Documentaire "NAZA" suite : le tollé en Israël

dimanche 20 septembre 2026

"ISAËL/NAZA » QUAND TOMBE LE RIDEAU

Israël après la présentation de « Naza » à Venise.
Par Gideon Levy ,Haaretz, 17 septembre

Le documentaire sur Gaza a provoqué un tollé national. Après des années de répression, de déni et de mensonges, d’apathie et d’indifférence, le venin a jailli avec force. C’est un processus sain, même s’il comporte des manifestations déplorables.

Avant même qu’un seul Israélien, à l’exception de Raviv Drucker, n’ait vu « NAZA », le film a déjà apporté une contribution considérable au débat israélien. Les réalisateurs Rachel Szor et Yuval Abraham ont déclenché une hystérie. Et cette hystérie est la meilleure chose qui soit arrivée à la société israélienne depuis le 7 octobre 2023.

Pour la première fois, les Israéliens sont choqués par quelque chose qui n’a rien à voir ni avec le Premier ministre Benjamin Netanyahou ni avec les otages. Pour la première fois, ils sont furieux, choqués, rendus fous par le vacarme provenant de la bande de Gaza. Et au fond d’eux-mêmes, ils savent pourquoi.

Cette vague d’hystérie, sans précédent en Israël, révèle également le vrai visage de la quasi-totalité de la société. Et que pourrait-on demander de plus à un documentaire, d’autant plus avant même qu’il ait été vu ?

Cette hystérie révèle quelque chose qui était caché depuis des années mais qui a soudainement éclaté au grand jour. Après des années de répression, de déni et de mensonges, d’apathie et d’indifférence, le pus a jailli en un torrent puissant. Il s’agit d’un processus salutaire, même s’il s’accompagne de manifestations déplaisantes.

Israël a été tiré de sa sérénité malsaine. Soudain, on y parle de Gaza plutôt que des seuls prix des vols vers l’étranger.

« NAZA » a brisé le décalage des Israéliens par rapport à la réalité. C’était prévisible, même lorsqu’il semblait que rien ne pourrait ébranler les Israéliens. Mais l’intensité de la réaction montre que l’abcès est important.

La rage démesurée dirigée contre Szor et Abraham montre qu’ils ont réussi à toucher le cœur de l’abcès. Et cela fait mal. L’intensité de la réaction montre que les Israéliens sentent que quelque chose brûle sous leurs pieds. Quiconque crie avec une telle colère comprend que quelque chose a très mal tourné. Une société sûre de sa droiture ne réagit pas ainsi à un film.

Cette tempête finira peut-être par s’apaiser, mais son intensité pourrait aussi annoncer un tournant. Après avoir pendu les créateurs du film sur la place publique, peut-être que quelqu’un comprendra qu’il s’agissait là d’une dernière tentative désespérée pour esquiver, étouffer et réprimer la vérité.

Mais cette vérité continuera de hanter Israël à jamais, car il est impossible d’échapper à la responsabilité d’un génocide. Il suffit de demander aux Turcs. Cette culpabilité ne nous laissera jamais en paix. Ce sera une honte éternelle. « NAZA » a également apporté une autre contribution importante : il a arraché tous les masques. Désormais, il n’y a plus de gauche ni de droite, plus de gens éclairés ni d’ignorants, plus d’humanistes ni de barbares.

Presque à l’unisson, les Israéliens se sont jetés sur ce film et ont ainsi révélé leur vrai visage.

Les journalistes racistes se sont rangés aux côtés de ceux considérés comme libéraux, les politiciens nationalistes se sont unis à ceux considérés comme démocrates. Tous ont formé un chœur maccarthyste.

Après tout, quelle est la différence entre la déclaration du journaliste de droite Avri Gilad, selon laquelle « NAZA » était l’acronyme des mots hébreux signifiant « préjudice antisémite malveillant », et le démenti hideux et répugnant du journaliste centriste Yaron Avraham, niant tout lien familial avec Yuval Abraham (dont le nom de famille s’écrit de la même manière en hébreu) ?

Quelle est la différence entre la déclaration du journaliste de droite Amit Segal selon laquelle les réalisateurs étaient des « partisans du bureau de propagande du Hamas » et la critique « méthodologique » savante formulée par les chroniqueurs du Haaretz Drucker et Uri Misgav, qui fuient de toutes leurs forces le cœur du sujet ?

« Où est le contexte ? », demandent ces critiques hypocrites, qui n’oseraient jamais évoquer le contexte palestinien de l’attaque du 7 octobre. « Où sont les preuves ? », demandent ceux qui savent que les enquêtes les plus importantes de l’histoire – le Watergate et les Pentagon Papers, par exemple – reposaient sur des témoignages anonymes. Et surtout, où sont leurs propres enquêtes sur Gaza ?

Ils savent que « NAZA » est la vérité. Mais ils veulent les noms des soldats qui ont été interviewés afin de pouvoir, eux aussi, les exposer sur la place publique aux côtés des réalisateurs.

Il n’y a pas non plus de différence entre la déclaration du politicien d’opposition fasciste Avigdor Lieberman, selon laquelle ce sont des « ennemis d’Israël qui se qualifient de cinéastes », l’appel grotesque du ministre de la Culture ignorant Miki Zohar à ce qu’on leur retire la nationalité, et le « Je condamne » lâche du politicien progressiste Yair Golan.

Les différences résident dans la forme. Mais le fond reste le même, et dans tous ces cas, il est terriblement maccarthyste.

Szor, Abraham et ces courageux soldats ont brisé le silence. Ils méritent une grande estime en Israël, et ils l’obtiendront – mais uniquement dans les pages des livres d’histoire."

Source : HAARETZ
https://www.haaretz.com/opinion/202...


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