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Montée en flêche du nombre de prisonnières palestiniennes : profils et informations - première partie

lundi 7 décembre 2015


25.11.2015 - Il n’y a jamais eu autant de prisonnières politiques palestiniennes dans les geôles israéliennes depuis l’échange de prisonniers Wafa al-Ahrar en 2011. Elles viennent de Cisjordanie, de Jérusalem et du territoire de Palestine occupé en 48 (citoyennes d’Israël). La prison Hasharon, où sont incarcérées la plupart des prisonnières, est maintenant "surpeuplée".

Trois jeunes palestiniennes - Jihan Ereikat (17 ans), Marah Bakri et Nour Istabraq (15 ans) – sont détenues dans la prison Asqelan, qui est à l’origine une prison pour hommes (quelques adolescentsp alestiniens y sont détenus également) ; elles ont exigé leur transfert immédiat dans une prison pour femmes.

Montée en flêche du nombre de prisonnières palestiniennes : profils et informations
Six prisonnières palestiniennes ont été blessées par les balles de soldats et de colons israéliens : Shurouq Dwayyat, Hilweh Darwish Hamamreh, Israa Ja’abis, Marah Bakri, Nour Istabraq et Amal Taqatqa.

Deux Palestiniennes sont incarcérées sous le régime de la détention administrative, emprisonnées arbitrairement sans accusation ni procès : Jurin Qadah, de Ramallah, et Asmaa Hamdan, de Nazareth - une citoyenne palestinienne d’Israël. Elles font partie des plus de 400 détenus administratifs, des Palestiniens emprisonnés sous des preuves secrètes.

Khalida Jarrar, parlementaire palestinienne emprisonnée, féministe, de gauche et militante pour les droits des prisonniers, a fait de la détention administrative. Après un tollé international, son affaire a été transmise aux tribunaux militaires israéliens ; elle est sous le coup de 12 accusations purement politiques pour avoir parlé, écrit, parlé aux médias et assisté à des événements. L’affaire Jarrar a été reportée à plusieurs reprises car le parquet militaire ne parvient pas à produire des témoins à l’appui de ses accusations.

Les Palestiniennes ont écrit une longue histoire d’emprisonnement et de résistance, depuis les premiers jours de l’organisation de la résistance palestinienne. Le film "Women in Struggle", de la réalisatrice Buthaina Canaan Khoury, et "Une vie suspendue", exposition de la photographe algérienne-belge Asmaa Seba, sont deux des projets artistiques basés sur des histoires de prisonnières politiques palestiniennes.

Nahla Abdo, professeur et féministe arabe, a publié un nouveau livre, "Captive Revolution" sur les luttes des prisonnières politiques palestiniennes dans les geôles israéliennes. [Extrait en anglais]. Reham Alhelsi, écrivain palestinienne, a écrit sur les vies des prisonniers politiques palestiniens [Article en anglais].

Addameer a rapporté qu’elles sont détenues "dans des cellules surpeuplées, avec un manque d’accès aux besoins humains fondamentaux tels que l’hygiène, des aliments nutritifs, des vêtements appropriés et des couvertures. En outre, les prisonnières sont soumises à des interrogatoires brutaux : coups, insultes, menaces, harcèlement sexuel et humiliation par les enquêteurs israéliens. Elles doivent souvent subir des fouilles au corps dégradantes et intrusives pendant les transferts aux audiences et parfois au milieu de la nuit, comme mesure punitive."

G4S, une société de sécurité britannico-danoise - la plus importante au monde - est la cible d’une campagne internationale massive de boycott pour son implication dans les violations des droits de l’homme, c’est elle qui gère le système de sécurité à la prison HaSharon.

Il est également important de noter, dans ce contexte, le cas de Rasmea Odeh (une des quatre héroïnes du film "Women in Struggle", ndt) ancienne prisonnière politique palestinienne qui a survécu à la torture dans les geôles israéliennes, est actuellement persécutée aux Etats-Unis sur la base de son ancien emprisonnement par le régime d’occupation israélien. Elle a été accusée d’infraction à l’immigration et risque d’être arrêtée et expulsée ; son affaire est actuellement en appel. Le cas de Rasmea est aussi celui d’une prisonnière politique palestinienne qui continue de lutter pour la justice contre l’oppression.

