Le tourisme au service de l’occupation et de l’annexion

vendredi 23 octobre 2020

Le tourisme, et en particulier le tourisme religieux , joue un rôle direct dans la légitimation et l’expansion du vol israélien de terres palestiniennes.

Alors que les tentatives d’annexion par Netanyahou violent de manière flagrante les droits de l’homme et le droit international, le tourisme israélien en Palestine occupée favorise cette expansion, tout en rendant les vacanciers et les entreprises touristiques complices, souligne Halah Ahmad dans l’analyse ci-dessous.

Entre la fin du XIXème et le début du XXème siècle, les dirigeants sionistes utilisèrent l’imagerie religieuse et orientaliste pour promouvoir l’idée d’un Juif, être supérieur, et d’un Arabe inférieur. Dans les années 30 et 40 en particulier, l’Association pour le développement du tourisme en Palestine s’est servie de cette imagerie pour presser les Juifs européens de s’installer définitivement en Palestine. La célèbre affiche de 1936 « Visitez la Palestine » était en fait une propagande sioniste pour encourager l’immigration juive.

Depuis sa création en 1948, l’Etat d’Israël a maintenu cette pratique. Il continue de perpétuer le récit présentant les Juifs israéliens comme supérieurs aux plans intellectuel, technologique et productif par rapport à la population palestinienne – qu’il continue de soumettre et d’opprimer. Cette pratique pernicieuse apparaît clairement dans la campagne de communication organisée par le ministère du Tourisme pour promouvoir les voyages à Jérusalem et dans les territoires occupés, spécialement dans les colonies.

Cependant, de nombreuses organisations ont condamné le tourisme dans les colonies et ont demandé que les entreprises qui y sont implantées endossent la responsabilité des violations des droits humains qui y sont commises.

Le tourisme dans les colonies est devenu une industrie importante pour Israël, surtout depuis qu’il est question d’annexer la vallée du Jourdain et des bouts de la Cisjordanie. En 2016, Israël a voté un crédit de 20 millions de dollars pour les colonies et le Premier Ministre et ministre du Tourisme, Netanyahou, a insisté sur le fait que cette somme devait être dépensée pour le développement du tourisme et des hôtels dans les colonies illégales.

Plus récemment, en janvier 2020, le ministre de la Défense Naftali Bennett a approuvé la création de parcs nationaux et de réserves naturelles en Cisjordanie, leur financement étant prélevé sur les 110 millions dépensés au premier trimestre de cette année au profit des colonies en Cisjordanie.
Ces politiques en faveur de la colonisation renforcent la prétention sioniste à s’approprier le territoire sous des prétextes bibliques et racistes. En même temps, elles dénient aux Palestiniens le droit d’accéder à leurs ressources naturelles et culturelles pour leur propre développement économique, spécialement en matière de tourisme.

Pire que cela : le tourisme dans les colonies perpétue l’assujettissement des Palestiniens. Selon un rapport de l’OLP paru en décembre 2017, le ministère israélien du tourisme a agréé plus de 8000 guides touristiques pour l’accès aux sites d’Israël et de Cisjordanie. Les Palestiniens représentent 0,5% du total…

L’industrie dans les colonies bénéficie du soutien de flux ininterrompus de touristes religieux, en majorité des sionistes chrétiens des USA. Nombre de sites d’intérêt religieux sont situés dans les territoires occupés. Bien entendu, Israël les revendique en tant que sites historiques de l’Etat hébreu. Ainsi, Israël a démoli des maisons palestiniennes à Jérusalem Est pour faire place au « sentier biblique » qui doit faire partie du coûteux « parc national des murs de Jérusalem ». Autre exemple : le site archéologique de Tel Shiloh, près d’une colonie au nord de Ramallah, qui attire chaque année des dizaines de milliers de sionistes chrétiens.

JPEG - 69.7 ko Visite touristique du Site de Tel Shiloh organisée par Israël

Ces sites touristiques, parmi d’autres, sont fondés et développés par de riches familles états-uniennes ayant des liens forts avec le gouvernement israélien.

Une organisation de tourisme religieux nommée « Passages » s’inspire du très problématique programme « Birthright Israël » [qui offre des voyages en Israël à des jeunes de confession juive – NDLR]. Financée par des bailleurs de fonds chrétiens et sionistes, elle offre des séjours touristiques en Terre Sainte à de jeunes chrétiens états-uniens. Au cours de ces séjours, Passages glorifie Israël en tant qu’Etat moderne placé dans une continuité providentielle avec un passé biblique. Il ne fait pas ou presque pas mention d’un passé musulman ou palestinien, rendant l’oppression et l’expulsion de ce peuple totalement hors sujet.
Passages n’est qu’un exemple de la vaste infrastructure du tourisme religieux au service du récit sioniste et de l’agenda de la construction de l’Etat israélien.

La campagne palestinienne pour le boycott académique et culturel a lancé un appel au tourisme éthique, demandant de ne pas visiter de sites des territoires occupés gérés par les autorités israéliennes. Des groupes de chrétiens palestiniens ont également produit des guides touristiques qui encouragent les chrétiens à s’adresser à des compagnies palestiniennes. Et aux USA, des groupes tels que Eyewitness Palestine proposent des solutions alternatives pour visiter la Terre Sainte sans passer par l’industrie touristique israélienne.

Autres recommandations :
– Les organisations de la société civile, et particulièrement les associations religieuses US, devraient porter un regard critique sur le rôle des voyages touristiques amicaux envers Israël dans la légitimation des annexions et des atteintes aux droits humains.
– Les organisations activistes étudiantes des USA peuvent jouer un rôle majeur en s’opposant aux voyages étudiants vers les colonies et les sites de Cisjordanie sous contrôle israélien. Passages pourrait être une cible prioritaire des campagnes visant à empêcher la complicité avec les violations des droits humains.
– Autorités de régulation et décideurs politiques devraient reconnaître la nécessité d’arrêter toute relation avec les implantations au delà de la « ligne verte » [frontière internationalement reconnue qui sépare la Cisjordanie de l’Israël d’avant 1967 – NDLR]. Les entreprises qui font des affaires en Cisjordanie devraient au minimum avoir l’obligation de s’assurer qu’elles ne contribuent pas aux activités des colonies illégales ni n’en tirent bénéfice.

(Traduit par Philippe G. pour Capjpo-EuroPalestine)
Source : al-shabaka

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