« On restera » : Les Bédouins de Jabal al-Baba se lancent dans une bataille difficile pour conserver leur terre.

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Atallah Mazara’a de la tribu bédouine Jahalin rappelle le temps où les habitants étaient libres de se déplacer, non empêchés par les murs de béton et les permis refusés.
La vie était si simple avant la « barrière de séparation » parce que vous pouviez partir en vacances, pour les mariages ; vous pouviez prendre votre voiture pour aller à Jérusalem, confie Mazara’a.

Atallah Mazara’a et ses enfants assis dans l’enceinte du village bédouin Jahalin de Jamal al-Baba, dans les collines en dehors de Jérusalem. Les autorités israéliennes ont l’intention de démolir la plupart des constructions du village. (Photo : Mersiha Gadzo)

Vous pouviez faire votre prière Maghreb (prière d’après le coucher du soleil) puis faire la prière Isha (prière du soir) à al-Aqsa.

Un tel scénario est devenu aujourd’hui un rêve irréalisable pour les Bédouins vivant à Jabal al-Baba, appelé aussi La Montagne du Pape, même si Jérusalem n’est qu’à quatre kilomètres. Maintenant les communautés bédouines constituent de par leur situation un obstacle pour la zone E1 dont le but est de construire de nouvelles colonies qui relient Ma’ale Admin à Jérusalem-Est occupée.

Atallah Mazara’a montre une carte du mur de séparation israélien qui cernera Jamal al-Baba sur trois côtés. (Photo : Mersiha Gadzo)

Ils vivent sous blocus, avec une réduction dramatique de leur périmètre, explique Maza’ara, montrant une carte de la barrière de séparation qui encercle le village. Quand elle sera terminée, elle enclavera la communauté sur trois côtés, coupant l’accès à la ville voisine d’Eizariya.

Tout est bouclé… On n’a plus qu’une entrée et ils (les forces israéliennes) vont la fermer. Ils la ferment déjà de temps en temps, aussi on s’y est presque habitués, dit Mazara’a, faisant allusion à la fermeture de la semaine précédente quand ont eu lieu des manifestations en soutien des détenus palestiniens en grève de la faim.

Avec la barrière, on n’a plus la même liberté. On n’a moins de choses à faire. on n’a plus de terre pour travailler ; on ne travaille plus qu’avec les moutons.

Les bédouins Jahalin avaient une étable, abritant plus de 2000 moutons, mais leur nombre a été réduit à 400 après l’occupation de la Cisjordanie en 1967 qui interdit l’accès aux pâturages.

Jérusalem n’est plus accessible pour vendre leur viande et leurs produits laitiers comme ils le faisaient dans le passé. Plus capables désormais de produire et de commercer suffisamment pour en vivre, la plupart des Bédouins maintenant vont travailler dans les colonies ou prennent des emplois dans la construction.

Maintenant ils sont sur le point de perdre le peu de terre qui leur restait depuis que leurs habitations se retrouvent dans le corridor E1, une zone de 4,6 miles carré (7 km2) qui créerait un ensemble urbain allant de la colonie illégale de Ma’ale Admin à Jérusalem-Est occupée.

Les autorités israéliennes cherchent à reloger 18 communautés qui vivent dans E1 et un total de 46 communautés bédouines vivant dans le centre de la Cisjordanie.
Cinquante-six familles à Jamal al-Baba font face à une destruction imminente de leurs habitations. L’année dernière, 48 maisons ont été détruites, mais les Bédouins reconstruisent leurs habitations aussitôt que les forces israéliennes s’en vont. C’est comme ça depuis cinq, six ans, raconte Mazara’a.

Israël prétend reloger les Bédouins au motif que les tentes et les abris qu’ils construisent sont situés sur la terre de l’État et sont illégaux, puisque les Bédouins n’ont pas les permis requis. Mais, pour les résidents, il est impossible de recevoir des permis quand ils n’ont pas un plan établi, approuvé par les autorités israéliennes, d’après un rapport de l’ONU.

Les Jahalin ont déjà été expropriés une fois auparavant en 1948 de leur terre ancestrale dans le désert du Negev pour faire de la place aux communautés juives. Réfugiés déplacés, ils se sont installés à Jabal al-Baba au début des années cinquante après avoir contracté un bail avec des propriétaires palestiniens.
Le plan E1 approuvé en 1999, couvrait environ 7,5 km2 de terre dont la plupart étaient considérés par Israël comme terre d’État, selon une procédure juridique que B’Tselem qualifie de moralement douteuse. Maintenant le lieu est zoné partie intégrante de la colonie de Ma’ale Admin et l’espace total s’étend sur 18, 5 miles. (30 km2)

Jabal al-Baba. (Photo : Mersiha Gadzo)

Des tas de ferraille venant des maisons démolies de Jamal al-Baba, attendant d’être recyclés. Photo : Mersiha Gadzo.

