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Comment l’armée exécute des Palestiniens quand il n’y a pas de témoins

samedi 27 avril 2019

Amira Hass rapporte dans le quotidien Haaretz comment 17 Palestiniens ont été assassinés, ni vus ni connus, par l’armée en Cisjordanie, au mois de mars.

Elor Azaria a été accueilli en héros, après un court séjour en prison, pour avoir tiré à bout portant sur un Palestinien sans défense, à Hébron. "Elor Azaria a le droit de se plaindre en permanence d’avoir été sanctionné et de ce fait discriminé puisque d’autres soldats faisant la même chose que lui ne sont pas inquiétés". Mais l’armée est en droit de lui répondre :

"La prochaine fois que tu butes un Arabe, fais bien gaffe qu’il n’y ait pas autour de toi, une caméra en train de tourner. Prends donc exemple sur ce policier israélien qui, ni vu ni connu, a réussi à flinguer ce jeune infirmier du nom de Sajed Mizher, ce 27 mars au matin, à 6H30, alors qu’il se rendait au camp de réfugiés de Deheishe, pour porter secours à un homme atteint d’un balle."

"Prends en de la graine, lui fait savoir l’armée. Et alors nous ferons en sorte de rendre la réalité des faits présentable : toutes les semaines on cartonne des Arabes. C’est simple comme bonjour, ça passe comme une lettre à la poste, à condition, bien sûr, de toujours faire bien gaffe qu’il n’ y ait aucun photographe dans les parages, et alors, il n’y a plus qu’à dire que tu avais devant toi de dangereux terroristes. Notre version des faits peut présenter quelques lacunes. Tu peux te trouver quand même avec des fouille-merde de journaleux, on ne sait jamais, mais, rassure toi, on a des réponses bien calibrées qui les satisfont, et ils n’iront jamais creuser bien loin. Les articles sont donc publiés et nos valeureux fils, héros du jour, sont protégés, leurs nom et prénom n’étant jamais divulgués".

Quand on voit tous ces Palestiniens assassinés à Gaza et en Cisjordanie, on ne peut qu’être sidéré par la vacuité et l’hypocrisie des arguments et propos avancés par l’armée au sujet d’Elor Azaria. Mais toute cette triste argutie de l’armée pour nous convaincre de sa haute moralité, n’a de toute façon plus aucun intérêt, dès lors qu’il s’agit de s’attirer la sympathie des dirigeants nationaux. Ni même de dirigeants tels que Trump, ou Orban. Et encore moins lorsque la moindre petite voix qui s’élève à l’horizon pour émettre une critique au regard de la colonisation galopante, se voit taxée d’antisémite en France, en Grande Bretagne ou en Allemagne.

En Israël plus qu’ailleurs, ce n’est plus la peine de s’embarrasser à échafauder tout un discours hypocrite pour se justifier. La moindre coupure de presse qui émettrait quelques questionnements au vu de la facilité avec laquelle nos soldats dégainent sur des Palestiniens désarmés, est vouée aux oubliettes, et ne laissera aucune trace dans les esprits.

Ainsi des reportages au sujet de ces deux jeunes Palestiniens, Amir Dar Daraj et Yusef Anqawi, tous deux disparus, sans laisser de traces. Pour mémoire : le 4 mars, un véhicule blindé de l’armée israélienne se trouve bloqué, alors qu’il était en route pour procéder à une arrestation nocturne, à Kafr Na’amah, dans le quartier ouest de Ramallah.

Amir Dar Daraj et Yusef Anqawi se trouvaient tous les deux dans la voiture qui heurta de plein fouet le véhicule militaire qui, pour informations, était tous phares éteints. Un officier et un policier furent blessés sur le coup.
"C’était un assaut à la voiture bélier !! Entonnèrent à l’unisson les journalistes."

Ce soir là, quelqu’un put filmer ce qui se passait. Il fut servi, l’obscurité était totale. Toutefois, la caméra pu enregistrer tous les bruits et les restituer très clairement. Immédiatement après la collision, un seul coup de feu fut tiré. Puis quatre minutes et trente secondes s’écoulèrent, avant que ne fussent tirés à nouveau neuf coups de feu cette fois ci. Quatre minutes et trente secondes. Le porte parole de l’unité ne se cassa nullement la tête à chercher des réponses aux questions qui pouvaient être soulevées sur le bien-fondé, ou pas, de tirer, quatre minutes et trente secondes après la collision, sur ces jeunes Palestiniens jusqu’à ce que mort s’ensuive.

B’TSELEM, l’ONG israélienne de défense des droits de l’Homme, a fait parvenir les habits des deux jeunes défunts, après que l’armée les dénudèrent pour le légiste.

Les résultats complets sont, pour la première fois, publiés ici :
"Il faisait froid ce soir là. Yusuf portait une chemise à rayures noires et blanches, un sweat beige et un tricot avec des triangles rouges et blancs. Les trois vêtements avaient trois trous causés par balles dans le dos, et sur l’épaule gauche. Amir quant à lui, portait une veste fourrée verte, et un pull marron et gris. Les deux vêtements portaient des trous causés par balles, dans le dos et sur l’épaule gauche.

Ces sept trous sont typiques de tirs provenant d’un fusil à grande vitesse à distance, comme en fait état dans son rapport le médecin légiste. La veste d’Amir avait six trous au niveau de la taille, et six dans son pull au même niveau. Certains avaient pu être causés par ricochets ou bien des schrapnels mais tous, furent causés par des tirs de fusil à haute vélocité".

Bien, une fois, tout ceci avancé, en quoi cela devrait troubler les juges militaires ? Les soldats prirent la précaution de s’emparer des films pris par la caméra d’un magasin de menuiserie situé à proximité de la fusillade. La voiture cabossée fut saisie par l’armée, et les corps ne furent pas rendus aux familles, histoire de bien faire passer le message.

Et après tout, qu’une investigation, sérieuse ou pas, ait lieu ou pas, cela ne change rien : l’armée israélienne défend ses soldats qui ont tué Yusuf et Amir. Au contraire d’Azaria, ce n’est pas en plein jour qu’ils ont commis leur crime. Dimanche matin, l’armée israélienne a envoyé une troupe armée pour faire disparaître la stèle érigée en souvenir de Yusuf et Amir.

L’armée israélienne a assassiné dix sept Palestiniens au mois de mars. Une armée qui couvre les meurtres de Yusuf et d’Amir. Et on ne peut jamais croire à ses explications."

Sources : Haaretz (Traduit par Lionel R. pour CAPJPO-EuroPalestine)