Palestine 13

Groupe local des Bouches-du-Rhône de l’AFPS

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Entretien avec le diplomate palestinien, Hassan Balawi

samedi 20 décembre 2014

CONFERENCE DE HASSAN BALAWI, suivi d’un entretien avec Palestine 13.

Conférence organisée par Euromed Marseille le 15 décembre 2014.

Hassan Balawi est un des diplomates de l’Autorité Palestinienne à Bruxelles, en charge des relations bilatérales entre la Palestine et le Luxembourg et la Palestine et la Belgique. Il est également l’auteur de « Gaza : dans les coulisses du mouvement national palestinien. »

Hassan Balawi :

Depuis 1991 jusqu’à maintenant, le processus de paix et les négociations ont eu lieu sous l’égide des Américains. L’ONU était censée appliquer les Droits de l’Homme et est juridiquement et moralement responsable. Pourtant la résolution 181 de l’ONU a acté le plan de partage de la Palestine au détriment de la population locale. Aujourd’hui, les USA refusent dans le dossier palestinien que d’autres états, y compris l’Union Européenne, jouent un rôle autre que financier, ce qui signifie que la politique en est exclue mais les USA pratiquent le deux poids, deux mesures : ils ne sont pas neutres.
Le Mur annexe 60 % des territoires palestiniens et les négociations n’aboutissent pas. C’est pourquoi la Jordanie va demander la fin de l’occupation israélienne de la Palestine au Conseil de Sécurité de l’ONU. Si les USA mettent leur veto, alors la Palestine ira devant la Cour Pénale Internationale. 1

L’assassinat du ministre palestinien en charge du dossier des colonies et du mur d’annexion, le 10 décembre, a délivré deux messages : nul n’est à l’abri et Israël cherche à pousser les Palestiniens à la violence en s’attaquant aux manifestations pacifiques. Ce qui est démontré, c’est que les tentatives pacifiques ne servent à rien, la violence si, comme le prouve le rapt du soldat israélien Gilad Shalit dont la libération a permis la relaxe de plus de 1000 prisonniers palestiniens.
Il s’agit pour Israël de provoquer des attentats pour prouver à la communauté internationale qu’ils n’ont pas de partenaires palestiniens sérieux. En s’attaquant aux églises et aux mosquées, ils cherchent à faire apparaître le conflit comme religieux, et non pas politique. C’est un jeu dangereux car tout juif peut être pris pour cible. Un « état juif » signifie en clair que les Palestiniens pourraient un jour être expulsés et qu’ils ne sont là que de façon transitoire sur la « terre juive ».
Israël fait tout ce qui est en son pouvoir pour torpiller l’union nationale palestinienne. En 1988, pour affaiblir l’union nationale, Israël a soutenu le Hamas. Un des objectifs de l’offensive israélienne de cet été 2014 était bel et bien de mettre fin à l’union nationale élaborée en juin par le président Mahmoud Abbas.


L’association Palestine 13 a eu l’occasion de discuter avec Hassan Balawi lors d’un entretien privé.

Question de Palestine 13 : La résolution présentée par la Jordanie au Conseil de Sécurité de l’ONU le 17 décembre demande la fin de l’occupation israélienne en Cisjordanie. Mais n’est-ce pas illusoire, est-ce qu’une solution à deux états est encore possible, sachant qu’il existe à l’heure actuelle plus de 600 000 colons juifs en Cisjordanie ?

