Accord Iran-États-Unis : colère à Tel-Aviv, espoir ténu à Beyrouth

mardi 16 juin 2026

L’annonce dimanche soir d’un accord entre Téhéran et Washington est vu comme une défaite pour Benyamin Nétanyahou. Le premier ministre israélien avait réussi à garder le Liban hors des négociations précédentes. Cette fois, l’Iran a eu le dernier mot. Et pourrait même peser sur le futur du pays du cèdre.

Gwenaelle Lenoir, le 15 juin 2026

Benyamin Nétanyahou a perdu la partie, du moins pour l’instant : c’est le constat morose à Tel-Aviv après l’annonce du protocole d’accord sur lequel les États-Unis et l’Iran se sont accordés et qui devrait être signé vendredi 19 juin en Suisse. « Le régime iranien tient bon, Israël s’inquiète », titre ce lundi 15 juin le Jerusalem Post, quotidien israélien conservateur en anglais. « Les éléments connus de l’accord ne permettent pas d’atteindre les objectifs de la guerre fixés par les États-Unis et Israël » quand les deux puissances ont lancé leur guerre contre la République islamique le 28 février dernier, renchérit The Times of Israel, autre quotidien en anglais.

On ne sait pas grand-chose du protocole et beaucoup se jouera dans les soixante jours de négociations prévus sur le programme nucléaire iranien, les stocks d’uranium enrichi et la levée des sanctions contre Téhéran. Mais d’ores et déjà, Israël a perdu sur les missiles balistiques iraniens, qui, à ce stade, ne semblent pas être évoqués dans le texte. Et surtout sur le Liban.

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Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou le 29 décembre 2025, à Palm Beach, en Floride. © Photo Joe Raedle / Getty Images via AFP

Lors des phases de pourparlers précédentes, le dossier libanais a été une pierre d’achoppement : l’Iran demandant son inclusion dans les discussions, les États-Unis le refusant, Israël exigeant de disjoindre les deux dossiers. Ce fut le cas pour la conclusion du cessez-le-feu du 7 avril.

Aujourd’hui, le Liban, et donc la poursuite des opérations militaires israéliennes contre le pays du cèdre, voire l’occupation israélienne de territoires libanais, est bel et bien inclus dans les négociations. « Les deux parties ont annoncé la cessation immédiate et définitive des opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban », a confirmé Shehbaz Sharif, le premier ministre pakistanais et principal médiateur pour l’obtention d’un arrêt des hostilités.

« Benyamin Nétanyahou a échoué sur les deux fronts, l’Iran et le Liban, notamment parce que l’Iran a changé de politique par rapport au Liban et au Hezbollah, analyse Menachem Klein, politiste israélien. Jusqu’il y a peu, le Hezbollah était un mandataire de l’Iran, et le Hezbollah protégeait l’Iran d’une attaque israélienne. Aujourd’hui, après la guerre et grâce aux acquis de l’Iran, c’est l’Iran qui protège le Hezbollah. Et l’Iran a créé une situation dans laquelle tout accord avec lui dépend de la fin de la guerre au Liban ou de la mise en place d’un cessez-le-feu permanent qui conduira au retrait israélien. »

Benyamin Nétanyahou sera-t-il obligé de céder à Donald Trump ? Le président états-unien montre des signes d’agacement de plus en plus forts, en tout cas il les laisse être publiés et diffusés. Le dernier ne date que de ce dimanche : après le lancement sur le nord d’Israël de trois drones explosifs, qui n’ont fait aucune victime, par le Hezbollah, l’armée israélienne a mené un raid aérien contre la banlieue sud de Beyrouth, sans préavis. Il visait, a-t-elle prétendu comme elle le fait toujours quelles que soient les cibles, un centre de commandement du Hezbollah. La frappe a fait trois morts, et a surtout failli faire capoter le protocole d’accord entre Téhéran et Washington.

Une coalition de cinq États pour le Liban
Mohammad Bagher Ghalibaf, le négociateur en chef iranien, a directement accusé les États-Unis de ne pas tenir leurs engagements et de jouer double jeu, discuter d’un côté, laisser son allié israélien frapper de l’autre : « La tactique du “bon flic, mauvais flic” est dépassée. Si l’on n’a ni la volonté ni la capacité de respecter ses engagements, il est impossible d’envisager de poursuivre dans cette voie », a-t-il écrit sur son compte X, rapporte RFI. L’Iran a également menacé Israël de représailles, qui s’est mis en état d’alerte.

Donald Trump de son côté s’est une nouvelle fois emporté contre Benyamin Nétanyahou, l’accusant à demi-mot de vouloir torpiller le protocole d’accord. Sur son réseau social, il a fustigé le raid : « L’attaque perpétrée ce matin à Beyrouth n’aurait jamais dû avoir lieu, surtout en ce jour si particulier où nous sommes si près d’un accord de paix avec l’Iran. Israël a le droit de se défendre contre les menaces, mais l’attaque à laquelle il a répondu était mineure et insignifiante ; personne n’a été blessé ni tué, et elle ne devrait pas perturber ce processus crucial. » Et de rajouter : « Il ne devrait plus y avoir d’attaques israéliennes au Liban, ni d’attaques d’aucune autre partie, y compris le Hezbollah, contre Israël. Cela pourrait être le début d’une paix longue et fructueuse – ne gâchons pas cette opportunité ! »

Comme à son habitude, le président états-unien use et abuse de l’emphase, car comme le souligne Michael Young, analyste et rédacteur en chef au Centre Carnegie pour le Moyen-Orient Malcolm H. Kerr à Beyrouth, « nous sommes là dans un cessez-le-feu, pas encore dans un accord final ». « Il y a une période d’un mois dans laquelle beaucoup de choses peuvent se passer, et certainement les Israéliens vont encore essayer de torpiller un accord, comme ils essaient de le faire depuis le début », poursuit-il.

Mais pour Michael Young, les Israéliens ne sont pas particulièrement en position de force par rapport aux États-Unis. D’abord parce que « Trump a compris assez vite que cette guerre pouvait être catastrophique pour lui » sur le plan intérieur, avec les « cols-bleus », la classe laborieuse états-unienne, qui étaient « en train de se retourner contre lui ». Les Israéliens ne vont donc pas « réussir à imposer à Trump un choix qui risque de lui faire du mal dans les élections en novembre ».

Quant au Hezbollah, s’il « va prétendre être renforcé par les résultats de cette guerre et va certainement essayer de s’imposer beaucoup plus sur le terrain », l’analyste estime que « deux facteurs principaux vont y mettre un bémol » : d’abord le « facteur humanitaire » avec le sud du pays qui reste inaccessible aux chiites, une population que le mouvement devra prendre en compte. « La capacité du parti de créer des conflits internes est limitée à mon avis, explique Michael Young. Il devra expliquer d’ailleurs quelle est sa stratégie pour reprendre le Sud. »

Autre facteur : la situation n’est plus la même aujourd’hui qu’en 2023 quand le mouvement armé était en capacité de dominer le Liban. À cet égard, « une chose très importante est en train d’avoir lieu, souligne Michael Young : la formation d’une coalition de cinq États – Turquie, Arabie saoudite, Qatar, Égypte, Pakistan – qui essaie de stabiliser la situation à l’intérieur du Liban et même d’adresser le problème des armes du Hezbollah dans le cadre d’un accord consensuel et même régional ». « Il va y avoir une tentative de stabiliser la situation au Liban, peut-être en coordination avec l’Iran », conclut-il. Encore une mauvaise nouvelle pour Israël.

Gwenaelle Lenoir


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