Vue de la colonie israélienne de Ma’ale Adumin, depuis Jabal al-Baba.(Photo : Mersiha Gadzo)

Jérusalem doit s’étendre pour rester une cité sioniste.

Les Bédouins savent que leur emplacement est la dernière ligne de défense de jérusalem. Si le corridor E1 est construit, Jérusalem-Est sera encerclée par les colonies, l’isolant du reste de la Cisjordanie, bloquant toute tentative de désigner Jérusalem-Est comme future capitale d’un État palestinien. Le nord et le sud de la Cisjordanie seraient aussi séparés, ce qui menacerait la solution à deux États.

Dans un article publié dans Israël Hayon, David Weinberg, directeur des affaires publiques au centre universitaire Begin-Sadat des Études stratégiques de Bar-Ilan, et second conseiller du Fond Tikyah en Israël a écrit que la construction de 50 000 logements dans la zone est de Jérusalem annexée à E1 serait absolument critique pour la sécurité d’Israël et pour son développement normal.

[…] E1 est le seul endroit où des dizaines de milliers de logements peuvent être construits pour surmonter l problème du logement à Jérusalem, écrit Weinberg.
[…] Les ministres israéliens de droite ont eux aussi fait pression pour que soit adoptée une loi qui annexerait véritablement Ma’ale Admin à Israël en tant que tel, mais la loi a été repoussée en raison de pressions internationales.
Seulement quelques jours après l’arrivée à la présidence de Donald Trump, Israël a approuvé la construction de 600 logements pour colons et 2 500 autres en Cisjordanie en « réponse aux besoins de logements » d’après le ministre de la Défense Avigdor Lieberman. C’est le plan le plus important de tous ceux entrepris ces dernières années.
Au début de février les hommes de loi israéliens ont aussi passé une loi qui légaliserait rétroactivement l’expropriation des Palestiniens.

« On fera tout pour rester là. »

À Jabal al-Baba, des monticules de ferraille venant des maisons détruites montent à 2 mètres de haut, attendant d’être recyclés. Le long des rues de terre, des débris de tôle ondulée et de bois jonchent les endroits où se dressaient les habitations des Bédouins. Les logos UE figurant sur certaines des caravanes de métal ne dissuadent pas les bulldozers.

AlBaghdad Fataftah, jeune volontaire d’Hebron montre un fourgon blanc détruit, sans portes, sans fenêtres, et sans pneus. Il servait d’abri de fortune pour Salem Jahalin après que sa maison avait été démolie en janvier dernier, en dépit d’une injonction provisoire qu’il avait obtenu du tribunal contre cette destruction.

Les sièges arrière du fourgon lui servaient de chambre et le rétroviseur servait de patère pour accrocher les vêtements. Il recouvrait le fourgon d’une toile goudronnée pour se protéger de la pluie et du vent en hiver.

Sa femme et ses quatre enfants sont partis vivre avec le frère, marié, de Salem. C’était la deuxième démolition de l’habitation depuis 2014. Salem avait pu trouver les moyens de reconstruire sa cabane après sa deuxième démolition, mais cette fois-ci il n’a pu se permettre de construire un abri à partir de pneus de voiture, et n’a pas réussi.
On ne l’a pas vu depuis un moment ; on ne sait pas où il est parti, nous dit Fataftah

Les deux premiers mois de 2017, 24 structures bédouines ont été démolies dans la zone E1, contre 85 pendant l’année 2016 entière.

Les jahalin ont lancé une campagne auprès de L’Union Européenne et la Cour de Justice Internationale. Leur pétition en ligne a réuni près d’un million de signatures.
[…] On n’acceptera pas d’offres de relogement, ou des compensations financières. Notre problème n’a rien à voir avec la religion, avec le judaïsme ; on a un problème avec les sionistes et l’occupation. dit Maza’arah.

Ils nous ont proposé un dédommagement financier et aussi des terres prises à d’autres Palestiniens mais on n’est pas d’accord avec ça. La seule offre acceptable, c’est qu’ils nous laissent retourner à Be’er Sheva, notre terre d’origine.
Le mois dernier des activistes ont écrit avec 10 000 pierres le long d’une pente, un message de 30 sur 100 mètres de long qui disait : nous resterons. Quelques heures plus tard, les forces israéliennes sont revenues et l’ont détruit, mais les activistes l’ont déjà reconstruit deux fois.