Hassan Balawi : Beaucoup de Palestiniens seraient en effet pour une solution à un seul état qu’on pourrait appeler Israël ou Palestine au choix. Mais laissez-moi vous raconter une anecdote.
En 2003, j’étais à Pau pour un colloque où se trouvait également Elie Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël en France. Quand la solution à un état unique a été mentionnée, j’ai dit ouvertement ceci : « Vous pouvez appeler la Cisjordanie Samarie et Judée si vous y tenez pourvu que vous nous laissiez vivre en paix et que les réfugiés palestiniens puissent rentrer chez eux. »
L’ambassadeur est sorti en claquant la porte.
Les Occidentaux qui mettent en avant la solution à un état unique, oublient ceci : Israël ne voudra jamais d’un état unique car ce serait l’abandon de facto de leur rêve d’un état juif. Comment croire que les Israéliens accepteraient d’intégrer 3 millions ou plus de Palestiniens au sein du grand Israël ?
Les Palestiniens seraient d’accord ; les Israéliens non.
Imaginez qu’un homme tombe amoureux d’une femme, il veut l’épouser. Sa famille est pour le mariage, lui aussi et il lui fait des demandes répétées mais la femme refuse. Alors à quoi bon parler sans fin de la robe de mariée qu’elle portera à un mariage qui de toute façon ne se fera pas ? Voilà, me semble-t-il, une bonne métaphore concernant l’impossibilité d’un seul état sur la Palestine historique.

P13 : Mais si ça continue comme ça, la solution à deux états est impossible. Est-ce qu’un état binational serait envisageable ?

H.B  : Là encore, un état binational comme la Belgique ou une confédération comme la Suisse ne peut exister que si les partenaires se respectent mutuellement et ont des droits égaux. Vous pensez que ça puisse être le cas ? Non. Même le Shin Beth, le service de renseignements israélien, arrive à la conclusion que toute la politique d’Israël mène à sa chute car la seule chose que veut Israël, c’est l’annexion de tous les territoires palestiniens sans les Palestiniens ! Le combat est donc de multiplier les pressions sur Israël. Nous n’avons pas de force militaire donc nous devons oeuvrer pour une reconnaissance de la Palestine, puis pour des sanctions envers l’occupation illégale. Déjà, un grand pas a été franchi quand l’Europe a reconnu que tout ce qui vient des colonies est illégal et qu’un étiquetage des produits israéliens a été fait. 136 pays dont la Suède dernièrement ont reconnu la Palestine. Israël est de plus en plus isolé sur la scène internationale. Les USA qui le soutiennent est fragilisé : avec leur veto au Conseil de Sécurité de l’ONU, ils se sont mis dans une situation délicate vis-à-vis des pays arabes.

P13 : Si la Palestine arrive à mettre fin à l’occupation israélienne, que fera-t-elle des 600 000 colons qui l’occupent ?

H.B : Des solutions existent. On pourrait éventuellement pratiquer un échange des colonies israéliennes près de la frontière contre des territoires équivalents dans la Palestine de 48. On pourrait aussi intégrer les Israéliens qui souhaitent rester en Cisjordanie, si toutefois ils acceptent de se conformer aux lois palestiniennes ! Aujourd’hui, les Palestiniens sont considérés par Netanyahou comme des résidents qui peuvent être expulsés. Donc il pousse à la sortie des Palestiniens. La seule solution en interne, c’est l’intensification de ce début d’unité nationale, un gouvernement d’entente qui ne serait ni Fatah, ni Hamas mais agréé par les deux partis. Ce n’est pas simple. Le Hamas ne croit pas en l’établissement d’un état palestinien. Il ne veut pas non plus d’élections. Mais le Hamas a une assise populaire ; le vote à Gaza en faveur du Hamas était un désaveu du Fatah. Un autre problème qui se pose est celui du sort des Palestiniens qui vivent dans les territoires de 48 et qui ont la nationalité israélienne. Ils veulent rester en Israël !

P13 : Mais comment la Palestine ferait-elle pour vivre sans continuité territoriale ?

H.B : Là encore, rien d’impossible. On peut imaginer une jonction entre les deux territoires distants tout au plus de 35 kms, un tunnel peut-être, ou une voie ferroviaire. Mais il faut compter aussi sur la situation historiquement unique de notre pays. Jérusalem est déjà une exception : c’est la seule ville au monde à être le berceau historique des trois grandes religions monothéistes. Donc peut-être que nos descendants en viendront-ils à imaginer une solution meilleure qu’un état unique ou binational ?
On peut en tout cas l’espérer !