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Leïla Shahid, Michel Warschawski et Julien Salingue évoquent Shimon Peres

jeudi 29 septembre 2016

Porte-parole de l’Autorité palestinienne en France, puis ambassadrice de la Palestine auprès de l’Union européenne, Leïla Shahid a très bien suivi les accords d’Oslo. Elle continue de militer pour la cause palestinienne et est connue pour son franc parler.


Shimon Peres est assez unanimement salué comme un homme de paix. Est-ce l’image que vous gardez ? Après la mort de Rabin, n’a-t-il pas davantage pensé à sa carrière qu’à la paix ?

Pour les Palestiniens - et c’est une question de perception -nous sommes profondément déçus de la contradiction entre les propos et la pratique réelle. Peres est évidemment à l’origine des accords d’Oslo mais il a été plus préoccupé par sa carrière politique que la paix réelle. Non seulement il n’a pas suivi Rabin dans son pari remarquable pour la paix mais il s’est ensuite allié à Sharon après l’assassinat de Rabin. J’ai eu l’occasion de l’approcher à Paris en tant qu’ambassadrice de l’Autorité palestinienne et lui ai demandé : Monsieur le Premier ministre, comment pouvez-vous cautionner Ariel Sharon alors qu’il profère partout qu’il va détruire Oslo ? Il m’a répondu : vous n’avez rien compris Leïla, je vais le changer de l’intérieur. L’histoire a montré que celui qui a changé l’autre, c’est bien Sharon.

Un manipulateur-manipulé qui a finalement quitté le parti Travailliste où il était un militant historique pour intégrer Kadima, parti créé par Ariel Sharon qui avait quitté le Likoud ?

Son talon d’Achille était son amour du pouvoir. Il était l’antithèse de Rabin qui était timide, pas bon parleur. Ancien général de l’armée il était foncièrement honnête et pas baratineur. Bien plus honnête qu’un Peres qui effectivement rallie Kadima, un mouvement flou entre le Likoud et les travaillistes, entre droite et gauche…

Mais la raison pour laquelle il est adulé aujourd’hui est que, cosmopolite, accepté partout en occident, il a réussi à faire aimer Israël. Ce que Netanyahou est bien incapable de faire. Ce que tout le monde voudrait pourtant. Y compris nous, les Palestiniens, nous voudrions aimer un Israël ouvert, tolérant… Mais la réalité est que Netanyahou remet la possibilité d’une paix à un siècle.

Que dites-vous donc aujourd’hui ?

L’honnêteté militante exige que nous participions à la litanie… de loin. Et surtout que l’on se demande pourquoi on en est arrivé là aujourd’hui. Une des raisons est Shimon Peres. Si en 1996, il avait accepté d’être un homme d’opposition et de rallier les militants israéliens qui prônaient les deux états, on n’en serait pas là.

Au lieu de cela, il a préféré rallier Sharon qui revendiquait clairement la destruction d’Oslo en créant assez de colonies pour empêcher sur le terrain la création d’un état. Et c’est précisément là qu’on en est aujourd’hui.

Réalisé par Angélique Schaller
La Marseillaise - édition du 29 septembre 2016


et aussi dans Politis

Shimon Peres : « Un infatigable intrigant »
par Michel Warschawski, Politis.fr, le 28 septembre 2016
http://www.politis.fr/articles/2016/09/shimon-peres-un-infatigable-intrigant-35449/

Journaliste et militant pacifiste israélien, Michel Warschawski, rétablit ici quelques vérités sur Shimon Peres, qui vient de mourir à 93 ans.

Le monde entier le célèbre, et on parle de lui comme d’un saint ou, pour le moins, un autre Nelson Mandela. Shimon Peres, qui vient de mourir à 93 ans, aura occupé la scène politique jusqu’au bout. Cette obstination à rester, envers et contre tout et tous, c’est la quintessence de la vie de l’ancien président de l’État d’Israël. Envers et contre tous, car pendant un demi-siècle, Peres a été le mal-aimé de la politique d’Israël. « Comment la punaise est arrivée au sommet ? », chantait-on déjà dans les années soixante, exprimant le mépris des élites israéliennes envers celui qui ne faisait pas partie du sérail. D’ailleurs, jusqu’à aujourd’hui son accent trahit son extériorité, sa différence avec ceux qui ont façonné l’État hébreu à leur sale image.