Depuis son son habitation sur le terrain montagneux de Jabal al-Baba, Maza’ara appelle le monde à son secours.
Ce qui se passe ici et cette clôture de séparation nous donnent la force et la volonté de défendre notre terre. Je veux envoyer un message qui attire l’attention sur ce qui se passe ici et bris elle silence. Si vous pouvez, boycottez Israël, confie Maza’ara.

Sources : ‘We shall remain’ : Bedouin of Jabal al-Baba face an uphill battle to keep their land, Mersiha Gadzo, 10 may 2017. http://mondoweiss.net/2017/05/remain-bedouin-uphill/
Traduction : Jean Michel-Henry.


Le sionisme n’est pas une idéologie statique, achevée avec la création de l’Etat d’Israël en 1948. Comme tout colonialisme, il est surtout mouvement. Sa pierre angulaire, en pratique et sans faux-semblants, est contenue dans cette phrase simple : « s’emparer d’un maximum de terres avec le moins d’Arabes dedans ». L’actualité brûlante de la menace d’expulsion qui plane sur le village de Jabal al-Baba le rappelle amèrement. C’est toute une communauté qui est menacée.

Jabal al-Baba se situe au cœur de la zone dite E1 (Est 1) qui s’étend du nord-est de Jérusalem au bloc de colonies Maale Adumim, en Cisjordanie. La convoitise des autorités israéliennes pour ce territoire qui, une fois accaparé, leur permettrait de rattacher le bloc de colonies à Israël, n’est pas nouvelle. Dès 2004, le ministère du logement lança un plan de construction de plusieurs milliers de logements réservés aux Juifs, en contradiction évidente avec le droit international. Tellement évidente qu’il dut faire machine arrière sous la pression internationale. A peine un an plus tard, la municipalité de Maaale Adumim a repris peu ou prou le plan de construction, s’attirant – une fois n’est pas coutume – les foudres conjointes de l’Union européenne et des États-Unis. Le plan fut gelé…mais pas abandonné. Le prétexte pour le faire sortir de l’étagère où il semblait prendre la poussière fut tout trouvé avec les offensives diplomatiques du Président de l’Autorité palestinienne visant à faire reconnaître l’État de Palestine en 2012.

La stratégie des gouvernements israéliens qui se sont depuis succédé au pouvoir n’a pas bougé d’un iota : c’est celle dite de « la réalité sur le terrain », qui ne répond qu’à la seule logique de la loi du plus fort. Il s’agit de construire le plus de logements possible dans la zone E1 pour justement la rendre non négociable, au mieux tout juste bonne à brader contre un territoire du nord d’Israël peuplé presqu’exclusivement de Palestiniens et à l’importance stratégique bien moindre. Car avec E1, c’est la continuité territoriale entre la Cisjordanie et Jérusalem qui est en jeu. Si les Israéliens s’en emparent, ils feront d’une pierre deux coups : ils sécuriseront le contrôle qu’ils exercent sur l’intégralité de Jérusalem tout en empêchant de fait la possibilité même d’un État palestinien.

Et tout cela, les habitants de Jabal al-Baba le savent très bien, eux qui vivent avec une épée de Damoclès au-dessus de leurs têtes depuis le 16 novembre dernier, date à laquelle ils ont reçu l’ordre militaire d’expulsion. La résistance s’organise, mobilisant tout le village et une petite centaine de personnes solidaires de leur lutte contre leur dépossession. Bien sûr, rien de nouveau ne se joue ici. Bien des villages palestiniens ont déjà été détruits, vidés de leurs populations et remplacés par des logements réservés aux colons. Mais la localité stratégique de celui-ci en fait un symbole : celui de la lutte contre l’arrachement de Jérusalem à la Palestine. Si la communauté internationale, toujours si prompte à défendre une solution à deux États pourtant bien moribonde depuis l’échec patent des accords d’Oslo, ne condamne ni ne sanctionne, alors le rouleau compresseur israélien achèvera d’imposer la « solution » d’un seul État d’apartheid.

L’UJFP tient à apporter sa solidarité pleine et entière aux habitants de Jabal al-Baba qui, en luttant pour leur droit à vivre sur leur terre, mènent la bataille de Palestine.

Le Bureau national de l’UJFP, le 29 novembre 2017

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