Le système carcéral en Israël et aux USA : racisme et profit pour le privé dans les deux cas !

dimanche 27 octobre 2019
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Cristina Maza compare pour AlJazeera les systèmes carcéraux israélien et étatsunien en leur trouvant deux points communs : un recrutement sur une base ethnique et une sous-traitance très rentable pour le privé !

Prenons l’exemple de Nidal Abu Aker, 51 ans, un Palestinien du camp de réfugiés de Dheisheh, près de Bethlehem, en Cisjordanie occupée, car il est tout à fait représentatif.

Il a passé 16 ans de sa vie dans les geôles israéliennes, souvent sans qu’aucune charge ne soit formulée contre lui. Et maintenant, c’est au tour de son fils Muhammad, agé de 24 ans, d’être incarceré

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C’est une nouvelle épreuve pour Abu Aker, qui doit se battre pour soutenir un être cher derrière les barreaux : "Nous dépensons 1200 shekels (environ 310 €) par mois pour ses besoins en prison. Il achète de la nourriture, de la soupe, de quoi se raser, des cigarettes. Cela représente beaucoup d’argent pour moi ". Le fardeau est lourd pour Abu Aker, d’autant qu’il fait partie des 31% de Palestiniens de Cisjordanie occupée qui sont au chômage.

Mais sans son soutien financier, son fils ne pourrait pas satisfaire ses besoins essentiels. Dans les prisons israéliennes, vous ne pouvez pas vivre sans argent parce qu’ils ne vous donnent pas de nourriture en quantité suffisante.
Israel a souvent recours à des « détentions administratives » pour incarcérer des gens pendant de longues périodes sans aucune charge. La majorité d’entre eux sont des Palestiniens des territoires occupés.

Les tribunaux militaires qui exercent leur juridiction sur la Cisjordanie ne s’en prennent qu’aux Palestiniens. Selon l’ONG Addameer, environ 40 % des Palestiniens de sexe masculin qui y résident ont été arrêtés au cours de leur vie.
Amit Gilutz, porte-parole de B’Tselem, Centre d’Information israélien sur les droits humains dans les territoires occupés, fait remarquer, tout comme le Parlement européen, que le recours à la détention dite "administrative" sert essentiellement à réprimer l’expression politique des Palestiniens.

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- Aux USA, où le taux d’incarcération est 5 à 10 fois plus élevé que dans les autres pays industrialisés, les Noirs, bien que minoritaires dans la population, y sont 6 fois plus nombreux, selon l’ONG the Sentencing Project.

Les avocats qui défendent les prisonniers ont remarqué une autre ressemblance frappante avec Israël : dans les deux pays, des compagnies privées tirent profit de l’incarcération.

Dès qu’un Palestinien est détenu, les factures commencent à s’additionner.

"En 2017, nous [Palestiniens] avons payé six millions de dollars aux tribunaux pour des frais de paperasse et d’amendes. Et ce n’est pas le seul endroit où nous devons payer » déclare Lana Ramadan, assistante juridique pour Addameer.

Et parce que la nourriture est mauvaise ou insuffisante en prison, nombre de Palestiniens emprisonnés doivent « cantiner ». Dans une étude de 2016, Addameer a noté que les prisonniers palestiniens se sont mis à acheter et préparer collectivement leur repas dans leur cellule du fait de la dégradation en quantité et en qualité de la nourriture fournie.

L’Autorité Palestinienne contribue à hauteur de 400 shekels par prisonnier, le reste (environ le double) doit être fourni par le détenu ou sa famille, qui subit déjà un impact économique du fait qu’un de ses membres ne peut plus travailler, étant emprisonné".

"Les tribunaux militaires peuvent vous infliger une amende allant jusqu’à 5000 shekels [1300 €]. Beaucoup demandent à rester en prison parce qu’ils ne peuvent pas payer l’amende.", indique Afnan Khalifa, avocat.

Miriam Shaheen, 46 ans, cuisinière à Hebron, a cinq fils entre 15 et 28 ans, qui ont tous passé du temps dans les prisons d’Israël. A chaque fois qu’un de ses fils est derrière les barreaux, elle dépense le quart de son salaire pour les frais de cantine : "Ils doivent payer quand ils sont détenus et ils paient une amende quand ils sortent."

- Dans les deux systèmes carcéraux des USA et d’Israël, les intérêts commerciaux sont omniprésents, depuis les infrastructures de sécurité et de communication, jusqu’aux cantines.

En 2013, l’association Who Profits, qui enquête sur l’implication d’entreprises privées dans l’occupation des territoires palestiniens, a identifié 22 entreprises profitant de l’incarcération de Palestiniens en Israel et en Palestine occupée.

En Israël, l’entreprise Dadash Hadarom Distribution gère la totalité des cantines depuis au moins 2009.
Et, selon une enquête menée par l’association Palestine Monitor en 2013, les prix pratiqués dans les prisons sont parfois « radicalement plus élevés » qu’à l’extérieur. Ainsi, dans la prison militaire d’Ofer, en Cisjordanie, deux livres de poulet coûtent 15,76 €, contre 5 € à Ramallah. Addameer a aussi repéré des différences selon les établissements pénitentiaires.
Dadash n’indique pas combien de profit il tire des cantines, lesquelles ont généré 30.68 millions d’euros de profits pour l’institution carcérale israélienne (IPS) entre 2009 et 2011, écrit Addameer.

- Plusieurs multinationales profitent également des deux systèmes carcéraux, israélien et états-unien.

En 2016, Siemens a obtenu un contrat de 38,6 millions de dollars pour des installations dans deux centres pénitentiaires du Kentucky. En Israel, il a collaboré avec Orad Group pour un système de "sécurité" dans les prisons.

Motorola fournit des logiciels de gestion pour les prisons états-uniennes tout en exploitant le travail des prisonniers. En 2015 et 2016, il a vendu à l’IPS israélien des services et des systèmes, notamment destinés à la prison militaire d’Ofer, pour une valeur de plus de 98 millions d’euros, selon Who Profits.

G4S, le géant britannique de la sécurité, fournissait notamment des équipements de surveillance électronique et des bracelets électroniques à la fois pour les prisons israéliennes et états-uniennes. Cette entreprise opère toujours aux USA et prodigue ses conseils dans plus de 100 pays. Mais en 2016, le fond d’investissements israélien FIMI a racheté la totalité de la branche israélienne de G4S. Le nouvel avatar de la compagnie, G1 Secure Solutions, continue à fournir des services de surveillance électronique pour les prisons en Israël et dans les territoires occupés."

(Traduit par Philippe G. pour CAPJPO-EuroPalestine)

Source : https://www.aljazeera.com/ajimpact/prison-systems-israel-common-190920142718509.html

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