Shimon Persky – c’était son nom avant qu’il prenne celui de Peres, qui signifie « vautour » – est né dans une famille bourgeoise d’origine polonaise. Il n’a pas grandi au Kibboutz ni participé aux aventures guerrières des commandos du Palmach. Alors que ses camarades de promotion faisaient la guerre, détruisaient la Palestine et expulsaient une grande partie de sa population, Peres était envoyé par Ben Gourion en Europe pour y acheter des armes pour les forces armées du nouvel État Juif. Dans la jeune élite israélienne, Peres a toujours fait figure d’outsider.

Europe, armes : comme directeur général du ministère de la Défense, Shimon Peres a excellé dans les deux. Il a su se faire apprécier des dirigeants européens, socialistes en particulier, et il a transformé l’armée israélienne d’une milice indisciplinée en une grande armée moderne. C’est d’ailleurs grâce à ses liens étroits avec le Parti Socialiste de Guy Mollet qu’il a pu faire de l’État d’Israël une puissance militaire, symbolisée par les Mirages des entreprises Dassault et leurs performances, en Juin 1967, pendant la guerre des Six jours. Symbolisée aussi par le nucléaire qu’il a obtenu de la France (Guy Mollet, encore lui) avant que De Gaulle ne mette fin a l’obscène histoire d’amour entre les deux pays.

Disons-le clairement, Peres n’a pas volé l’image négative qui l’a accompagné tout au long de sa carrière : aucun politicien israélien n’a su être aussi opportuniste que lui, et faire de la trahison un art. « Infatigable intrigant », c’est ainsi que le décrit dans ses mémoires Yitzhak Rabin, qui l’a côtoyé pendant de longues années a la tête du parti travailliste. Il a même trahi son mentor David Ben Gourion, quand il décidait de quitter le parti Rafi, réalisant que, malgré l’aura de son chef, cette formation dont il avait été à l’initiative, se révélait incapable de mettre fin à l’hégémonie travailliste. Ayant repris sa place à la direction travailliste, il quitte à nouveau ce parti pour le Qadima d’Ariel Sharon, qu’il abandonnera dès qu’il a senti le naufrage proche.

Mais sa plus grande trahison a, sans aucun doute, été le sabotage du processus d’Oslo. Or, ce sont Shimon Peres et les Peres-boys (Yossi Beilin en particulier) qui ont négocié la Déclaration de principes d’Oslo, et forcé la main du Premier ministre, Yitzhak Rabin, pour qu’il ratifie ce qui devait être le début d’une réconciliation palestino-israélienne. Quand Yigal Amir, influencé par les appels au meurtre de Benjamin Netanyahou, d’Ariel Sharon et des rabbins du Goush Emounim, assassine Yitzhak Rabin, Peres devient premier ministre intérimaire.

La droite est, un court instant, tétanisée par la conséquence sanglante de sa politique, et la majorité du peuple israélien est en colère. C’est le moment de poursuivre avec détermination ce qu’avait commencé Rabin. Peres fait exactement le contraire : n’ayant pas le courage de confronter ceux qui en tuant le premier ministre voulaient définitivement mettre fin au dit processus de paix, il déclare le gel des négociations pour mettre en place la réconciliation nationale. Ce faisant, il trahit Rabin, une fois de plus, et met définitivement fin au processus de paix, provoque la colère des Palestiniens qui s’étaient investis dans un processus qui faisait pourtant la part belle aux colons, et ouvre ainsi une période d’attentats sanglants qui ramènera la droite au pouvoir, pour y rester depuis lors.

Shimon Peres est le seul politicien israélien de premier plan qui n’a jamais été élu par le peuple, gagnant ses galons de ministre des Affaires étrangères, de ministre de la Défense, de premier ministre et, finalement, de président de l’État, dans des batailles d’appareil. « Moi, un looser ? », s’exclame-t-il un jour devant son parti. Oui, Peres était un perdant récurant chaque fois qu’il soumettait sa candidature aux choix des électeurs, que ce soit le peuple ou les élus. Quand il s’est présenté pour la première fois au poste de président de l’État, il a même réussi à se faire battre par Moche Katzav, un insignifiant député du Likoud, aujourd’hui en prison pour viol… Grand politique ? Disons plutôt que Peres était un politicard de la quatrième République, qui a su faire du mensonge un art, et excellait dans les manœuvres. Ce qui explique en partie pourquoi il n’était pas aimé par le peuple. S’il ne bégayait pas comme Levy Eshkol ou Yitshak Rabin, Peres n’a jamais été un grand orateur, comme l’ont été Menahem Begin ou, aujourd’hui, Benjamin Netanyahou.

