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"Je suis une mère parmi des centaines d’autres, nous sommes toutes inquiètes pour nos enfants"

mercredi 16 décembre 2015

Cisjordanie occupée - 15 décembre 2015
"Je suis une mère parmi des centaines d’autres, nous sommes toutes inquiètes pour nos enfants" : l’incarcération systématique des enfants palestiniens


Les droits des enfants palestiniens à la survie, à la protection, à l’éducation, à la santé et au développement sont violés de façon dramatique par Israël depuis la première Intifada. Les enfants palestiniens sont sans défense contre la politique israélienne qui les vise comme de potentiels "terroristes" et continue de justifier et de légaliser un système dans lequel l’emprisonnement et la persécution d’enfants sont imposés sous couvert de lutte contre "le terrorisme".

Pour Israël, lancer des pierres est une infraction grave à la sécurité et l’une des accusations les plus courantes menant à l’arrestation des enfants palestiniens en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. au cours des deux derniers mois. La Commission des Prisonniers et des Prisonniers libérés a documenté que près de 400 enfants sont détenus actuellement dans les prisons d’Ofer, Hasharon et Megiddo. En outre, plusieurs enfants sont transférés à la nouvelle prison "Kevon" en raison de l’augmentation. Le directeur général adjoint des affaires juridiques de la Commission, Jamil Sa’deh, a affirmé, en se basant sur les visites actuelles, que "la situation y est terrible, la prison est surpeuplée, il n’y a pas assez de nourriture, de couvertures et d’eau chaude." Cette augmentation alarmante a également été signalée par Addameer (association de soutien aux prisonniers et de défense des droits de l’homme) qui a recensé 177 arrestations d’enfants en Cisjordanie et à Jérusalem dans le seul mois d’octobre 2015. Defence for Children International-Palestine (DCIP) a estimé qu’environ 700 jeunes palestiniens sont arrêtés chaque année et que trois sur quatre sont victimes de violences physiques (coups de poing et de pied, gifles et bousculade) lors de l’arrestation, du transfert ou de l’interrogatoire.

Le droit israélien et les prisonniers "de sécurité"

Selon Mohammad Mahmour, avocat d’Addameer qui a défendu 75 mineurs palestiniens de Jérusalem-Est, jeter des pierres est généralement associé à la conviction d’"atteinte à la police avec des circonstances aggravantes" et est donc défini comme une infraction "à la sécurité". Cela permet aux tribunaux israéliens de ne pas respecter leurs propres lois relatives aux mineurs délinquants, ni les conventions internationales relatives à la jeunesse ratifiées par Israël. Par exemple, la Commission des Prisonniers souligne que les enfants arrêtés ne voient leurs parents pour la première fois qu’aux audiences, où ces derniers n’ont pas le droit de les approcher. Même après une condamnation, d’après B’Tselem, l’accès de la famille à un enfant détenu est "extrêmement limité". Dans un rapport de 2011 : "No Minor Matter : Violation of the Rights of Palestinian Minors Arrested by Israël on Suspicion of Stone-Trowing", B’Tselem indique que 28 mineurs sur les 29 cas étudiés n’ont pas eu de visites de leurs familles.

Khalid Alshiekh (photo ci-dessous), 14 ans, de Beit Anan en Cisjordanie , a parlé de son arrestation qui a eu lieu le 24 décembre 2014. Khalid a accepté une négociation de plaidoyer (1) de 4 mois et a été libéré le 14 avril 2015. Il a dit : "L’armée nous a tendu une embuscade, ils se sont cachés, ils m’ont frappé à la tête et je me suis évanoui. Quand je me suis réveillé, j’étais menotté et j’avais les yeux bandés. Je pense que je suis resté comme ça pendant 12 heures, je pensais à mes parents, j’avais peur et la tête me faisait mal."

Les parents de Khalid n’ont pas été pas informés de l’arrestation de leur fils ; son père Hussam a dit : "Des gens m’ont dit que mon fils avait été arrêté. Je me suis arrangé pour aller au centre d’investigation "Bain Yamin" et j’ai attendu dehors en pleine nuit... Il était à l’intérieur et on m’empêchait de le voir ou de lui parler. J’ai attendu de toutes façons, puis je les ai vu l’emmener, il était menotté et avait des bleus sur le visage." De plus, Khalid a été diagnostiqué avec une anémie, le juge militaire a continué à refuser la requête de l’avocat d’autoriser Khalid à prendre son médicament malgré le certificat médical qui a été présenté à la cour.

Baker Awyes (photo ci-dessous), 17 ans, de Jérusalem Est, est en prison en ce moment et il attend sa condamnation, qui a été reportée de nombreuses fois, dit son avocat Mohammad Mahmoud. C’est la dixième fois que Baker est arrêté, il a été arrêté deux fois par an en moyenne depuis qu’il a 13 ans. Sa mère dit, "ils [l’armée israélienne] le connaissent très bien. Backer n’a eu aucune condamnation les neuf fois précédentes." Elle témoigne : "Je ne peux ni le voir ni lui parler. Je le vois de loin pendant les audiences. La dernière fois, j’ai essayé de m’approcher de lui juste pour lui dire d’être fort, un soldat m’a repoussée. Baker s’est énervé et je me suis vite retirée pour ne pas lui causer davantage de problèmes." Elle a continué : "Je suis une mère parmi des centaines d’autres, nous sommes toutes inquiètes pour nos enfants, et je prie jour et nuit pour qu’il soit en sécurité, j’ai peur."

