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témoignage d’une jeune Israélienne

jeudi 1er mai 2014

Témoignage écrit directement en français par une jeune Israélienne, Heidi Motola. Ce témoignage a par ailleurs été rendu public lors de la soirée organisée par les Femmes en Noir à Marseille, le 8 mars 2014

Je suis née à Haïfa, j’ai grandi au nord d’Israël, en Galilée, c’était bien plus tard que j’ai appris que c’était la Palestine aussi. Aujourd’hui les deux sont inséparables pour moi, tragiquement liée l’un a l’autre. Je viens de Palestine / Israël.
J’ai grandi dans un petit village. Nos voisins les plus proches étaient tous des Arabes, Palestiniens, mais nos vies étaient séparées, on avait différentes écoles et terrains de jeux. Ce n’était que plus tard à Tel Aviv que j’ai appris à connaître les gens qui vivaient juste à côté de moi. Et c’est en grande partie grâce à mon expérience en Cisjordanie que j’ai appris a connaître la situation des Palestiniens à l’intérieur de l’état d’Israël.

A 18 ans, j’ai choisi de ne pas aller au service militaire obligatoire, mais je ne peux pas dire que j’ai savais vraiment à l’époque ce que c’était cette occupation. Je savais seulement que je ne veux pas faire partie d’une armée qui occupe une autre nation. C’est plus tard que j’ai compris que c’est aussi à travers mon existence en tant que citoyenne israélienne que je participe à cette occupation, qu’elle existe en mon nom, et que ce n’est que par une résistance active que je peux changer cela.
Je n’avais pas alors une conscience politique que j’ai aujourd’hui et je n’étais pas assez mature pour faire de mon refus un acte politique. Aujourd’hui j’admire les jeunes qui refusent le service militaire et qui vont en prison. Ils sont courageux, pas seulement dans leur choix d’être en marge de la société, mais en exprimant cela à haute voix - nous sommes contre l’occupation et la répression, nous refusons de voir cela comme la seule possibilité, nous refusons de devenir des soldats dans cet état militaire.

Comme je n’ai pas connu la vie dans les territoires occupés par le service militaire, comme beaucoup des Israéliens, cette réalité est restée obscure pour moi pour longtemps. Ramallah, Al-Halil, Naplouse, Jénine, tous étaient justes
des trous noirs sur la carte dans mon esprit. J’habitais à Tel-Aviv, à 20 min du ‘checkpoit’ le plus proche, mais je ne l’ai jamais vu jusqu’à ce que j’ai choisi consciemment de le faire. Je pense que la situation a changé et qu’aujourd’hui
l’occupation est devenue plus visible et présente même dans la vie escapiste de Tel-Aviv. Mais il y a six ans, c’était vraiment étonnant de voir comment c’était invisible. Comment je pouvais vivre sans voir l’oppression et la violence
qui étaient juste à côté de moi. Comment il y a tout un système qui fonctionne pour cacher refouler et justifier ces violations des droits de l’homme et de femmes, qui ont lieu tous les jours.
Ce n’était qu’à l’âge de 25 ans que j’ai décidé que je dois savoir et voir par mes propres yeux ce qui se passe. J’ai rejoint en tant que bénévole B’Tselem - une organisation des droits de l’homme qui travaillant dans les territoires occupés. A ce moment, pour la première fois, j’ai vu les ‘checkpoints’, les routes de l’apartheid, l’autre côté du mur, les démolitions de maisons, les couvre-feux, les raids nocturnes et les arrestations, les restrictions de mouvement, le manque d’eau et des infrastructures, les détentions et interrogations de mineurs. Et ce que j’ai vu, je ne pouvais plus effacer de mon esprit.
C’est alors que j’ai réalisé pour la première fois que la violence a tant de visages différents et que c’est seulement l’extrême, le sang et les explosions, qui habituellement atteint notre conscience par les médias. Mais a quoi ressemble la violence dans la vie quotidienne ? L’insécurité constante, les restrictions, les harcèlements et les humiliations, à quoi ressemblent-ils, qui les voit ?