Peres avait deux passions : la politique, bien sûr, et la lecture, qui faisait de lui un oiseau rare dans le paysage politique israélien où les politiques se contentent de parcourir la presse quotidienne pour évaluer leur degré de popularité. Il avait peu d’amis, mais la chance d’être entouré par deux femmes remarquables : son épouse Sonia et sa fille Tsvia Walden, infatigable militante pour les droits de l’homme et pour la réconciliation avec les Palestiniens.

Les media locaux et internationaux font déjà le bilan de l’action politique de Shimon Peres : comme directeur général du ministère de la Défense, dans les années soixante, il est non seulement à l’origine du nucléaire israélien, mais de la transformation de Tsahal en armée moderne et performante. Peu d’hommages par contre ne mentionneront le massacre de Kana au Liban en 1996, préférant s’étendre sur le prix Nobel de la paix, reçu pour son rôle dans les accords d’Oslo… qu’il sabotera trois ans plus tard.

À son crédit, on doit reconnaitre que la biographie de Peres n’est pas entachée d’affaires de corruption, de viols ou d’harcèlements sexuels, ce qui tranche nettement avec la classe politique israélienne d’aujourd’hui. Cela dit, et en dépit des couronnes de laurier qu’on lui tresse aux quatre coins du monde, l’ancien président de l’État d’Israël n’aura pas été un grand politique, mais un politicard manipulateur, devenu un des grand maîtres de notre temps dans l’art du mensonge et de la trahison.

Michel Warschawski


et sur le site ORIENT XXI

Shimon Pérès est mort mercredi 28 septembre 2016. Retour sur soixante années de la carrière politique contrastée de celui qui fut à la fois l’artisan de « l’ambiguïté délibérée » du nucléaire israélien, l’un des acteurs de la politique de colonisation, des accords d’Oslo comme de leur échec, et le lauréat du prix Nobel de la paix.

C’est un véritable mystère dans la vie politique israélienne : on a autant aimé Shimon Pérès à l’étranger qu’on l’a détesté à l’intérieur, au moins jusqu’à son élection à la présidence d’Israël en 2007. Son prix Nobel de la paix (1994) pèse évidemment lourd dans cette belle image internationale. Cependant les médias qui l’encensent oublient que cette distinction est inséparable de celle reçue par Yitzhak Rabin et Yasser Arafat : l’académie suédoise a récompensé, un an après, les accords d’Oslo plutôt que leurs pères. S’il a participé à l’élaboration de la première paix israélo-palestinienne, Shimon Pérès a joué un rôle non moins certain dans son avortement, notamment en poursuivant la politique de colonisation.
Les « années Oslo »

Le 4 novembre 1995, Yigal Amir, un jeune ultra-orthodoxe d’extrême droite assassine Yitzhak Rabin, à l’issue d’un rassemblement de masse pour la paix, place des Rois d’Israël à Tel-Aviv. Le tueur a laissé passer Pérès, parti quelques instants avant le premier ministre.

Après la mort de Rabin, Pérès, qui a alors 72 ans, le remplace jusqu’aux élections du 29 mai 1996. Les sondages lui prédisent alors des dizaines de points d’avance sur le candidat de la droite. Mais il se laisse entraîner par deux fois dans une escalade qui compromettra ses chances électorales. L’assassinat de Yahia Ayache, « l’artificier du Hamas », le 5 janvier 1996 — en pleine trêve — donne aux extrémistes de l’organisation l’occasion de reprendre leurs attentats, qui vont déstabiliser la majorité et entraîner un impitoyable blocus des territoires palestiniens occupés. Quelques semaines plus tard, les tirs de roquettes du Hezbollah sur le nord d’Israël servent de prétexte à l’opération « Raisins de la colère ». Vingt-et-un ans après avoir retiré Israël (partiellement) du bourbier libanais, Shimon Pérès l’y replonge, le temps de bombardements qui massacreront notamment, le 18 avril 1996, cent-six civils réfugiés à Cana, au beau milieu d’un camp libanais de l’ONU. Si bien que, fin mai de cette même année, il est battu à l’élection du premier ministre israélien par Benyamin Nétanyahou. Pérès le mal-aimé a commis un véritable suicide politique…

Avec le recul, les « années Oslo » (1993-2000) apparaissent, pour Pérès, comme une parenthèse. L’homme est avant tout un animal politique, avide de pouvoir. Loin de travailler à la paix, il prépare la guerre. À 20 ans, dix ans après son arrivée en Palestine, il adhère au mouvement de jeunesse du parti de gauche Mapaï, dont il deviendra secrétaire en 1943. À l’occasion d’un voyage en voiture à Haïfa, il fait la rencontre déterminante de sa vie : David Ben Gourion. Sexagénaire, le leader travailliste cherche à s’entourer d’une nouvelle génération de dirigeants. Et le « Vieux » apprécie les qualités de ce jeune cadre travailliste, qui rejoint en 1947 le quartier général de la Haganah, l’armée juive clandestine. Pérès ayant refusé d’être promu major général de la nouvelle armée — le grade de Yitzhak Rabin et de Moshe Dayan —, Ben Gourion le charge de récupérer les armes dont Israël a besoin face aux armées arabes.

