Boycott : un appel à la suspension de l’Association médicale israélienne

jeudi 2 juillet 2026

... au sein de l’Association médicale mondiale prend de l’ampleur

Par Meriem Laribi, Analyse, le 29 juin 2026

Un article publié par The Lancet rend compte d’une campagne menée par plusieurs organisations de santé demandant, sur fond du génocide à Gaza, la suspension de l’Association médicale israélienne (AMI) de l’Association médicale mondiale (AMM). Mais cette dernière, dirigée notamment par des membres de l’AMI, refuse cette exclusion.

La prestigieuse revue médicale britannique The Lancet a publié un article rendant compte d’une campagne internationale réclamant la suspension de l’Association médicale israélienne (Israeli Medical Association, AMI) de l’Association médicale mondiale (AMM).

À l’origine de cette initiative, plusieurs organisations de santé accusent l’AMI d’avoir failli à ses obligations éthiques face à la destruction du système de santé de Gaza et aux violations du droit international humanitaire. L’article, signé par la journaliste Udani Samarasekera, spécialiste santé, revient sur une pétition portée par le Mouvement populaire pour la santé (People’s Health Movement, PHM), Artsen voor Gaza (« Médecins pour Gaza ») et le Conseil consultatif de santé de Jewish Voice for Peace. Plus de 1 150 professionnel.les et organisations de santé ont signé le texte, qui demande que la suspension de l’AMI soit inscrite à l’ordre du jour de la prochaine Assemblée générale de l’Association médicale mondiale, prévue en octobre 2026.

Pour lire la suite : https://agencemediapalestine.fr/blog/2026/06/29/boycott-un-appel-a-la-suspension-de-lassociation-medicale-israelienne-au-sein-de-lassociation-medicale-mondiale-prend-de-lampleur/

Une accusation de « complicité »

Les initiateurs.trices de la campagne reprochent à l’AMI de n’avoir jamais dénoncé publiquement les attaques contre les hôpitaux, les personnels de santé et les infrastructures médicales de Gaza. « L’AMI s’est rendue complice des traitements inqualifiables infligés aux Palestiniens durant cette guerre », affirme dans The Lancet Leslie London, professeure émérite de santé publique à l’Université du Cap et membre du PHM Afrique du Sud. Selon elle, l’association israélienne « n’a jamais reconnu les preuves du ciblage délibéré des infrastructures et du personnel soignant à Gaza » ni dénoncé « les conditions cruelles, inhumaines et dégradantes » dans lesquelles sont détenu.es des Palestinien.nes en Israël.

Également citée dans l’article, Juliette Mattijsen, co-coordinatrice de PHM Europe et médecin aux Pays-Bas, estime que l’AMI « manque à son serment médical », en ne défendant pas les professionnel.les de santé palestinien.nes tué.es ou emprisonné.es. Ce n’est qu’après la suspension de ses relations avec l’AMI par la British Medical Association en juin 2025, en raison de la crise à Gaza, que l’AMI a « formulé de timides demandes pour que des fournitures médicales soient autorisées à transiter », explique Leslie London.

Les auteurs de la pétition affirment que cette absence de prise de position constitue une violation des principes éthiques défendus par l’Association médicale mondiale.

L’article de The Lancet précise avoir examiné les déclarations publiques de l’AMI depuis octobre 2023 et n’avoir identifié aucune déclaration dans laquelle l’AMI condamnerait explicitement les attaques israéliennes contre le système de santé de Gaza, critiquerait la conduite militaire d’Israël, demanderait un cessez-le-feu ou réagirait aux rapports des Nations unies évoquant un génocide contre les Palestinien.nes.

L’AMI rejette les accusations, l’AMM refuse l’exclusion

Interrogée par The Lancet, l’Association médicale israélienne rejette ces critiques. Elle qualifie les accusations de « mensonges » ou, au mieux, « d’allégations hautement contestées présentées comme des faits ». Elle affirme également que ses membres « défendent l’éthique médicale universelle » et rappelle avoir appelé à plusieurs reprises au respect du droit international humanitaire, à la protection des civils et à l’entrée de l’aide humanitaire dans la bande de Gaza. Elle estime enfin qu’une exclusion de l’Association médicale mondiale « ne favoriserait ni la paix, ni les soins de santé, ni les droits humains », mais affaiblirait au contraire le dialogue scientifique et médical international. L’association ajoute que la pétition passe sous silence le rôle du Hamas, qu’elle accuse d’avoir utilisé des hôpitaux comme infrastructures militaires en violation du droit international, reprenant les accusations non étayées et indéfendables de l’armée israélienne pour détruire les hôpitaux de Gaza.