Nous avons commencé un atelier de vidéo dans le village de Ni’ilin dans le cadre du projet “Shooting Back” de B’Tselem. Il s’agissait d’un petit groupe d’adolescents. Je leur donnais des devoirs sur la composition et la lumière et ils filmaient des manifestations, je parlais d’encadrement et de narration et ils filmaient des manifestations, je leur montrais les principes de montage et ils montaient des images de manifestations. Enfin, je me suis joint pour le voir moi-même, les manifestations de chaque vendredi contre la construction du mur de séparation - je suis venu en tant que photographe et je suis reste en tant que militante.

Les manifestations hebdomadaires a Ni’ilin ont commencé en Mai 2008, lorsque la construction du mur de séparation a recommencé après une pause causée par des processus juridiques. Le village d’environ 5000 habitants est situé complètement en territoire C, ce qui signifie complètement sous l’autorité Israélienne et militaires. Il est situé à proximité de l’une des plus grandes colonies, Modi’in Illit. Le trajet du mur devait couper les villageois d’une grande partie de leurs terres agricoles. Il a été clairement conçu, pas seulement pour des raisons de sécurité, mais pour
prendre en compte les plans futurs de l’expansion de colonie. Aujourd’hui la barrière, un mur de béton de 7 mètres de haut, coupe le village d’environ 30% de leurs terres.

A Bil’in, un village proche et un symbole de la protestation populaire, les manifestations ont déjà commencé en 2005.
Après une longue lutte juridique qui a réussi à changer le trajet et déplacer le mur, encore 370 hectare des terres du village sont restés de l’autre côté du mur. Les manifestations ont toujours lieu chaque vendredi dans le village depuis 9 ans.

Nabi Saleh est un petit village d’environ 500 habitants qui lutte courageusement contre l’oppression. J’ai connu Nabi Salah en 2009, lorsque les manifestations ont commencé en réponse à la prise des terrains du village par les colons.
Comme nous avons la chance d’avoir Manal Tamimi avec nous ici, je vais la laisser présenter son village et leur lutte.
Ce ne sont que quelques exemples, il y a encore des villages qui organisent ces manifestations chaque semaine et il y a bien sûr d’autres moyens de lutte non-violente, d’actions directes, de désobéissance civile et organisations
populaire qui se trouvent des deux côtés du mur.
Anarchist Against the Wall (L’anarchiste contre le mur) est un groupe qui a été formé en 2003 en réponse à la décision de construction de la barrière de séparation, le mur qui a été condamné comme illégal par la Cour Internationale de Justice. Ce mur, peut-être le symbole de l’occupation, mais c’est juste un des nombreux moyens
d’oppression et de contrôle de la population dans les territoires occupés. Anarchists Against the Wall sont très actifs dans leur résistance à l’occupation à l’intérieur d’Israël et en Cisjordanie de différentes manières. Par exemple en
participant et soutenant ces manifestations en Cisjordanie.

Il y a aussi d’autres organisations israéliennes et israéliennes/palestiniennes qui travaillent et luttent. Juste pour nommer quelques-uns : Machsom Watch - un mouvement de femmes israéliennes qui observent et documentent les
checkpoints et les tribunaux militaires. The Coalition of Women for Peace (La coalition des femmes pour la paix) qui entre autres étudie l’engagement à l’occupation dans leur projet de recherche “Qui profite de l’occupation".
The Boycott from Within (Le Boycott de l’intérieur) - un soutien à l’appel BDS palestinien, qui a fait de gros titres en Israël récemment à cause de la “loi anti- boycott”, et à cause de l’accroissement du mouvement de la pression sur
l’économie israélienne. Peut-être pas assez, mais il y a beaucoup d’autres. Le temps maintenant n’est pas suffisant pour les présenter toutes.

Tandis qu’organiser et participer aux manifestations en Israël est une chose, le cas est très différent dans les territoires occupés. La liberté de manifestation et de réunion, un droit humain fondamental, est interdit aux Palestiniens en Cisjordanie et la lutte populaire non-violente est réprimée par l’armée israélienne et la police des
frontières par des façons nombreuses et différentes.
Souvent, les lieux des manifestations sont déclarés comme zones militaires fermées juste pour le temps de la manifestation, rendant les manifestations “illégales” et les participants susceptibles d’arrestation et de poursuites.
Pour disperser les manifestations “soi-disant” illégales, l’armée utilise de nombreux moyens de contrôle des masses, même si les manifestations ne sont pas violentes, et parfois les arrêtant avant même de commencer.