Profils de prisonnières palestiniennes

1. Lina Jarbouni, 41 ans, d’Acre, est une citoyenne palestinienne d’Israël qui a travaillé dans des ateliers de couture et a été arrêtée en 2002. Elle est malade et souffre de plusieurs maladies. Lina est souvent la porte-parole et la représentante des prisonnières à HaSharon. Condamnée à 17 ans de prison pour "aide à l’ennemi" - la résistance palestinienne, il lui reste 5 ans à faire.

Elle est victime de négligence médicale et de mauvais traitements ; une opération chirurgicale vitale lui a été refusée jusqu’à ce que les prisonnières entament une grève de la faim pour obtenir son traitement médical. Elle a demandé une libération pour raisons humanitaires en raison de son état de santé, qui a été refusée. En 2011, lorsque les autres prisonnières politiques palestiniennes ont été libérées dans l’échange de prisonniers Wafa al-Ahrar, l’Etat israélien a refusé de l’inclure, arguant qu’en tant que citoyenne israélienne, elle ne pouvait pas faire partie de l’échange (Poster Lina Jarbouni réalisé par Samidoun).

2. Mona Qa’adan, 43 ans, a été condamnée à 70 mois (presque 6 ans) de prison et à une amende de 30.000 NIS (environ 7.300€), accusée d’être membre du mouvement du Jihad islamique palestinien et de diriger une organisation de femmes qui serait associée au mouvement.

Qa’adan est détenue depuis le 13 novembre 2012, et son procès a été reporté plus de vingt fois. Depuis son arrestation, soit deux ans et demi, elle est privée de visites familiales. Son frère et son fiancé sont eux aussi détenus dans les prisons israéliennes.

3. Khalida Jarrar, 52 ans, membre du Conseil législatif palestinien pour le bloc Abu Ali Mustafa, femme politique de gauche de premier plan, féministe et défenseur des prisonniers palestiniens - membre du conseil d’administration d’Addameer - a été arrêtée par l’occupation militaire israélienne à son domicile le 2 avril 2015. L’arrestation a fait suite à son opposition - et à l’échec - d’une tentative de l’armée israélienne de la déplacer de son domicile de Ramallah à Jéricho en août 2014.

Elle a d’abord été maintenue en détention administrative sans inculpation ni jugement ; suite à une mobilisation internationale, elle a été traduite devant un tribunal militaire israélien qui a retenu contre elle 12 chefs d’inculpation, tous entièrement politiques et dont plusieurs se rapportent directement à ses activités de défense des prisonniers palestiniens dans les geôles israéliennes. Son procès a été reporté à plusieurs reprises car le parquet militaire était incapable de présenter des témoins portant des accusations à son encontre.

4. Hala Musallam Abu Sal, 18 ans, du camp de réfugiés Al-Arroub, près d’Hébron, a été arrêtée le 28 novembre 2014 parce qu’elle refusait d’être fouillée à un barrage militaire, dans la Vieille Ville d’Hébron. Elle a été fouillée de force sous la menace des fusils et a été accusée d’être en possession d’un petit couteau. Il convient de noter que les colons israéliens se baladent régulièrement dans la Vieille Ville d’Hébron, qu’ils occupent après avoir expulsé nombre de Palestiniens, avec des fusils de gros calibre et autres armes en bandoulière.

5. Maysoun Moussa, 19 ans, étudiante habitant le village de Shawawra, près de Bethléem, a été arrêtée le 30 juin 2015 et accusée d’avoir mené une action de résistance contre un soldat de l’occupation à un checkpoint de Bethléem. Son mariage était prévu deux mois après et elle avait des rendez-vous pour aller voir des robes de mariée le jour où elle a été arrêtée. Sa famille a raconté l’attaque et le saccage de leur domicile.