La politique d’« ambiguïté délibérée »

Dès lors, la carrière de Shimon Pérès est toute tracée. Après un séjour aux États-Unis pour raison d’études et de collecte d’armes, le voici directeur général du ministère de la défense, à 29 ans. Il cultivera de fructueuses amitiés en France, au Royaume-Uni et même, plus tard, en Allemagne ; il négocie ainsi l’armement de l’armée israélienne "Tsahal", qu’il fera renforcer à partir de 1955 pour faire face aux livraisons tchèques à l’Égypte. Avec les Français Guy Mollet, président du Conseil de la IVe République et Maurice Bourgès-Maunoury, alors ministre de la défense, le flirt va beaucoup plus loin : en octobre 1956, à Sèvres, ces derniers conviennent avec Shimon Pérès de lancer l’opération militaire tripartite contre Gamal Abdel Nasser et, durant une interruption de séance, de construire un réacteur nucléaire au sud d’Israël.

Au terme des accords conclus un an plus tard, Paris fournit à Israël les technologies nécessaires, lui livre un réacteur nucléaire de 24 mégawatts et lui envoie des centaines de techniciens pour bâtir la centrale nucléaire de Dimona, aux portes du Néguev. Le retour au pouvoir du général de Gaulle, hostile à la nucléarisation d’Israël, n’empêche pas la coopération entre Paris et Tel-Aviv de porter ses fruits. Certes, le nouveau président freine celle-ci, mais trop tard : quelques années après la France (1960), l’« État juif » devient une puissance nucléaire (1967). Nasser s’en inquiète, tandis que le gouvernement israélien nie faire partie du club très fermé des puissances détentrices de la bombe. Pérès tentera même d’aider l’Afrique du Sud à acquérir l’arme nucléaire, dans le cadre d’une alliance qui ne se démentira jamais entre Israël et le régime de l’apartheid.

Ce sera le grand œuvre de Pérès, dont il ne pourra paradoxalement jamais se targuer. Entré au Parlement et devenu vice-ministre de la défense en 1959, il va superviser jusqu’au bout la mise au point du secret qui bouleversera définitivement les rapports de force régionaux : la force de frappe israélienne. L’« ambiguïté » — c’est le nom officiel de cette politique — comportera un avantage durable de taille : Tel-Aviv ne se verra pas contraint de signer le Traité de non-prolifération (TNP) ni de se soumettre aux contrôles de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

Vingt ans de rivalité avec Yitzhak Rabin

Pérès jouit alors d’une autorité exceptionnelle, y compris sur son mentor vieillissant dont il symbolise, voire inspire, bien des visions : il incarne en particulier sa philosophie de l’État — la mamlachtiout. Par fidélité à David Ben Gourion, il démissionne en 1965 pour le suivre dans la scission que celui-ci organise contre la vieille garde travailliste et sera même secrétaire général du nouveau parti de gauche, le Rafi, en 1965. Toutefois l’entreprise échoue et, au lendemain de la guerre de 1967, le quadragénaire aux dents longues ramène les brebis égarées. Golda Meïr le récompense en le nommant à nouveau ministre en 1969 : il sera successivement chargé du développement des territoires occupés et des réfugiés, de l’absorption des immigrants, des transports et des communications. Il participera donc activement à la politique de colonisation entamée par le Parti travailliste dès 1967 et refusera, même après les accords d’Oslo de 1993, d’y mettre un terme.

En 1974, c’est l’ambassadeur d’Israël aux États-Unis, de retour à Tel-Aviv, que la « mère de la nation » Golda Meïr propulse à la tête du parti, puis du pays. Cet « usurpateur » s’appelle... Yitzhak Rabin. Le nouveau chef du gouvernement fait de Pérès son ministre de la défense, pourtant il s’en méfie, certain qu’il complote en permanence contre lui.