Pendant des années, nous avons témoigné des violations répétées des lois et de la réglementation de en utilisant par exemple des armes à feu, causant des blessures graves et de décès. Le moyen le plus utilisé est le gaz lacrymogène
dans ses différentes formes et méthodes de tire, non létale en général, mais quand une grenade lacrymogène est tirée à bout portant, directement, il devient une arme très dangereuse. De même les balles en caoutchouc à coeur métallique peuvent être mortelles lorsqu’ elles sont tirées de près et visent la partie supérieure du corps, encore contre les règlements. L’utilisation des armes à feu ne devrait être utilisée que dans les cas de menace immédiate sur la vie, pourtant ils sont utilisés dans les manifestations, d’habitude contre les personnes jettent des pierres, lorsque
la menace de la vie est très improbable. La “moufette”, non létale certainement, mais une façon très désagréable pour disperser le groupe, un mélange chimique extrêmement puissant, développé par la police israélienne, qu’on pulvérise par un canon d’eau monté sur un camion. Parfois, pulvérisé à l’intérieur du village, laissant sa puanteur sur les maisons et les gens pour longtemps. Donc, tout le village souffre souvent quand l’armée entre dans les endroits habités.
L’utilisation abusive des armes de contrôle des masse lors de manifestations a causé de nombreuses blessures et 19 décès - 14 par balles, trois de grenades lacrymogènes, et deux de balles en caoutchouc à coeur métallique.

En plus de ça l’armée envahit souvent les villages et les maisons pendant la nuit arrêtant des gens. Beaucoup des organisateurs ont été jugés pour avoir organisé des manifestations et pour incitation à la violence. Nombreux participants ont été “puni” en confisquant leurs autorisations pour entrer en Israël ou pour passer dans leur terrain à l’autre côté du mur. Tout cela pour empêcher la lutte populaire.

« Arrête ou je tire !" Criait le soldat après moi. L’armée avait envahi le village de Nabi Saleh et je courrais entre les oliviers. "Tu ne peux pas être sérieux" j’ai pensé, mais je me suis arrêtée, ayant trop peur de voir à quel point il était sérieux. J’ai été arrêtée et accusé d’avoir lancer des pierres sur les soldats, une accusation très grave, mais bien plus si tu es palestinienne. Un système juridique différent est appliqué aux Palestiniens et aux Israéliens, y compris les colons qui habitent en effet dans la même région géographique. Alors que les Palestiniens sont jugés en vertu de la
loi militaire devant un tribunal militaire, qui interdit de fait les manifestations, les Israéliens et les étrangers sont jugés par un tribunal civil israélien, qui reconnaît la liberté de manifestation conformément aux normes démocratiques. Les Palestiniens sont souvent détenus pendant plusieurs mois sans pouvoir voir un juge ou un avocat, leurs droits sont constamment violés, méthodes coercitives sont utilisées pendant les interrogatoires et les amendes et les charges qu’ils risquent sont beaucoup plus grandes qu’on risque pour les mêmes actes dans le tribunal civil.
Le système judiciaire civile ne permettrait pas si facilement a un groupe de soldats d’envahir une maison au milieu de la nuit et arrêter des mineurs, sûrement pas les interroger sans la présence de leurs parents, et sans aucun avis juridique prévu. Encore en Cisjordanie c’est ce qui arrive beaucoup trop souvent comme par exemple les histoires de Nabi Saleh et Ni’ilin nous racontent. Les témoignages de ces garçons effrayés sont souvent alors utilisés comme preuves pour condamner des autres - une méthode qui ne serait acceptable dans aucun système de justice
démocratique.
Moi, j’étais détenue pendant les maximum 24 heures. Le juge, avant de me libérer m’a demandé "vous n’avez rien de mieux à faire vendredi ?" Je n’ai pas répondu à ce moment-là, mais je voudrais répondre maintenant - non, je ne peux pas imaginer une meilleure façon de passer un vendredi que résister à l’occupation violente et destructive et incarner la possibilité de changement vers une différente façon d’exister.

Heïdi Motola