Territoires palestiniens. Bulldozers israéliens contre droit des Palestiniens

mercredi 30 octobre 2019
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Mercredi, 24 Juillet, 2019
Israël a détruit, lundi, des logements jugés illégaux au sud de Jérusalem, alors qu’ils sont sous l’administration de l’Autorité palestinienne. La communauté internationale condamne, mais n’agit pas.

Depuis lundi, les autorités israéliennes procèdent à la démolition de plusieurs immeubles à Wadi Houmous dans le village de Sur Baher, quartier résidentiel à cheval entre Jérusalem-Est et la Cisjordanie, territoires palestiniens occupés depuis 1967. Selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (Ocha), 10 bâtiments, dont la plupart sont encore en construction, sont concernés par l’opération israélienne de démolition. Un immeuble inachevé de huit étages a été partiellement détruit à l’explosif. Environ 350 personnes sont impactées et 17 autres seront déplacées, toujours selon l’Ocha. « Je veux mourir ici ! » criait un homme, après avoir été évacué de force.

A priori, malheureusement, rien de très nouveau, puisque, dans le cadre de sa politique de judaïsation de Jérusalem, Israël installe de force des colons dans la partie orientale, notamment dans les quartiers de Silwan et de Cheikh Jara’h, et refuse tout permis de construire aux familles palestiniennes, forcées de détruire elles-mêmes leurs maisons sous peine de devoir payer en plus l’utilisation des bulldozers par l’occupant.
Une opération « destinée à couper Jérusalem de Bethléem »

Ce qui se passe à Sur Baher est pourtant encore plus grave. Wadi Houmous a une situation administrative particulière : il se trouve à la fois dans les zones A, B, sous contrôle civil de l’Autorité palestinienne, et C, sous contrôle israélien comme défini par les accords d’Oslo. De plus, bien que considéré comme appartenant à la Cisjordanie, il se trouve du « bon » côté du mur de séparation construit par les Israéliens, c’est-à-dire que les habitants peuvent se rendre sans entrave à Jérusalem même. Ce que les Palestiniens considèrent comme un « mur de l’apartheid », constitué de barbelés, de clôtures électroniques et de blocs de béton atteignant jusqu’à neuf mètres de haut, est jugé illégal par la Cour internationale de justice et doit s’étendre sur 712 kilomètres. Son tracé se trouve à 85 % en Cisjordanie occupée et isole 9,4 % du territoire palestinien, selon les cartes de l’ONU.

Israël affirme maintenant que les immeubles visés ont été construits trop près du mur (sic). Les Palestiniens accusent de leur côté Tel-Aviv d’utiliser la sécurité comme prétexte pour les contraindre à abandonner la zone, ce qui semble totalement en adéquation avec les plans ­israéliens d’expulsion, voire de nettoyage ethnique dans le cadre d’une reconfiguration de la Cisjordanie (notamment l’annexion de la zone C) et de Jérusalem-Est. Le président palestinien, Mahmoud Abbas, a condamné ces démolitions comme « une dangereuse escalade contre le peuple palestinien sans défense ». Pour sa part, le ministre palestinien chargé de la surveillance des colonies israéliennes, Walid Assaf, dénonce une opération « destinée à couper Jérusalem de Bethléem », dans le sud de la Cisjordanie.

Une vingtaine de diplomates, pour la plupart de pays européens, se sont bien rendus, le 16 juillet, dans le quartier touché, où des responsables palestiniens les avaient appelés à empêcher Israël de démolir ces habitations. Mais, visiblement, Benyamin Netanyahou et son gouvernement considèrent que les lois internationales n’existent que pour les autres pays (notamment l’Iran), tout comme les mesures coercitives. La question se pose pourtant avec acuité. À quoi sert, pour l’ONU, de déclarer que « la politique d’Israël de détruire une propriété palestinienne n’est pas compatible avec ses obligations au regard du droit humanitaire international », si rien n’est fait pour l’y contraindre ? Que vaut l’injonction de l’Union européenne à Israël d’« arrêter immédiatement les démolitions en cours », estimant que la politique israélienne « affaiblit la viabilité de la solution à deux États et les perspectives d’une paix durable », si elle ne se donne pas les moyens de faire cesser ce déni du droit du peuple palestinien ? Que vaut l’action de la France qui « condamne » ces démolitions, quand Emmanuel Macron reçoit en grande pompe Benyamin Netanyahou, et Anne Hidalgo, le maire israélien de la Jérusalem occupée ? Seuls des actes forts, politiques et économiques, comme la suspension de l’accord UE-Israël ou le développement de la campagne BDS, seront à même de faire plier le gouvernement israélien.
Pierre Barbancey