Vingt ans durant, la rivalité entre Shimon Pérès et Yitzhak Rabin défraiera la chronique. De fait, les deux hommes, que tout oppose, ne s’aiment pas : le militaire méprise l’apparatchik, l’intellectuel se moque de l’homme aux idées simples, le fier-à-bras raille le magouilleur, et sans doute le père de famille modèle jalouse-t-il aussi le bon vivant. Humilié en 1974, Pérès prendra sa revanche dans les années 1980. Son adversaire est disqualifié par la cuisante défaite de 1977. Passé dans l’opposition, le Parti travailliste porte Shimon Pérès à sa présidence.
Une collection de maroquins et une réputation de « colombe »

Sept ans plus tard, lorsqu’un gouvernement d’union nationale voit le jour, Pérès en est le chef. Il mettra fin à l’hyperinflation et, surtout, conduira le retrait de l’armée du Liban, ce qui lui vaudra une réputation de « colombe ». À l’époque, cependant, il s’oppose à toute négociation avec l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), privilégiant l’« option jordanienne » bientôt tuée dans l’œuf par Yitzhak Shamir. Le successeur de Menahem Begin est devenu à son tour premier ministre en 1986, en vertu de la rotatsia — alternance négociée entre la droite et le Parti travailliste à la tête du gouvernement d’union nationale. Nouvelle humiliation en 1992 : à l’occasion de leurs premières vraies primaires, c’est Rabin que choisissent les militants travaillistes comme dirigeant du parti. Grand seigneur, ce dernier lui confie néanmoins les affaires étrangères et l’associe à l’aventure d’Oslo.

Au long de sa carrière politique, Shimon Pérès a été quinze fois ministre, trois fois premier ministre — par intérim — et quatre fois vice-premier ministre, sans jamais avoir conduit son parti à la victoire. Pour compléter cette collection de maroquins, il n’hésitera pas, au début du XXIe siècle, à s’associer à plusieurs gouvernements conduits par Ariel Sharon.

À cette brochette de fonctions, il ne manquait à Pérès que celle de président de l’État. Il devra s’y prendre à deux fois : en 2000, il est battu par le « likoudnik » Moshé Katsav, qui sera condamné pour viol. Shimon Pérès lui succède donc sans difficulté en 2007.

Paradoxalement, il sera débordé sur la gauche par son successeur Reuven Rivlin, membre du Likoud lui aussi, élu en 2014. Si Rivlin refuse la création d’un État palestinien et défend l’opération « Bordure protectrice » contre la bande de Gaza (2014), il fait campagne contre le racisme et pour les droits des citoyens palestiniens d’Israël. Il sera même le premier président à présenter ses excuses, sur place, pour le massacre de Kfar Kassem, qui vit la police des frontières israélienne assassiner quarante-sept civils palestiniens, dont quinze femmes et onze enfants, le 29 octobre 1956.

Dominique Vidal
Historien et journaliste.


Un article de Julien Salingue
Obama, prix igNobel de falsification de l’histoire au profit d’Israël

Aujourd’hui, Barack Obama a comparé Shimon Pérès à Nelson Mandela.

En soi, c’est déjà scandaleux de comparer un homme qui a passé 28 ans de sa vie en prison pour avoir lutté contre un régime discriminatoire et un homme qui a été durant plus de 50 ans député, ministre, premier ministre et finalement président d’un État doté d’un régime discriminatoire.
Mais ce qui est plus scandaleux encore, c’est de faire semblant d’oublier, qu’alors même que Nelson Mandela était en prison, Pérès, déjà ministre, entretenait d’excellentes relations avec les dignitaires du régime de Pretoria.

Sur cette photo, Pérès (à droite) se trouve ainsi en compagnie du responsable de la propagande et du chef des renseignements sud-africains. On notera (deuxième en partant de la gauche) la présence d’un autre prétendu “homme de paix” : Yitzakh Rabin, alors premier ministre.
Lorsque cette photo est prise, nous sommes en 1975, et Mandela est donc depuis 13 ans en prison. Cette année-là, Pérès, ministre de la Défense, signera en outre un accord secret avec son homologue sud-africain, Pieter Willem Botha, futur président de l’État d’apartheid. L’accord portait sur… la livraison par Israël d’armes nucléaires à l’Afrique du sud.

Photo : De gauche à droite sur cette photo prise le 11 avril 1975 à la résidence du 1er ministre à Jérusalem, le chef de la propagande sud-africaine Eschel Rhoodie, le premier ministre israélien Yitzhak Rabin, le chef des services secrets sud-africains Hendrik van den Bergh et le Ministre de la “défense” israélien, Shimon Peres.