Bien avant son assemblée générale prévue en octobre, l’Association médicale mondiale (AMM) a d’ores et déjà exprimé son refus de l’exclusion de l’AMI. Dans une déclaration reproduite par The Lancet, elle insiste sur l’importance de maintenir le dialogue entre ses 117 associations nationales membres.

Mais l’Association médicale mondiale est-elle neutre ? L’Association médicale israélienne occupe une place importante au sein de l’AMM. Son président, le Pr Zion Hagay, est président du Comité des affaires socio-médicales (Socio-Medical Affairs Committee) de l’AMM, l’un des principaux comités permanents de l’organisation. Il siège également au Conseil de l’AMM comme représentant de l’AMI. C’est un point qui explique en partie pourquoi la campagne réclamant la suspension de l’AMI est une affaire délicate : l’association israélienne n’est pas seulement membre de l’AMM, elle participe directement à ses instances dirigeantes et à l’élaboration de ses politiques.

L’AMI n’a pas condamné la lettre des 100 médecins israéliens appelant à bombarder les hôpitaux de Gaza en novembre 2023

Un événement non négligeable est à rappeler ici concernant l’AMI. L’association médicale israélienne n’a réagi que très timidement à une lettre signée en novembre 2023 par une centaine de médecins israéliens appelant l’armée à considérer les hôpitaux de Gaza comme des cibles militaires si elle estime que ces établissements abritent des combattants ou des infrastructures du Hamas. Les signataires, dont seuls quelques noms ont été publiquement identifiés, étaient pour la plupart des médecins en exercice dans les hôpitaux israéliens et donc très probablement affiliés à l’Association médicale israélienne, qui regroupe l’écrasante majorité des praticien.nes d’Israël.

Dans un court communiqué, l’AMI avait réagi le 5 novembre 2023 à cette lettre mais ne l’a pas explicitement condamnée. Elle s’est contentée d’exprimer sobrement son opposition aux actions militaires contre les structures médicales mais n’a pas directement demandé à l’armée israélienne de ne pas cibler les hôpitaux de Gaza. Son communiqué pointe en outre en grande partie le Hamas puisque le texte exprime son opposition : « à la possibilité de permettre délibérément aux civils recevant des soins médicaux d’être en danger en abritant des munitions militaires et des centres opérationnels de contrôle et de commandement militaires sous le couvert d’installations médicales où les patients reçoivent des soins médicaux ».

L’association médicale israélienne a donc repris à son compte la propagande militaire israélienne pour justifier l’anéantissement de la plupart des infrastructures de santé de Gaza. En outre, et ce n’est pas un détail : aucune mesure disciplinaire ou exclusion des signataires de la lettre des 100 médecins à l’armée israélienne n’a été annoncée ou rendue publique par l’association.

Une pression croissante

L’article du Lancet rappelle que cette campagne intervient après plusieurs ruptures institutionnelles avec l’AMI. En juin 2025, la British Medical Association avait suspendu ses relations avec l’AMI en invoquant la situation à Gaza. Quelques mois plus tard, en octobre 2025, l’Association médicale sud-africaine décidait à son tour de suspendre ses liens avec son homologue israélienne et demandait officiellement son exclusion de l’AMM pour son comportement au regard de « l’éthique médicale internationale et de ses obligations humanitaires ». Parmi les signataires de la pétition figure également Derek Summerfield, maître de conférences honoraire au King’s College de Londres, qui affirme dans The Lancet que l’AMI « a enfreint toutes les règles de l’Association médicale mondiale ».

La campagne intervient alors que les conséquences du génocide sur le système de santé de Gaza continuent de susciter une vive inquiétude au sein de la communauté médicale internationale. Les organisations à l’origine de la pétition souhaitent désormais convaincre les associations membres de l’AMM d’inscrire officiellement la suspension de l’AMI à l’ordre du jour de leur assemblée générale d’octobre.

Lire aussi : La Cour suprême israélienne rejette l’appel du Dr Hossam Abou Safiya, détenu sans inculpation ni procès


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