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Plus de feuilles de vigne pour masquer l’apartheid israélien

samedi 11 mai 2019

Le 19 juillet de l’année dernière, la Knesset, parlement israélien et principale institution démocratique, a adopté la loi raciste de l’État-nation, qui n’accorde le droit à l’autodétermination en Israël qu’aux seuls Juifs. A la veille des élections législatives de demain 1, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a indiqué aux citoyens arabes d’Israël les 22 pays arabes vers lesquels ils pourraient déménager.

Les massacres commis par Israël lors des rassemblements de la Grande Marche du Retour sont dignes de ceux commis à l’époque de l’apartheid en Afrique du Sud - Photo : ActiveStills.org

Encouragé par le fait que le président américain Donald Trump ait reconnu la souveraineté israélienne sur le plateau du Golan syrien illégalement occupé, Netanyahu avide de toujours plus de terres volées se tourne maintenant vers la Cisjordanie. Il a déclaré qu’Israël doit exercer le contrôle de la sécurité à l’ouest du Jourdain, et a insisté sur le fait qu’il n’expulsera pas un seul colon juifs des colonies illégales, grosses concentrations ou zones isolées.

Étant donné que le locataire actuel de la Maison-Blanche donnera sa bénédiction aux actions illégales d’Israël une fois qu’elles lui auront été vendues par ses conseillers sionistes comme des faits sur le terrain, Netanyahu a ainsi jeté les bases de la reconnaissance par Trump de la souveraineté israélienne sur la Cisjordanie, peut-être au cours de son second mandat. Je suis prêt à prédire qu’une fois les élections israéliennes terminées, l’ambassadeur des États-Unis en Israël, David Freidman, encouragera Netanyahu à accélérer son annexion de la Cisjordanie, pour lui permettre de demander au président américain de reconnaître l’annexion comme un fait sur le terrain au cours de ce mandat ci.

Trump est actuellement la vache à lait qui continue de donner à Israël, alors pourquoi ne pas tirer de lui tout ce qu’il peut donner, tant qu’il est encore là ? Pourquoi risquer de retarder à un second mandat la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté israélienne sur l’ensemble de la Palestine historique, du Jourdain à la Méditerranée, alors que l’électorat américain pourrait élire quelqu’un d’autre, qui pourrait rechigner à reconnaître des actes illégaux ? En d’autres termes, ils peuvent dire « vendre, vendre, vendre » sur les marchés financiers, mais ici c’est « prendre, prendre, prendre ».

Il est devenu très clair depuis l’élection de Trump et son choix de conseillers sur le processus de paix israélo-palestinien, que ce que Netanyahu veut, il l’obtient. Le premier ministre israélien, confortablement installé à Jérusalem, doit être en train de se pincer et de se demander s’il n’est pas en train de rêver. La situation est telle que si Netanyahu voulait être le parrain de l’Amérique, Trump pourrait bien l’obliger une fois que son gendre Jared Kushner lui aura dit que c’est ce qu’il convient de faire et qu’il en est grand temps. Bizarre ? Bien sûr que ça l’est. Cependant, notez que Trump a récemment fait référence à Netanyahu en tant que Premier ministre des citoyens juifs américains lorsqu’il s’est adressé à la Coalition juive républicaine à Las Vegas : « J’étais avec votre premier ministre à la Maison Blanche pour reconnaître la souveraineté d’Israël sur le plateau du Golan. »

Au lieu d’être troublé par le racisme éhonté d’Israël, Trump légitime la violation de la loi au préjudice de l’ordre international et du statut du droit international. Il convient de rappeler que son conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, a averti la Cour pénale internationale et ses juges de s’abstenir d’enquêter sur les atrocités commises par deux pays seulement, les États-Unis et Israël. Netanyahu et Trump sont ivres de pouvoir et sont prêts à user du droit international comme s’il était au service de leurs désirs, excusant les infractions israéliennes mais pas celles des autres pays.

