Visioconférence d’Evry Palestine en ligne : « Palestine, la santé sous occupation. Un droit bafoué »

mardi 8 décembre 2020

Cette 17ème édition des Huit Heures pour la Palestine s’est tenue dans un contexte particulier. Face aux mesures sanitaires en vigueur, le format retenu cette année a été celui d’une visioconférence le samedi 28 novembre entre 14h30 et 17h, la veille de la Journée Internationale de Solidarité avec le Peuple Palestinien.

Pour ceux qui auraient raté la visioconférence, vous pouvez la regarder et la faire partager avec le lien suivant :

https://youtu.be/dxoilaSKIzw

Nos invités :

le Pr Anwar DUDIN, neuropédiatre et ancien doyen des facultés de médecine de Jérusalem et Naplouse,

le Dr Aya RABAH, médecin généraliste de Gaza, en Allemagne actuellement pour finir sa spécialisation,

le Dr Mazen ZAQOUT, de l’Université islamique de Gaza et membre du Palestinian Medical Relief Society (PMRS) à Gaza

le Pr Christophe OBERLIN, spécialiste en chirurgie réparatrice qui depuis 19 ans effectue des missions médicales à Gaza et est l’auteur d’un livre que nous recommandons, publié en Sept 2020, les dirigeants israéliens devant la CPI (Ed. Erick Bonnier)

En introduction, Pierre Langlois a rappelé le contexte désastreux économique sanitaire et géopolitique, vécu en 2020 par les palestiniens, qui a conduit au choix de ce thème.

Nos invités ont répondu chacun dans leur domaine aux questions que nous nous étions posées.

- A la question, quelle est l’organisation du système de santé dans une Palestine morcelée en dé développement ? Il est organisé en 3 secteurs : les services de l’UNRWA (que tente de supprimer les EU) pour les réfugiés palestiniens, le secteur gouvernemental (administration et prévention) géré par l’Autorité Palestinienne (AP) sur un territoire occupé, et le secteur non gouvernemental (hôpitaux et NGO). Le secteur privé n’a qu’une place très réduite, financé par les investisseurs proches de l’AP. Un niveau de culture médicale très élevée mais un système très fragile qui dépend entièrement du bon vouloir des ordres militaires, de l’ouverture- fermeture des points de passage, fermetures des 2 passages à Gaza, interdictions de se déplacer, manque de liberté de mouvement pour les professionnels, un droit à la santé très théorique….

- Quelle organisation aujourd’hui des professionnels de santé sous le joug de l’occupation ?
Les professionnels se donnent à fond, sans compter, sinon le système ne pourrait fonctionner. Leur organisation est volontaire, courageuse en dépit de l’humiliation, des difficultés rencontrées, parfois au dépend de leur vie. C’est cet « esprit de corps » qui permet au système de fonctionner avec la formation de 500 médecins chaque année, surtout des femmes. Mais la situation délétère tant au plan économique que politique, est porteuse d’une émigration préoccupante pour la profession.

En ce qui concerne les étudiants en médecine à Gaza, ils rencontrent des difficultés dans la continuité de la formation clinique du fait du manque d’hôpital universitaire sur un territoire sous blocus, un déficit de de formation dans des sub spécialités qui font défaut comme la pédopsychiatrie, la quasi-interdiction d’aller poursuivre une formation à l’étranger et de se confronter à d’autres pratiques. Heureusement la mise en place à Gaza d’un cursus universitaire pour obtenir son diplôme de médecin ou de paramédical a permis un bond en avant dans le niveau et la qualité des soins.

- Quel est l’état de santé de la population palestinienne ? Malgré tous les obstacles, un état de santé proche de celui des pays voisins mais les problèmes générés par l’occupation retardent l’accès aux soins et l’état de guerre crée des pathologies supplémentaires ( traumatismes physiques et psychiques). Le secteur de la santé mentale est totalement insuffisant pour prendre en charge les syndromes post traumatiques en particulier chez les enfants. Ce sont les femmes, les mères de famille qui suppléent heureusement à cette carence. A Gaza, il y a un développement des cancers (pollutions de la nappe phréatique, de la mer, des sols, radioactivité …) et l’occupant empêche l’accès à la radiothérapie. Quant à l’épidémie de Covid 19, elle suit la même évolution que partout ailleurs ; elle exige un surcroît d’efforts des équipes de santé, désorganise l’accès aux soins et ruine l’économie ; ceci est encore plus sensible à Gaza en raison du blocus illégal. La jeunesse de la population palestinienne fait que la mortalité est plus faible.

- La question suivante destinée à Christophe Oberlin, concernait son investissement à Gaza et le travail mené dans sa spécialité avec ses collègues palestiniens : après un temps de formation dans une spécialité qui n’était pas la leur, c’est un travail d’équipe, de « compagnonnage » de progression commune ,soutenu par la qualité et la disponibilité de l’administration hospitalière ; l’adaptabilité extraordinaire des médecins a permis dans la situation de blocus et de guerre, une amélioration dans tous les domaines de la chirurgie dont la transplantation rénale , qui montre la force dont ils font preuve localement .

- Quels rôles jouent la société civile, les institutions et ONG palestiniennes et internationales pour la défense du droit à la santé ?
Le PMRS fondé en 1979 pour améliorer l’infrastructure sanitaire délabrée par des années d’occupation, a été à l’origine des dispensaires dans les zones rurales négligées et dans la vallée du Jourdain. Il a fait un excellent travail jusqu’à l’arrivée de l’AP où il a diminué son activité sauf à Gaza. Rôle très important dans l’éducation à la santé, la prévention.

Les ONG internationales sont nombreuses mais ont une place limitée ; elles doivent actuellement passer par l’AP pour pouvoir intervenir ; à Gaza, c’est plus compliqué étant donné le conflit entre le Hamas et l’AP. Les Palestiniens ont besoin de leurs témoignages comme ceux de chirurgiens internationaux qui ont été un véritable soutien

- Notre dernière question : que peut-on faire ci pour mettre fin à l’impunité d’Israël, dénoncer les crimes de guerre commis en Palestine, faire respecter le droit international ?
L’annonce faite le 20 12 19 par la procureure de la CPI d’ouvrir une pleine enquête sur les crimes commis depuis 2014 en Palestine est une très bonne nouvelle après les échecs de la voie politique et de la résistance armée ; c’est une bataille sur le terrain juridique à laquelle se préparent les Palestiniens depuis 2009. Christophe Oberlin détaille tout le long chemin qui a mené à cette décision, atermoiements, réticence de l’AP ; Il nous montre à travers le cas israélo palestinien, et en particulier celui de Gaza, comment cette juridiction en pointant les victimes des guerres menées à Gaza, s’occupe et c’est la 1ere fois des crimes de guerre commis dans « l’Etat de Palestine » : Cisjordanie, JE et Gaza.

N’oublions pas nos actions citoyennes : BDS, les campagnes menées par notre association, l’interpellation de nos élus, pour que les sanctions qui auraient dû être prises par nos Etats depuis des dizaines d’années soit enfin effectives devant ce déni du droit.

Cette visioconférence suivie en direct par une centaine de personnes inscrites sur Zoom et près de trois cents sur Facebook, malgré nos difficultés techniques en particulier de connexion avec le Caire, grâce à notre travail en équipe, nous a permis d’exprimer notre solidarité envers le peuple palestinien qui en a plus que jamais besoin aujourd’hui.

D.P., J.P., P.L. pour Evry Palestine



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