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rapport de MADA, organisation palestinienne pour la liberté des médias

jeudi 18 septembre 2014

MADA : état de la liberté de la presse en Palestine.

1) Violations israéliennes au 1e semestre 2014 :

Le Centre palestinien pour le développement et la liberté des médias MADA a recensé 186 violations de la liberté de la presse au cours du 1er semestre 2014, 132 commises par les forces d’occupation israéliennes et 54 par divers acteurs palestiniens.

La situation des médias et journalistes palestiniens s’est avérée particulièrement difficile pendant le 1er semestre 2014. MADA a recensé 186 violations de la liberté de la presse pendant cette période, 73 cas de plus qu’au cours du 1er semestre 2013, soit une augmentation de 64%.

Les attaques les plus nombreuses et les plus dangereuses ont été commises par les forces d’occupation israéliennes. 132 violations israéliennes ont été observées par MADA, soit 70% du total. L’armée israélienne a violemment réprimé le travail des journalistes sur le terrain, les empêchant de couvrir divers événements en Cisjordanie et à Jérusalem tels que manifestations, échauffourées, marches de solidarité avec les détenus administratifs palestiniens en grève de la faim, etc.

D’autre part, en dépit de l’accord de réconciliation conclu entre le Fatah et le Hamas le 23 avril 2014, les tensions internes demeurent élevées en raison notamment de désaccords sur la mise en pratique de cet accord, ce qui a eu des effets néfastes sur la liberté de la presse. MADA a observé 38 violations aux mains de parties palestiniennes en Cisjordanie et 16 dans la bande de Gaza.

MADA continue son travail pour la défense de la liberté d’expression et le développement d’une presse indépendante et professionnelle en Palestine et a mené de nombreuses activités en ce sens pendant le premier semestre 2014. En plus de recenser l’ensemble des violations contre les médias et journalistes, MADA a fourni une aide légale aux journalistes victimes d’abus et a tenu plusieurs séances de formation pour journalistes et étudiants en journalisme sur le droit international en matière de liberté de la presse et sur les moyens de défendre leurs droits. MADA a également organisé des séances de formation pour juges et avocats en vue de développer leurs capacités de défendre des cas de violations de la liberté d’expression. Enfin, MADA a organisé un événement spécial lors de la journée internationale de la liberté de la presse (3 mai) en commémoration des journalistes palestiniens décédés dans l’exercice de leur profession.

MADA a recensé 132 violations israéliennes pendant le premier semestre 2014. Nombre d’entre elles étaient particulièrement violentes comme le tir délibéré de balles de plomb recouvertes de caoutchouc, le jet de bombes lacrymogènes, et des passages à tabac. En outre, les sièges de plusieurs médias palestiniens ont fait l’objet de raid par les forces israéliennes en juin et du matériel valant plus d’un million de dollars a été confisqué, en plus des pertes résultant de l’interruption de leurs activités.

Depuis 2011, les violations israéliennes ont augmenté à un rythme soutenu. Elles étaient de 44 en 2011, puis de 67 en 2012, de 78 en 2013 et de 132 rien qu’au premier semestre 2014 !

Plus précisément, les violations israéliennes pendant la première moitié de l’année ont consisté en : 64 cas de violence physique, 30 cas de détention, 18 cas d’obstruction à la couverture médiatique, 7 cas de raids de sièges de média, 4 cas d’arrestation, 3 cas de confiscation de matériel, 2 cas de blocage et fermeture de sites d’information, 2 cas de menace, 1 cas d’entrave à la liberté de déplacement, et 1 cas d’interrogatoire.

Par rapport à l’année dernière, les forces d’occupation israéliennes ont eu plus fréquemment recours à l’usage de la violence physique contre des journalistes avec une augmentation de 49% par rapport au 1er semestre 2013.

Les cas d’abus physiques les plus graves sont les suivants : le freelance cameraman Yousef Shakarnah a été sévèrement battu et souffert de multiples blessures ; le cameraman de Palestine TV Fadi Jaiousi a été poussé d’un toit par un soldat israélien, ce qui a causé une lacération de ses muscles dorsaux et jambiers ; le cameraman de PalMedia Agency Abed Algani Natsheh a été exposé à un sévère passage à tabac et a été blessé au niveau des yeux. En outre, de nombreux journalistes ont été blessés par des bombes sonores et lacrymogènes et par des balles de plomb enveloppées de caoutchouc. Des violations ont également été perpétrées par des colons israéliens qui ont attaqué 4 journalistes près de la colonie de Beit Eil au nord de Ramallah. Le cameraman Ammar Awad a aussi été attaqué à Jérusalem par l’armée israélienne.

