin contre le plan pour les Proche Orient