6. Asmaa Hamdan, 19 ans, citoyenne palestinienne d’Israë,l est en détention administrative sans accusation ni procès pour avoir envoyé à sa famille un texto dans lequel elle exprimait son souhait de lutter et de mourir pour Jérusalem et la Palestine : "Je veux défendre Jérusalem. Je préfère me tenir aux côtés de mon peuple." Elle est la première citoyenne palestinienne d’Israël en quinze ans à être placée en détention administrative.

7. Amal Saadeh, d’Halhoul, a été arrêtée le 18 novembre 2014. Elle est accusée d’avoir essayé de faire passer un téléphone portable à son frère emprisonné, Mohammed, qui est condamné à 17 ans de prison. Le 18 juillet 2015, Amal a été condamnée à 14 mois de prison.

8. Shurouq Dwayyat, 18 ans, de Sur Bahir, au sud de Jérusalem occupée, étudiante en première année à l’université de Bethléem, a été blessée par un colon israélien qui lui a tiré dessus à balles réelles le 7 octobre. Les forces d’occupation israélienne ont attaqué sa maison et détenu son grand-père et sa sœur. Shurouq a été menottée à son lit d’hôpital et privée de visites familiales.

Alors qu’elle se dirigeait vers la mosquée Al-Aqsa, un colon narguant des Palestiniens a essayé de lui enlever son hijab ; elle l’a repoussé, en légitime défense, il lui a alors tiré dessus et l’a accusée d’avoir tenté de le poignarder. Shurouq est maintenant blessée et emprisonnée. Son frère a reçu l’ordre de l’occupation israélienne de démolir sa maison, au prétexte qu’elle a été construite sans permis.

9. Haniyeh Nasser, 25 ans, fait partie des prisonnières politiques palestiniennes qui ont été libérées en 2011 dans le cadre de l’échange de prisonniers Wafa al-Ahrar avec la résistance palestinienne.

La mère de Sabreen est citoyenne américaine, mais Sabreen a renoncé à la citoyenneté américaine pour protester contre le soutien des Etas-Unis à l’occupation. Elle a dit avoir subi en prison des tortures physiques et psychologiques et des mauvais traitements, dont un emprisonnement dans une cellule d’1m50 x 1m50 équipée seulement d’un matelas sale, avoir été privée de sommeil, menacée et attaquée par les enquêteurs.

14. Filastin Nijm, 28 ans, de Naplouse, a été arrêtée le 27 novembre 2013. Ancienne prisonnière ayant déjà fait 16 mois dans les prisons israéliennes, elle a été ré-arrêtée par les soldats de l’occupation à un checkpoint, accusée d’être en possession d’un petit couteau et condamnée à 4 ans d’emprisonnement et à une amende. Riham Alhelsi a cité Filastin décrivant les trajets pour les audiences au tribunal [dans l’autobus blindé appelé "al bosta", ndt] :

"’C’est un voyage de mort lente ; un autobus avec des sièges et des parois en fer, l’odeur de vomi est partout, et il n’y a ni toilettes ni ventilation, bien que le voyage dure des heures et que c’est un trajet hebdomadaire pour certains prisonniers... Il fait très froid, les sièges sont très proches les uns des autres au point qu’on a mal aux genoux, aux articulations et au dos. Le prisonnier ne peut pas trouver de position confortable à cause des liens au mains et aux pieds’. Elle se souvient aussi des salles d’attente à la prison Ofer avant les sessions au tribunal : ’Mon audience au tribunal se termine le matin, mais ils me laissent attendre dans la salle d’attente sales jusqu’à la fin de tous les audiences, vers 17h, avant de me renvoyer à HaSharon... Ces pièces sont aussi sales qu’une décharge ; il y a des insectes et des cafards, l’odeur d’humidité vous saisit, l’air et le soleil manquent, vous ne pouvez pas utiliser les toilettes, même en cas de besoin urgent, parce qu’elles sont dans un état de saleté indescriptible’."