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Une guerre aux herbicides contre les agriculteurs de Gaza

samedi 7 septembre 2019

L’Etat d’Israël a causé pour un demi-milliard de dollars de dommages directs et indirects au secteur agricole durant son agression contre Gaza en 2014, détruisant des puits d’irrigation et des serres aussi bien que tuant du bétail. Il continue sa politique génocidaire par tous les moyens.

Les propagandistes de l’armée israélienne remettent ça.


Une vidéo récemment twittée par la COGAT, le bras bureaucratique de l’occupation militaire israélienne, se réjouit de ses efforts pour enseigner les fruits et légumes hybrides aux agriculteurs palestiniens de Cisjordanie.

Ce dont l’armée ne se vante pas dans sa courte vidéo enjouée, c’est de son empoisonnement méthodique des terres agricoles les plus fertiles de la bande de Gaza assiégée.

Depuis 2014, l’armée israélienne utilise des avions d’épandage pour pulvériser des herbicides le long de la frontière orientale de Gaza. Longtemps, elle a rasé des terres agricoles et résidentielles le long de la dite « zone tampon » afin d’augmenter le champ de vision de ses soldats.

La pulvérisation d’herbicides se fait, sans prévenir, au-dessus d’Israël, quand le vent pousse les toxines jusque dans la bande de Gaza.

En 2016, le ministère de la Défense israélien a reconnu une telle pratique dans une réponse à une demande d’accès à l’information.

« Il a confirmé que les substances pulvérisées contenaient bien trois herbicides », indique un nouveau rapport du groupe de recherche Forensic Architecture basé à Londres :

Ces trois herbicides sont, le glyphosate (nom de marque Roundup), l’oxyfluorfen (Oxygal), et le diuron (Diurex).

« Probablement cancérigène »

Le Roundup est fabriqué par Monsanto, lequel appartient à la société allemande Bayer, et il fait l’objet de poursuites aux États-Unis par des milliers de plaignants qui soutiennent que c’est ce désherbant qui a provoqué leur cancer.

Un organisme de recherche sur le cancer, financé par la Banque mondiale, classe le glyphosate comme « probablement cancérigène pour l’homme ».

L’utilisation des herbicides commerciaux par un occupant militaire, contre la population occupée, soulève la question de la responsabilité des entreprises qui fournissent ces produits, en application des Principes directeurs des Nations-Unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme.

Bayer fait partie d’un groupe industriel allemand qui gérait des camps de travail et fournissait des gaz toxiques pour les camps de la mort nazis durant l’Holocauste. Le directeur général de la société s’est excusé pour ces actes en 1995.

Près de 30 opérations de pulvérisation ont eu lieu le long de la frontière Gaza/Israël entre 2014 et 2018.

Le Forensic Architecture a simulé des opérations de pulvérisation, enregistrées sur vidéo, en combinant des variables environnementales clés avec « les caractéristiques du système de pulvérisation fixé sur l’avion ».

La simulation a indiqué que « des traînées de concentrations nocives d’herbicides avaient dérivé sur plus de 300 mètres à l’intérieur de Gaza » lors d’une pulvérisation le 5 avril 2017.

« Ceci semble indiquer que les cultures palestiniennes peuvent ainsi avoir été endommagées ».

Les images satellite suivant la pulvérisation révèlent une dégradation de la végétation dans la plus grande partie de la zone potentiellement touchée par la traînée d’herbicides.

Les agriculteurs ont signalé des dégâts sur 250 acres de récoltes après une pulvérisation dans le sud de la bande de Gaza en janvier 2018.

« Un an plus tard, en décembre 2018, nous avons recueilli des échantillons similaires de feuilles (endommagées), trois jours après une pulvérisation par l’armée, qui présentaient les dégâts caractéristiques d’un herbicide de contact », ajoute le rapport.

Le Forensic Architecture conclut que la pulvérisation par Israël d’herbicides dérivant à l’intérieur de la bande de Gaza « a des effets incontrôlables qui nuisent aux fermes palestiniennes à des centaines de mètres » de la frontière.

La pulvérisation israélienne « a créé une zone morte de bandes entières d’une terre autrefois arable ».

Des milliers d’acres endommagées

Selon le ministère de l’Agriculture de Gaza, quelque 3400 acres de terres agricoles ont été endommagées par les pulvérisations aériennes d’Israël.

En plus de leurs récoltes, les agriculteurs de Gaza ont perdu des engrais, de l’eau et du travail.

Les bêtes qui paissaient sur les terres touchées par la traînée d’herbicides sont mortes.

« Les produits chimiques utilisés pour les pulvérisations restent dans le sol pendant des mois et même des années, et ils peuvent avoir des conséquences négatives sur la santé des personnes qui consomment des récoltes contaminées et/ou inhalent l’herbicide », a déclaré l’an dernier le Comité international de la Croix-Rouge au journal israélien Haaretz.

Les autorités d’occupation ont rejeté une pétition déposée par des organisations de défense des droits de l’homme qui voulaient que soient indemnisés les agriculteurs de la bande de Gaza qui avaient subi des pertes suite aux pulvérisations.

« Cependant, en 2015, elles ont fourni une compensation à une ville agricole israélienne, Nahal Oz, proche de la zone tampon, après que les agriculteurs eurent intenté une action pour leurs pertes de récoltes après une pulvérisation », rapporte The Guardian.

La destruction de leurs récoltes à cause des pulvérisations d’herbicides n’est pas le seul obstacle israélien auquel sont confrontés les agriculteurs de Gaza.

Des agriculteurs sont tués, des exportations interdites

Israël a causé pour un demi-milliard de dollars de dommages directs et indirects au secteur agricole durant son agression contre Gaza en 2014, détruisant des puits d’irrigation et des serres aussi bien que tuant du bétail.

Des agriculteurs ont été tués par les forces israéliennes pendant qu’ils travaillaient leur terre. Pour un tiers, les terres agricoles de la bande de Gaza sont devenues dangereuses à cultiver parce qu’elles se trouvent dans une zone exposée d’Israël, mal définie, et qu’Israël fait respecter par des tirs à balles réelles.

Israël impose un blocus sur le territoire depuis 2007 et il s’oppose à l’exportation des produits de la bande de Gaza vers la Cisjordanie et Israël, qui sont traditionnellement les marchés les plus importants de la Bande.

Les autorités d’occupation ont également bloqué l’accès aux vaccins que les vétérinaires utilisent pour empêcher la propagation des maladies parmi le bétail.

L’agriculture n’est qu’un des secteurs productifs de la bande de Gaza qui se sont pratiquement figés au cours de la décennie passée de blocus israélien.

Gaza a maintenant le taux de chômage le plus élevé au monde. Sa population est devenue dépendante de l’aide humanitaire.

Israël a également pulvérisé des herbicides sur des cultures plantées par les communautés bédouines non reconnues par l’État.

En 2004, la Cour suprême d’Israël a accepté une requête déposée par des organisations de défense des droits de l’homme demandant l’arrêt des pulvérisations à cause du danger qu’elles représentaient pour la santé des personnes, de leurs animaux et de l’environnement.

La requête indiquait que l’étiquette apposée sur les récipients Roundup spécifiait : « Ne pas appliquer ce produit en utilisant un pulvérisateur aérien ».

Source : Médiapart/Maureen Clare Murphy – The Electronic Intifada – 23 juillet 2019 -Traduction JPP, pour Campagne BDS France Montpellier