Cela vaut également pour Israël qui crie au loup et accuse la campagne de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) d’antisémitisme alors qu’il en est la cible pour ses actions illégales et son oppression des Palestiniens ; il est cependant prompt à réclamer des sanctions contre l’Iran, l’Irak et la Syrie. Un autre exemple de son exceptionnalisme autoproclamé a trait au fait qu’il qualifie la clôture avec Gaza de frontière internationalement reconnue – seul parmi tous les États membres de l’ONU, Israël n’a jamais déclaré ses frontières – mais refuse de se retirer derrière la ligne (« verte ») d’armistice internationalement reconnue avec la Palestine ou la Syrie. Il y a une loi pour Israël et une autre, selon ce qui l’arrange, pour les autres.

Ce qui enhardit encore plus Netanyahu, c’est la timide réaction des autres membres de la communauté internationale à ses actions illégales. Prenons, par exemple, l’annonce récente d’Israël qu’il prévoyait la construction d’environ 5000 nouvelles unités de peuplement, toutes illégales au regard du droit international. Au moment où le ministre d’état britannique aux Affaires étrangères en charge de la région MOAN, Mark Fields, a publié une déclaration condamnant les colonies israéliennes, Netanyahu annonçait son intention d’annexer la Cisjordanie, où ces unités illégales devaient être construites. Il s’avère que la seule condamnation est non seulement inadéquate en soi, mais qu’elle est aussi couplée à des liens commerciaux croissants avec Israël, ce qui est au mieux illogique et au pire hypocrite.

Alors que les Israéliens se rendront demain aux urnes, ils devraient se rendre compte que l’étiquette de racisme et d’apartheid n’est pas seulement une description exacte des politiques du gouvernement Netanyahu, mais qu’elle ternit aussi la réputation de ceux qui l’élisent. Je ne lance pas d’accusations de racisme à la légère. Cependant, un État qui prétend être une démocratie mais qui pratique un racisme institutionnel à l’égard de ses propres citoyens non juifs, comme en témoignent plus de 60 lois discriminatoires, et qui est sélectif dans l’application du droit international, doit faire face aux conséquences qui en découlent.

Les Israéliens ne peuvent prétendre que ce n’est pas leur faute, mais celle de tel ou tel gouvernement, étant donné que la majorité a élu des gouvernements successifs qui se sont rapprochés de l’extrémisme de l’extrême droite et dont la ministre de la Justice s’est récemment aspergée du parfum « fascisme » dans une publicité électorale. Si leurs gouvernements ne reflètent pas leurs vues, vont-ils élire une Knesset qui révoque la loi de l’État-nation, donne des droits égaux à tous les citoyens israéliens, s’engage à mettre fin à l’occupation et permet aux réfugiés palestiniens de rentrer dans leur foyer ? Ils peuvent le faire le 9 avril, mais le feront-ils ? Malheureusement, même s’ils le souhaitaient, ils ne trouveront pas de parti pour lequel voter qui veuille sincèrement la paix. Leur choix de candidats se limite à ceux qui prônent l’ « apartheid dur » ou l’ « apartheid modéré ».

Mais l’apartheid, c’est l’apartheid, et c’est un crime contre l’humanité. Voilà ce qu’il en est d’Israël en 2019. Il n’a plus de feuilles de vigne pour couvrir cette réalité.

Note : 1.L’article a été publié à la veille des élections législatives en Israël, mais l’analyse de l’auteur demeure pertinente.

Kamel Hawwash est professeur de génie civil palestinien britannique de l’université de Birmingham. Il fait campagne pour que soit réparée l’injustice qui a frappé le peuple palestinien pacifique lorsque Israël lui a été imposé et que des centaines de milliers d’entre eux sont devenus des réfugiés. Il est vice-président du British Palestinian Policy Council (BPPC) et membre du Comité exécutif de la Campagne de solidarité avec la Palestine (PSC).
Il écrit pour le Middle East Monitor et Middle East Eye, offrant une perspective palestinienne. Vous pouvez aussi consulter son blog sur : www.kamelhawwash.com

Source : Middle East Monitor – Traduction : Chronique de Palestine – MJB