Tribune du Pr. Gilbert Benhayoun : Israël, Palestine : Un seul État, deux États ?

samedi 4 juin

Israël a, depuis de longues années, décidé que, faute de solution acceptable au conflit qui l’oppose aux Palestiniens, il s’en tiendrait à la politique du statu quo, avec, dans l’esprit des dirigeants, de manière probablement inconsciente, cet aphorisme d’Henri Queuille, qu’« il n’est pas de problème dont l’absence de solution ne finisse par en venir à bout ». Cette formule laisse entendre que tout conflit, même le plus réfractaire, a une fin. Certes, mais laquelle ? Concernant le conflit entre Israéliens et Palestiniens la question aujourd’hui est de savoir comment il va se terminer. Va-t-il se résoudre par une solution à deux États ? Un État binational ? Une confédération entre Israël, et le futur État palestinien ? L’imagination n’est pas infinie, les scénarios envisageables sont, en nombre, limités.

L’idée de la solution à un État, de la Méditerranée au Jourdain, dans lequel Israéliens et Palestiniens bénéficieraient des mêmes droits a souvent été évoquée et rencontre un écho de plus en plus favorable auprès de la population palestinienne. Les partisans de cette solution estiment que la solution à deux États, perd chaque jour de sa pertinence, compte tenu du fait que la Ligne Verte -« frontière qui sépare Israël de la Cisjordanie »- s’estompe et que la population israélienne des implantations en Cisjordanie a de plus en plus tendance à se développer.

Un sondage effectué du 16 au 20 mars 2022 [1], auprès de la population palestinienne, montre que le soutien à une solution à deux États demeure le même qu’il y a trois mois, tandis que le soutien à une solution à un seul État, avec les mêmes droits pour les Israéliens et les Palestiniens s’accroît d’un tiers durant la même période. Le problème est que ce mouvement de la population palestinienne de plus en plus tentée par une solution à un État ne constitue pas une force politique organisée, car les dirigeants palestiniens eux-mêmes ne sont pas en faveur de cette solution. Ils se prononcent plutôt en faveur d’une solution à deux États indépendants. De plus, les réponses de Palestiniens en faveur d’un seul État ne sont pas exempt d’ambigüité, car la nature de l’État unique n’est pas spécifiée. S’agira-t-il d’un État laïc et démocratique ou d’un État religieux, comme le souhaiterait les partisans du Hamas ? En conséquence, ce mouvement en faveur de la solution à un État, se garde bien d’évoquer la question de la nature du futur État unique.

Par ailleurs, pour Leilah Farsakh [2], Palestinienne et professeur agrégé de sciences politiques à l’Université du Massachusetts à Boston, « l’activisme palestinien pour "l’État unique" semble plus soucieux d’affirmer les droits des Palestiniens et de garder la cause palestinienne visible, plutôt que de chercher à convertir les Israéliens à leur cause ». Elle a parfaitement conscience, et probablement avec elle, la majorité de la population palestinienne, que cette solution à un État unique rencontrera, non seulement l’opposition écrasante de l’opinion israélienne, mais aussi le manque de soutien international. Le soutien à la solution à un seul État traduit en fait « l’importance de redéfinir la lutte en termes de droits, et non simplement en termes d’État. » Elle ajoute que, lorsqu’il s’agit d’influencer la direction palestinienne, « les partisans d’un État espèrent que le volume de leur voix sera entendu, ou plutôt, attendent qu’une nouvelle direction émerge des cendres de la défaite de la direction palestinienne ».



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