Le nombre de cas de détention de journalistes a aussi augmenté pendant le 1er semestre 2014 avec 30 incidents observés par MADA par rapport à 13 au cours de la même période l’année dernière, soit une hausse de 130%. La plupart a eu lieu alors que les journalistes étaient sur le terrain avec l’objectif apparent de les empêcher de couvrir les événements, comme l’attestent également les 18 incidents d’obstruction à la couverture médiatique recensés par MADA.

Conclusion et recommandations

Les autorités d’occupation israéliennes ont de plus en plus recours à la violence physique contre les journalistes palestiniens afin de les empêcher de couvrir les pratiques illégales de son armée et de ses colons en Cisjordanie.
MADA attribue l’escalade des attaques israéliennes au rôle crucial joué par les journalistes palestiniens pour exposer au monde les violations israéliennes des droits des Palestiniens, ainsi qu’à l’absence de pression internationale pour mettre un terme à ces abus et demander au gouvernement israélien de rendre des comptes.

MADA condamne toutes les violations israéliennes des droits des journalistes palestiniens et tient les autorités israéliennes pour responsables de ces abus. MADA tient également pour responsable la communauté internationale en raison de son attitude indulgente envers les dirigeants israéliens, qui ne représente pas moins qu’un encouragement tacite à commettre d’autres délits. MADA exige donc de la communauté internationale qu’elle condamne fermement ces abus des droits du peuple palestinien et fasse pression sur Tel Aviv pour que soient libérés les journalistes Mohammed Muna et Aziz Kayed, actuellement en détention administrative, et que soit restitué le matériel audiovisuel saisi par l’armée au cours de ses différents raids.

2) Violations palestiniennes

Après un début année plutôt satisfaisant, la situation de la liberté des médias s’est fortement détériorée entre mars et juin. Pendant le 1er semestre 2014, MADA a en effet dénombré 54 violations aux mains d’acteurs palestiniens, 38 en Cisjordanie et 16 dans la bande de Gaza.

Ce constat est décevant car la signature de l’accord de réconciliation entre le Fateh et le Hamas le 23 avril dernier aurait dû entrainer un meilleur respect des droits de l’homme et de la liberté d’expression en Palestine, ainsi que garantis par la constitution palestinienne. A l’inverse, MADA a recensé un nombre important de violations depuis cette date (11 en mai et 42 en juin). Cela démontre que la mentalité de répression du droit d’informer qui a accompagné la division palestinienne depuis le début est toujours d’actualité.

Le 1er semestre 2014 a même connu le plus grand nombre de violations depuis 2012, avec une hausse de 59% par rapport a la même période l’année dernière.
L’utilisation de la violence physique par les services de sécurité palestiniens a été particulièrement fréquente en mai et juin lors d’événements dans les villes de Ramallah, Hébron et Naplouse comme par exemple des marches de solidarité organisées par le Hamas. Il y a eu aussi des attaques de journalistes dans la bande de Gaza durant les commémorations du 66e anniversaire de la Nakba.

Le nombre de cas de violence physique pendant le 1er semestre 2014 (27) est plus élevé que le nombre de violations recensées annuellement en 2009, 2010, 2012 et 2013. Ils ont été multipliés par plus de 5 par rapport à la même période l’année dernière.
Outre ces attaques délibérées contre les droits des journalistes, la liberté de la presse en Palestine souffre d’un environnement légal non conforme aux standards internationaux. A titre d’exemple, le projet de loi sur l’accès à l’information n’a toujours pas été adopté.

Conclusion et recommandations

MADA condamne cette détérioration du respect de la liberté de la presse par des acteurs palestiniens et demande aux autorités concernées qu’elles enquêtent chacune de ces violations et prennent les sanctions adéquates.

Les journalistes palestiniens travaillent au péril de leur vie pour exposer la réalité de la souffrance du peuple palestinien vivant sous occupation israélienne. Leur travail est essential et les autorités palestiniennes doivent émettre des ordres clairs afin que cesse le harcèlement des professionnels de l’information.