Ahmad Mansara comme symbole

Pendant plusieurs années des groupes internationaux pour les droits de l’homme ainsi que des ONG palestiniennes et israéliennes et des experts des Nations Unies ont systématiquement condamné les mauvais traitements que les enfants palestiniens subissent pendant les arrestations, les interrogatoires et la détention. Human Rights Watch a conclu en juillet dernier dans son rapport que :

"Les forces de sécurité israéliennes ont utilisé une force excessive pour arrêter ou détenir des enfants palestiniens d’à peine 11 ans. Les forces de sécurité ont fait des clés d’étranglement à ces enfants, ils leur ont lancé dessus des grenades incapacitantes, ils les ont battus pendant qu’ils étaient en garde à vue, ils les ont menacés, ils les ont interrogés sans la présence de leurs parents ou d’avocats, et ils n’ont pas dit aux parents où ils se trouvaient."

Dans un rapport de 2013, l’UNICEG a confirmé que "les mauvais traitements des enfants qui entrent en contact avec le système de détention militaire semblent être généralisés, systématiques et institutionnalisés." Parallèlement, de nombreuses vidéos/photos et interviews ont enregistré les descriptions des enfants sur la manière dont ils ont été arrêtés, menottés, ils ont eu les yeux bandés, ils ont été battus et insultés pendant l’interrogatoire, sont disponibles en ligne. La dernière vidéo qui a été vue des milliers de fois est celle de l’interrogatoire de Ahmad Mansara (2), 13 ans, questionné par deux officiers israéliens sur une attaque à l’arme blanche présumée contre des colons israéliens. Les 10 minutes de vidéo montrent le stress psychologique dans lequel se trouvent les enfants détenus, Ahmad répétant constamment, "Je ne me souviens pas, je me souviens de rien. Pour l’amour de Dieu, croyez-moi."

Les parents des enfants palestiniens détenus considèrent la vidéo de l’interrogatoire de Ahmad Mansara comme un "symbole" de la façon dont les droits fondamentaux des enfants palestiniens continuent de se détériorer, en plus des répercussions psychologiques pour l’enfant détenu au niveau émotionnel, psychologique et social.

L’emprisonnement des enfants palestiniens : un fardeau financier pour les familles

Les avocats encouragent la plupart des enfants arrêtés à accepter un accord de "plaidoyer de marchandage" [en France, reconnaissance préalable de culpabilité, voir note 1] plutôt que d’encourir une peine de prison qui peut aller jusqu’à 20 ans. En outre, un nouveau projet de loi adopté en première lecture à la Knesset le mois dernier impose une peine minimale obligatoire de quatre ans d’emprisonnement pour jets de pierres, en plus de dépouiller les parents de l’enfant des prestations sociales.

Selon la Commission des Prisonniers, Addameer et B’Tselem, autour de 90% des mineurs condamnés pour des jets de pierre sont condamnés à une peine de prison. En plus des peines de prison ou des assignations à résidence, 95% des condamnations sont accompagnées d’amendes, dont certaines sont extrêmement élevées. Les familles des enfants palestiniens détenus sont obligées de payer les amendes en tant qu’indemnité punitive pour les dommages causés par les jets de pierre. Le montant varie entre 2000 et 5000 NIS (470-1180€). En outre, l’Autorité palestinienne a mis un terme à l’aide financière consacrée à l’aide des familles des détenus en janvier 2014 pour ne pas encourager les tribunaux israéliens à profiter financièrement des détenus palestiniens. Toutes les familles ne peuvent pas se permettre de payer ces amendes, certaines lancent des collectes de fonds auprès des camarades de classe, des voisins et des amis, tandis que ceux qui ont plus d’un enfant en prison contractent des prêts.

Um Faris, de Jérusalem Est, mère de quatre prisonniers, qui lutte pour payer les amendes imposées par les tribunaux israéliens, a dit : "L’année dernière, j’avais quatre fils en prison, Faris, Mohammad, Ali et Mahmoud, chacun a été condamné à de la prison et à une amende de 4000 NIS (950€). Je paie des versements mensuels de 200NIS (47€) pour chacun... c’est une période très difficile pour moi, je suis toujours inquiète pour l’avenir, mais hamdulilah ma situation est meilleure que d’autres, au moins ils sont en vie, d’autres ont perdu leurs enfants pour toujours."

(1) Dans le système judiciaire anglo-saxon, un plaidoyer de marchandage est un accord dans une affaire criminelle où le procureur accepte de réduire la peine qu’il requiert en échange de la reconnaissance par l’accusé de sa culpabilité ou de sa non-contestation (souvent en allocution).
En France, la procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité est inscrite depuis le 1er octobre 2004 dans la gamme des traitements judiciaires de la délinquance. Un avocat est obligatoire à la différence de la « composition pénale ». Cette procédure est parfois appelée « plaider coupable », bien que, d’après une circulaire du ministre de la justice, elle s’en distingue en ce que les procédures de plaider coupable des pays anglo-saxons font primer la reconnaissance de la culpabilité, et le marchandage sur les charges et les peines, sur la réalité des faits. (Source Wikipedia)

(2) Les premières images de cette vidéo, choquante dans son intégralité, montrent Ahmad Mansara à terre, blessé par une voiture israélienne qui vient de le renverser, et insulté par des passants israéliens.

(Les parents des enfants interviewés ont été consultés avant l’entretien. Sophia Harb a conduit les entretiens pour cet article de Reem Abd Ulhamid)
Source : Mondoweiss - Traduction : MR pour ISM Palestine


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