Zone de sécurité temporaire une exposition d’Anne-marie FILAIRE à découvrir au MUCEM

dimanche 23 avril 2017
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Le MUCEM présente des photographies d’Anne-Marie Filaire :Zone de sécurité temporaire
au Fort Saint-Jean – Bâtiment Georges Henri Rivière | Du samedi 4 mars 2017 au lundi 29 mai 2017 de 10h à 18h (fermé le mardi)

La possibilité des images

"Anne-Marie Filaire construit depuis plus de vingt ans une œuvre dense, engagée, rigoureuse, monumentale. Ses premières séries réalisées en terre maternelle auvergnate dans les années 90 l’ouvrent à la question du paysage et l’emmènent vers une quête personnelle et photographique au long cours.

Dès 1999, elle se tourne vers les territoires du Proche-Orient et de l’Afrique de l’Est. Israël-Palestine, Liban, Erythrée, Yémen seront pendant plus de dix ans le terrain de ses investigations. Dans ce déplacement vers les zones les plus éloignées, elle déploie son regard face à l’immensité universelle de territoires chargés d’histoire. Attentive aux cicatrices d’un temps infini qui a fait ravage, elle prélève les signes en quête d’indices inscrits en creux. Les images manquantes qu’elle rapporte nous interpellent sur la possibilité de représenter des espaces irreprésentables, frontières, zones de contact et de séparation, entre-deux dont elle livre la mémoire et la trace.

Mais comment rendre compte de la réalité d’un paysage, lorsqu’il est malmené par les soubresauts de guerres identitaires, territoriales, économiques interminables ? Comment appréhender les stigmates du passé face à une histoire contemporaine en train de s’écrire ?

Anne-Marie Filaire n’est pas seulement observatrice des territoires qui la préoccupent. Engagée dans un travail de terrain, sans jamais renoncer face aux risques qu’engage une telle entreprise, elle fait naitre de cette expérience dans la limite sa relation intime au paysage. Par le dispositif même de la prise de vue, la position et la rigueur qu’elle impose à ses images, le regard se construit dans toute sa sévérité et sa vérité.

Dans ce mouvement permanent entre le temps et l’espace, entre l’Histoire et le présent, bruit une sourde violence. Loin de l’instant aveuglant des conflits, les horizons lointains rencontrent l’enfermement de situations politiques inextricables.

Anne-Marie Filaire nous offre dès lors sa propre monnaie d’échange. Celle de la possibilité des images, et en cela une possibilité d’existence à des territoires invisibles."
Fannie Escoulen, commissaire de l’exposition

"Mon expérience dans le paysage a commencé au début des années 90 en Auvergne. J’ai été engagée par la suite dans une grande mission que mettait en place le ministère de l’Environnement depuis 1992 : un Observatoire photographique du paysage, dont le but (la visée documentaire) était d’enregistrer l’évolution des paysages dans le temps, et de constituer un fonds d’archives sur le territoire national. J’ai déplacé cette démarche d’observation et de documentation de façon informelle dans un Moyen-Orient et une Mer Rouge chahutés par l’histoire et la violence."
Anne-Marie Filaire


L’interview d’Anne-Marie Filaire

Mucem : En quoi votre travail diffère-t-il de celui d’un photojournaliste ou d’un reporter de guerre ?

Anne-Marie Filaire : Je n’allais pas chercher des situations de pays en guerre, j’allais voir des paysages, des pays désertiques qui me parlaient, qui semblaient répondre à des questions que je me posais sur le sens que j’avais donné à ma vie. Une sorte de page blanche pour comprendre en dehors des personnes, des conflits, de tout ce qui m’embarrassait. Je suis artiste et j’évolue parfois sur le même terrain que les médias—des zones en situation de guerre—, mais je ne travaille pas dans le même temps, je m’installe dans la durée alors que les journalistes relaient l’information de façon immédiate. Je n’ai pas d’obligation de restitution. Si la démarche est différente, c’est pourtant la presse, Libération, qui a relayé en premier mes travaux, c’est la dimension politique qui les a intéressés. Avant d’aller sur le terrain, il y a du travail, des préparatifs, et les images que je réalise sont extrêmement construites. La lumière et la violence sont la beauté que je suis venue chercher.
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Mucem : De la beauté… dans ces lieux hostiles ?

Anne-Marie Filaire : Si la beauté exorcise la violence, c’est ça que j’ai voulu photographier. Le temps est un aspect fondamental de votre travail. On le voit, notamment, dans la série réalisée entre 2004 et 2007 à Jérusalem…
Lors de la construction du mur à Jérusalem, je suis venue sur place régulièrement, pendant trois ans, pour faire des relevés de terrain, photographier les lieux de façon récurrente, et documenter cette période où l’espace s’est fermé. Je me suis installée dans le temps. Pour rappel, ce travail technique d’observation, je le faisais déjà pour la Mission de l’Observatoire photographique du paysage en France. La construction du mur représentait bien la mesure de la souffrance, d’une marque indélébile.

Mucem : Pourquoi cette fascination pour les frontières ?

Anne-Marie Filaire : La frontière c’est savoir ce qui m’appartient, ce qui ne m’appartient pas, là où est ma place et là où elle ne l’est pas.

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source : Mucem

Voir aussi, une présentation de l’exposition dans Libération