Hébron en Cisjordanie est divisée en deux...

jeudi 13 juin 2019
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Hébron en Cisjordanie est divisée en deux depuis plus de vingt ans : la ville est à 80% sous contrôle palestinien - une zone appelée H1 - ; les 20% restants - H2 - sont surveillés par Israël.

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Dans ce dernier secteur, 40.000 Palestiniens vivent aux côtés de 800 colons israéliens protégés par 650 soldats de l’Etat hébreu.

Dans ce contexte, environ 4200 enfants palestiniens d’Hébron subissent contrôles, intimidations et harcèlement quand ils se rendent à l’école.

"Les soldats israéliens nous fouillent tout le temps"

Hébron est la seule ville palestinienne qui comporte des colonies et enclaves israéliennes. Des zones entières du secteur H2 contrôlé par les Israéliens font l’objet d’une interdiction ou de limitations de circulation pour protéger les colons.

Ancienne artère commerçante de la vieille ville, la majeure partie de la rue Shuhada, par exemple, est presque entièrement fermée aux Palestiniens, y compris aux habitants des maisons qui s’y trouvent encore.

Waed, 13 ans, a toujours vécu ici. En partant le matin pour l’école, elle ne sait pas quand et si elle arrivera sur place. "Quand je vais à l’école chaque matin, j’ai beaucoup de problèmes : il y a beaucoup de soldats par ici, ils nous fouillent tout le temps et j’arrive toujours en retard," explique-t-elle.

Waed fréquente l’école primaire Qurtuba. Nous ne sommes pas autorisés à filmer le poste de contrôle qui se trouve devant le portail. Une colonie israélienne se situe de l’autre côté de la rue.

"20% d’enfants sévèrement traumatisés"

Pour épauler ces élèves face à la pression qu’ils subissent, l’établissement bénéficie du programme "Better Learning" (apprendre mieux en français) financé par l’Union européenne et mené par le Conseil norvégien pour les réfugiés NRC.

Camilla Lodi représente l’organisation sur place : "Cette année, notre action concerne 80 écoles de Cisjordanie et dans celles où la situation est la plus difficile, nous rencontrons à peu près 20% d’enfants sévèrement traumatisés," précise-t-elle.

"Les résultats du programme sont prometteurs parce qu’en moyenne, deux tiers des enfants qui faisaient quatre cauchemars par semaine n’en font plus aucun aujourd’hui," affirme-t-elle.

Les exercices de relaxation auxquels ont été formés les enseignants permettent aux élèves de mieux se concentrer.

Relaxation et soutien

Le programme prévoit aussi des groupes d’apprentissage pour les enfants en difficulté et des séances de soutien pour ceux qui font des cauchemars en raison de leurs traumatismes.

"Quand j’ai commencé le programme," confie la jeune Waed, "j’ai appris à contrôler ma colère et à surmonter les difficultés. Et puis, maintenant, j’ai de meilleurs résultats scolaires."

Le service européen à l’aide humanitaire se mobilise à travers le monde pour garantir un accès à l’éducation, une mission délicate dans des secteurs comme Hébron.

Sa représentante locale Michelle Cicic nous répond dans un cimetière par lequel passent les élèves de Qurtuba pour éviter les check points.

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"L’ONU estime à 38.000 le nombre d’enfants exposés à des violences liées au conflit en zone C, le secteur contrôlé par les autorités israéliennes en territoire palestinien," dit-elle avant d’ajouter : "Dans la même zone, il y a une cinquantaine d’écoles qui restent menacées de destruction."

Notre journaliste Monica Pinna lui demande : "Pourquoi le soutien européen était-il nécessaire dans cette crise ?"

"L’Union européenne estime que l’éducation est un droit humain fondamental," rappelle Michelle Cicic, "mais son soutien s’explique aussi par l’impact que les atteintes à ce droit ont sur les enfants, sur leur accès sécurisé à l’éducation."

"Une attaque peut se produire à tout moment"

Les élèves qui vivent dans le secteur H2 d’Hébron vont à l’école et finissent les cours plus tôt pour limiter les rencontres avec les colons.

Waed fait une partie du chemin pour rentrer chez elle en marchant sur des murs et des toits.

Son père Zidane vit dans cette maison depuis des décennies. "La vie est difficile au quotidien," fait-il remarquer. "Une attaque peut se produire à tout moment : des fois, les colons utilisent du spray au poivre contre nous, ils essaient de nous foncer dessus avec leurs voitures... Ils visent aussi nos enfants," dénonce-t-il.

Arrestations d’enfants

Les arrestations de mineurs sont fréquentes à Hébron aux abords et à l’intérieur des écoles. Actuellement, plus de 200 enfants dont 21 originaires d’Hébron sont détenus dans des prisons israéliennes. Le plus jeune enfant interpellé l’an dernier avait six ans.

Ce que déplore notamment le directeur d’une ONG israëlienne B’Tselem, Hagai el-Ad. "Du point de vue israélien, les mineurs ne sont qu’une facette de la gestion de l’occupation," estime-t-il. "Les Palestiniens sont exposés dans tous les aspects de leur vie. Tout est soumis à des décisions arbitraires des Israéliens," renchérit-il.

Une scolarité sûre n’est pas encore garantie à Hébron.
Sur place, les enfants comme Waed grandissent en regardant les images de vidéo-surveillance plutôt que des dessins animés.


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